DÉBARQUEMENT DE MARIE DE MÉD1CIS
cortèges fastueusement déployés, les martyres qui sont des apothéoses, les paysages tout rougis et dorés de soleil, la femme telle qu'il l'aimait, de toute la force de son sang et de son cœur, la femme de son pays, blonde et blanche, charnue avec des grâces fines, et les yeux transparents de l'enfance.
Rubens est au Louvre, sinon complet, du moins
suffisamment pourvu d'œuvres qui montrent les principales directions de ses recherches et la qualité supérieure de ses réalisations. La chaude délicatesse de ses improvisations savoureuses, de ses conceptions savantes, est visible dans la Fuite de Loth, la Fuite en Egypte, le Tournoi près des fossés d'un château, dans ses paysages, tel que celui que traverse un arc-en-ciel, au-dessus de vallées, de collines, de troupeaux. Il triomphe, comme aucun Flamand ou Hollandais par des scènes analogues, avec un tableau extraordinaire de
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Rubens.
Photo Giraudun.
Portrait d'Anne d' Autriche.
mouvement, de verve, de couleur, la Kermesse, où s'enroule et se déroule la ronde d'une humanité débridée parmi tous les festins de la mangeaille, de la buverie, de la chair en folie. Ce chef-d'œuvre de joie populaire est aussi un chefd'œuvre de peinture. L'œuvre de Rubens est aussi féconde en variations et en surprises, et Louis XIV, qui ne voulait pas des « magots » de Teniers, possédait de Rubens ces magots en délire dans sa collection particulière. Sa manière ample et aisée de traiter la figure humaine, non en portrait serré, mais en fragment de tableau, se révèle avec le Baron de Vicq, Elisabeth de France, la dame que l'on croit être Suzanne Fourment, et enfin Hélène Fourment avec deux de ses enfants, œuvre délicieuse de vie surprise, de carnation fraîche, d'atmosphère dorée. Le cons-
RUBENS
Photo Glraudon.
Henri I V reçoit le portrait de Marie de Médieis.
RUBENS
Photo Giraudon.
Tournoi près des fossés d'un château.
tructeur de groupes, l'harmoniste élégant, fournit sa preuve avec Thomyris : la reine des Scythes, assise sur son trône, assiste avec une tranquillité charmante à la vengeance ordonnée par elle pour venger son fils tué par Cyrus. Après l'avoir vaincu à son tour et gardé prisonnier, elle le fait décapiter et la tête lui est apportée pour être plongée dans un vase rempli de sang. Elle a revêtu pour cette cérémonie sa robe la plus magnifique, et pris la pose la plus accueillante, comme si on lui apportait un bouquet.
Enfin, par une rare bonne fortune, le Louvre se trouve posséder une grande œuvre décorative de Rubens, la série exécutée pour la galerie du Luxembourg à la gloire de Marie de Médicis.
Rubens l'exécuta de 1622 à 1625, avec le secours de ses collabo-
rateurs habituels, mais on voit, par les esquisses du Triomphe de la Vérité et des Parques, avec quelle netteté d'esprit, quelle sûreté de main, il inventait et agençait ses grandes compo si tions.
Elles sont au nombre de vingt et une, mettent en scène toute la vie de la reine, sa naissance, son éducation, son mariage, la naissance de son fils, son couronnement, sa régence, son gouvernement, ses voyages, son évasion de Blois, sa réconciliation avec Louis XI IT, et le tout se termine par la Conclusion de la Paix et le Triomphe de la Vérité.
C'est de la peinture de commande et de l'histoire officielle, cela est certain. Les événements y sont représentés de manière conventionnelle, et l'allégorie, traitée avec une magnifique indifférence
RUBENS
Plmto Giraudon.
Portrait du baron Henri de Vicq.