KAUFFMANN. — RAPHAËL MENGS. — HEINSIUS
x\ous ne trouverons pas au Louvre, pour l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, des ensembles d'œuvres comme nous en avons trouvé pour l'Italie, la Flandre et la Hollande. Chacune des trois écoles qu'il nous reste à examiner ne se fait connaître à nous que par des œuvres un peu prises au hasard, et par lesquelles on ne peut établir en aucune manière une suite historique. On peut s'applaudir de l'aubaine lorsque ces œuvres sont de qualité rare, et c'est tout.
L'Allemagne n'est donc pas présente ici. Toutefois, de ses deux grands peintres, Albert Durer et Hans Holbein le Jeune, le second se fait absolument connaître par le nombre et la qualité des œuvres réunies, et c'est bien quelque chose. Mais n'anticipons pas sur l'examen logique de la série que nous possédons.
La première peinture à aborder est vraisemblablement la Descente de croix d'un anonyme de l'école de Cologne. C'est un bon tableau, bien composé, soigné dans les détails, serré d'expression, et d'un réalisme semblable au réalisme des primitifs de l'école flamande.
On descend du gibet, par une échelle, le cadavre aux mains, aux pieds percés, les blessures rouges et tuméfiées. Joseph d'Arimathie donne la couronne d'épines à une femme.
La Vierge est écroulée dans les bras de saint Jean. Une femme, vêtue de blanc, les mains gantées, pleure et se frappe la poitrine : l'attitude est théâtrale, mais le visage est marqué de vraie douleur.
On peut grouper, autour de ce panneau important, les deux Episodes de la vie de sainle Ursule, par le Maître de Saint Séverin, peinture à
Albert Durer. Têle de vieillard.
ornements d'or, — une Adoration des Mages, lourde et quelconque, de Gumpolt Giltlinger (1460- 1522), — et enfin, du Maître de la Mort de Marie, qui vivait à Cologne entre 1510 et 1530, une peinture en trois compartiments : un Saint François, une Descente de croix, intéressante par le paysage et les costumes, et une Cène de physionomies variées.
Le nom d'Albert Durer (1471-1528) s'inscrit ici, mais seulement avec deux œuvres qui sont de belles indications du génie de dessinateur du maître de Nuremberg : une Têle d'enfant blond, le visage rond, la bouche et le nez en formation, le front vaste, et une Têle de vieillard, coiffée d'un bonnet rouge, la chair grise, avec des yeux pleins de pensée. Auprès de Durer, de curieuses productions de l'école
allemande au xvie siècle, un Christ devant Pilote, le Christ ordinaire, mais Pilate corpulent, énorme, significatif d'épais égoïsme ; un Jugement de Paris, où Paris, vêtu en guerrier romain, juge tout en dormant d'un profond sommeil.
Lucas Cranach, dit le Vieux (1472- 1553), donne le désir de savoir mieux sa production avec le très beau Portrait d'homme, en noir, qui tient un chapelet ; la Vénus dans un paysage,
si exacte, si plaisante, par le détail des mains, des pieds, des seins, petite nudité délicate exhibée dans un paysage d'eau, de rochers, où s'élève une ville ; et d'autres Portraits encore : celui d'un homme jeune, gras, barbu, noir, à grand chapeau ; celui
Lucas Cranach le Vieux.
Pltoto Giraudori.
Portrait d'homme.
d'un vieux à barbe grise, tassé, bouffi, adipeux ; celui d'une Jeune fille charmante par 1 ' observation directe de son vaste front, de ses veux largement ouverts, de la moue de sa petite bouche, de ses longues nattes, de ses mains bien présentées par ses bras croisés.
Ceci nous mène à Hans Holbein le Jeune (1497-1543), un des maîtres les plus savants de la peinture, un génie d ' observation et de mathématique, le portraitiste qui a fait probablement les portraits les plus ressemblants. Je parle de la ressemblance d'apparence et de la ressemblance profonde, les traits du visage pétris avec la substance intérieure, le tempérament, le caractère, la préoccupation, l'instinct, la pensée. La vie
Lucas Cranach le Vieux.
Photo Giraudon.
Jeune fille.
ÉCOLE DE COLOCNE