PORTRAIT DU ROI FERDINAND
sion de cette première période, puisque Goya ne vient qu'à la fin du xvme siècle, comme une pousse tardive, un rejet inattendu de la race. L'histoire de l'art espagnol n'embrasse donc pas même deux siècles. Mais, encore comme en Hollande, et malgré les influences étrangères, l'éclat est vif, la personnalité est tranchée, quelques grands artistes surgissent, et parmi eux Velasquez, lequel va de pair avec les plus grands. L'Espagne n'a reçu du dehors que des
leçons de métier, elle a su rester l'Espagne pendant toute une belle époque. Après, elle a connu la décadence de la fin du xvne siècle et du
Le Greco Domenico Théotocopuli dit).
Photo Giraudon.
Le Christ entre deux donateurs.
xviiie siècle, comme l'Italie, l'Allemagne, la Flandre, la Hollande. La France et l'Angleterre seules ont eu une existence artistique complète au xviiie siècle.
L'Espagne est tellement restée l'Espagne sous les influences étrangères, que, même ce métier qu'elle apprenait chez les autres, elle le transformait immédiatement, lui donnait une tristesse, une gravité, un mystère, qui empêchent toute confusion, toute hésitation. Sa race, pour s'être affirmée tardivement par l'art, s'affirme tout autant que les autres races, avec une énergie singulière. Elle se définit par la tristesse, l'âpreté, la fierté, ou par un sombre et cruel catholicisme, ou par une distinction mystérieuse.
Les œuvres sont assez significatives au Louvre pour que ces traits soient aperçus. Il suffit de passer dans la grande galerie, entre les deux murailles où elles sont exposées, et d'embrasser leur ensemble d'un coup d'œil pour savoir que l'on a quitté l'Italie et que l'on aborde une contrée nouvelle. Que l'on s'approche encore, les détails vont se préciser, les différences vont s'établir.
Il n'y a pas de noms à inscrire ici avant celui de Luis Morales, dit El Divino (1509-1566), représenté seulement par un Christ portant sa croix, figure assez farouche, de grandeur naturelle, vue à mi-corps. De même, un autre peintre, qui est un des grands peintres espagnols, qui a joué un rôle considérable dans les destinées de l'école, Théotocopuli, dit le Gréco (1548-1625), peut être entrevu par les œuvres que nous possédons de lui, le Roi Ferdinand, couronné, cuirassé, le sceptre en main ; le Christ en croix, longue figure dressée en avant d'un ciel noir agité par le vent et l'orage, accompagnée de deux donateurs vus à mi-corps, un seigneur et un ecclésiastique, les trois personnages du type espagnol le mieux caractérisé. Nous possédons aussi une œuvre importante de Francisco de Herrera, dit le Vieux (1576-1656), c'est Saint Basile dictant sa doctrine. Le
saint, coiffé d'une mitre, vêtu i d'une robe noire, les épaules entourées d'une étole blanche parsemée de croix noires, est assis, un livre sur les genoux, une plume à la main. Il se recueille, il examine, il pèse, il est morose et vénérable. Autour de lui, des personnages ecclésiastiques, dont on donne les noms :
saint Dominique, saint Bernard, saint Pierre dominicain, l'évêque Diego, et d'autres encore, moines qui écoutent attentivement, qui recueillent la parole pour la répandre et l'imposer au
monde. Au-dessus de l'assemblée plane la colombe entourée de têtes d'anges. Mais rien n'adoucit la sévérité de la réunion, et l'œuvre d'Herrera le Vieux reste comme une des plus fortes images de l'autorité ecclésiastique. Elle reste aussi comme une peinture vigoureuse et ample, une peinture de grande muraille, faite pour la chapelle d'une église ou la salle d'un concile.
Je passe sur un Saint François de Luis Tristan (1589-1640), et j'arrive à José de Ribera, dit l'Espagnolet (1588-1656), qui est un des maîtres de l'école espagnole et l'un des plus solides peintres de tous les temps. Il a beaucoup vécu en Italie, s'est fixé à Naples ; il est un de ceux qui doivent leur métier aux artistes italiens ; il a complètement subi l'influence du Garavage, dont il a pu même être l'élève. Mais il a su assimiler cet élément étranger et rester fidèle à sa race. Le Louvre possède cinq œuvres de Ribera : la Vierge et
Herrkra le Vieux.
Saint Basile.
Rli -2RA.
Ensevelissement du Christ.
l'Enfant Jésus, qui n'est pas très expressive; un Saint Paul ermite, énergique anatomie dont les reliefs émergent d'ombres épaisses; et enfin, trois autres œuvres très renseignantes de la manière et de la force de l'artiste. Le Christ au tombeau est une toile à la manière noire, avec des chairs livides et sanguines, des blancheurs de linceul, des éclats de manteau rouge. Ici, les ombres ont leur raison d'être, la scène se passe dans la nuit opaque du tombeau c'est quelque lueur furtive qui vient, par un soupirail, ou par une lointaine entrée de voûte, éclairer le supplicié et les personnages qui manient respectueusement son corps déchiré. Dans cette nuit, les aspects et les expressions apparaissent avec un relief saisissant. Le Christ seul est presque tout entier en pleine lumière, sauf que l'ombre cache la
R1BÉRA