LA BOHÉMIENNE
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Van Goyen.
Photo Girawlon.
Une rivière en Hollande.
sont que des indications. C'est à Haarlem, chez lui, qu'il faut aller voir Frans Hais pour apprendre sa vie et son œuvre, pour connaître l'épanouissement de sa production, sa facilité savante, et aussi les côtés inattendus de son talent, tel que le révèle l'énergique et intelligent portrait de Descartes. Auprès de Frans Hais, son frère Dirk Hais (1589-1656) est présent par un tableau d'un intérêt documentaire, le Festin champêtre, détaillé et précieux.
La terre et la mer de Hollande ont aussi leurs peintres. Le premier, Van Goyen (1596-1656), à l'aide du métier le plus simple et le plus sûr, par des peintures en camaïeux bistrés ou verdàtres.
évoque, par des œuvres qui sont de saisissants portraits, les rives basses des rivières et des canaux, les élargissements soudains vers l'horizon de la mer, la vie du bord de l'eau.
les mouvements des haleurs, des passeurs, des pêcheurs. Toutes les indications des silhouettes, tous les effleurements de constructions, font des ensembles vastes, profonds, aérés. On perçoit tout proche le clapotis de l'eau grise, on voit voguer les barques inclinées sous la voile, on distingue au loin les profilements de villes, les maisons, la tour de l'église, les moulins dressés dans le vent. Et ce vent, lui aussi, est visible, il passe, il court dans les admirables ciels peints par Van Goyen sur presque toute la hauteur de la toile, des ciels qui roulent des
Rembrandt Van Ryn.
Photo Giraudon.
Portrait du Peintre.
REMBRANDT
HENDRICKJE STOFFELS
nuages, versent des ondées, retiennent et répandent la lumière argentée des contrées humides.
Nous voici, en suivant l'ordre des dates, devant Rembrandt van Ryn (1606-1669), qui incarne la Hollande, mais qui dépasse la Hollande. Comment celui-ci surgit-il? Quelles influences se sont exercées sur l'enfant, sur le jeune homme, pour en faire un grand peintre? On ne sait. II était né avec le don de voir, et la vie de joies et de douleurs qui a été la sienne, comme celle de tous les hommes, a surexcité sa sensibilité et son émotion, développant et exaltant en lui la faculté créatrice. C'est tout ce que l'on sait, puisque l'on ne connaît qu'imparfaitement les points principaux de sa biographie. On a cru longtemps qu'il était né dans la banlieue de Leyde ; on croit maintenant qu'il est né à Leyde même. On n'a pas encore éclairci la question de savoir si son père, Harmen Gerritz, dit van Ryn, était meunier ou propriétaire d'un moulin. On sait à peu près le nom de la jeune fille qu'il a .épousée, Saskia Uylenburg, mais on ne sait qui elle était. Il eut une servante, Hendrickje Stoffels, qu'il a immortalisée, comme Saskia, par sa peinture. On croit que cette femme, qui est morte auprès de lui, a été sa maîtresse, et quelques-uns ont dit qu'il l'avait épousée. Que sait-on encore? Qu'il eut un fils nommé Titus; qu'il connut la vogue puis le délaissement; l'abondance, puis la pauvreté; qu'il eut toute une société d'amis à Amsterdam, des bourgeois, des amateurs, des savants, des fonctionnaires, et que tous ces gens moururent avant lui ou le négligèrent, puisqu'il reste seul, après avoir enterré sa femme, son fils, sa belle-fille, sa servante, puisqu'il meurt seul, dans une triste chambre du quartier de Roosgratch, ne laissant pas d'argent pour se faire enterrer, mais seulement son lit, ses vêtements, sa palette et ses brosses.
On n'a guère plus de renseignements sur la formation, non de
Rembrandt.
Photo Girandon.
Le Philosophe en méditation
son génie spirituel, mais de son talent de peintre. On cite comme ses maîtres van Swanenburg, Lastman, Pynas, Schooten, mais sans plus de certitude, et sans pouvoir préciser aucune de ces influences. Par son inventaire, on en a appris davantage : on a su son goût, non seulement pour les œuvres d'art de l'Antiquité, de l'Italie et de la Flandre, mais pour les objets des Indes, de la Chine, du Japon, pour les pièces d'histoire naturelle, oiseaux, coquillages, minéraux. Enfin, on a son œuvre de peintre et de graveur. Mais il est impos-
sible, devant ses œuvres, de penser seulement au peintre qui les a conçues et exécutées. Il faut, qu'on le veuille ou non, oublier le spectacle matériel, un des plus beaux, un des plus complets pourtant qui nous aient jamais été offerts ; il faut, dis-je, l'oublier pour pénétrer sa signifie a tio n, pour apprendre tout ce que la vie peut contenir de passion, d'ardeur, de joie, de mélancolie, et finalement de force supérieure au destin. Rembrandt est un peintre, mais il n'est pas un peintre comme les autres, il est un peintre comme les grands génies de la peinture, et peut-être plus profondément qu'aucun autre, il est surtout un homme qui raconte la vie par la peinture. Le récit qu'il a fait de son passage à travers le monde n'est pas tout entier au Louvre, mais ce que le Louvre possède suffit à faire resplendir sa pensée dans le mystère de son art.
Rembrandt.
Photo Girmtdon.
Le Ménage du menuisier.
Rembrandt.
Le Bon Samaritain.
Ce qu'il a cherché, c'est d'abord une concentration de la lumière de plus en plus vive pour arriver à l'expression la plus profonde. C'est ensuite une forme de moins en moins arrêtée quant aux lignes, de plus en plus précise et dense quant aux volumes, pour arriver à la sensation de la vie la plus complète. Il est donc parvenu à déterminer la forme par les effets de la lumière, à communiquer à son œuvre le mouvement lumineux de la vie. Chez lui, rien de fixe, rien de rigide, mais la respiration des êtres dans la perpétuelle ondulation
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de l'atmosphère pénétrée de soleil.
Tl y a un point plus éclairé, plus vif que les autres, dans chaque tableau de Rembrandt,et ce point est un produit, le résultat d'une progression lumineuse qui commence aux régions où il semble que l'ombre soit absolument opaque.
Regardez mieux, et, même dans cette ombre, vous apercevrezle tressaillement roux et doré qui va croître jusqu'au resplend issement
total. Aucune solution de continuité, l'œuvre a l'unité absolue, au point que l'on peut voir en elle aussi bien une décroissance qu'une croissance de la lumière. Chacune des toiles sera alors un monde avec un centre qui éclaire et échauffe toutes les parcelles en surface, tous les plans en profondeur:
On peut suivre cette recherche de Rembrandt au Louvre, en
Rembrandt.
Photo Giraudon.
Portrait d'homme tenant un bâton.
essayant de clas-
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ser les toiles possédées par le Musée. On peut partir des portraits de Rembrandt jeune, nutête ou en toque, datés de 1633, 1634, 1637. Un petit Philosophe en méditation est aussi de 1633, et l'autre Philosophe est vraisemblablement de la même époque.
Déjà, c'est l'art de Rembrandt, cette représentation de la pensée en travail dans le silence, perdue dans un recoin du logis, sous l'escalier en spirale, en face de la petite fenêtre ouverte sur l'espace : par cette fenêtre la lumière entre, se répand sous les voûtes, caresse et réchauffe le vieillard. C'est la même lumière qui apporte son rayon et sa chaleur dans le Ménage du menuisier, pour l'homme au labeur, la mère penchée vers le berceau, l'enfant nouveau-né qui tressaille et s'épanouit au tiède contact (1640). La forme
Rembrandt.
Photo Gimudon.
Baigneuse.
prend une grandeur subite, l'expression devient poignante et dramatique avec les Pèlerins d' Em~ maiïs, où la lumière qui éclaire le Christ semble une lueur souterraine, venue d'un caveau mortuaire, tant le visage a la couleur de la mort. L'action du Bon Samaritain se passe au crépuscule, la scène est empreinte de la douceur apaisée d'une fin de jour, une illumination der- . n , **»°™"<f»
Rembrandt. Le Portrait de son frère.
nière, presque à
ras de terre, éclaire l'épaule, le profil d'un personnage, le front bandé, les genoux et les pieds du blessé que l'on porte, la croupe d'un cheval, l'angle des maisons, et finalement le visage attentif de l'homme bienfaisant (1648-.
Voici d'autres chefs-d'œuvre, d'une force grandissante, d'une solidité qui semble défier les années et la mort: Y Homme au bâton
(1651) ;■ le Portrait, dit le Portrait de son frère, de la même puissance de peinture et d'expression ; Hendrickje Stoffels (1652), la servante et la maîtresse de Rembrandt veuf, celle que l'on aime à se représenter furtive et vigilante autour del'homme de génie resté seul, raillé, abandonné, bientôt misérable, parce qu'il était allé plus avant dans la connaissance de la nature et de l'art. Ce visage de femme, bon et réfléchi, tendre et passionné, ne peut mentir, et Rembrandt l'a vu tel qu'il était pour le parer, en cet admirable portrait, de toute la dorure rose de la lumière plus encore que des bijoux, des perles et de la fourrure. C'est encore Hendrickje, cette Bethsabée (1654) nue, charnue et solide, avec de si jolies délicatesses du visage, du col, des épaules,
Rembrandt.
Photo Giraitdon.
Bœuf écorché.
REMBRANDT