LES PÈLERINS D'EMMAUS
des bras, des seins, beauté vivante et vraie, qui fait s'effondrer tant de nudités conventionnelles et mensongères. Ce serait encore
Rembrandt.
Saint Mathieu.
Hendrickje, ce buste de femme épanouie désigné, on ne sait pourquoi, comme une Vénus, et qui est bien de la même facture que le portrait et la nudité, facture non pas plus riche, plus éblouissante,
mais plus libre encore peut-être.
Rembrandt, désormais, est le maître de sa forme. Il sait ce qu'il voit et ce qu'il veut, peut construire en quelques coups de brosse le Bœuf écorchê (1655) ou écrire sur un visage le magnifique poème de réflexion du Saint M alhieu qui écoute la parole du génie familier murmurée à son oreille (1661).
C'est à la même époque qu'il se peint lui-même, et le Rembrandt âgé (1660). dès qu'on l'a compris et que l'on a muettement dialogué avec lui, devient l'image chère entre toutes, qui ressemble le mieux à la vie. Ou revient sans cesse pour scruter ce visage ravagé et courageux, cette force sensible qui sait garder sa peine et son secret, et opposer non pas même l'orgueil et le mépris, mais l'accep-
Rembrandt.
Photo Giraudon.
L'Ange Raphaël quittant Tobie.
REMBRANDT
REMBRANDT ÂGÉ
tation sereine, à l'adversité, à la misère, à l'âge, à la douleur, à la mort, au monde hostile. Rembrandt est seul désormais. Il a perdu son dernier fils et Hendrickje. Mais il a toujours sa palette à la main, il peint, il crée, ii vit jusqu'à son dernier souffle, il s'impose au destin.