LE PIED-BOT
moitié de sa tète penchée, longe le flanc, le thorax et les jambes.
Mais de tous les autres acteurs du drame funèbre, on n'aperçoit guère que le visage et les mains.
De la Vierge, on ne voit, dans le fond, qu'une grimace de douleur.
Les trois hommes, Jean, Nicomède, Joseph d'Arimathie, montrent de longs nez rougis, des yeux abîmés par les pleurs, des fronts soucieux, barrés de profondes rides, des mains jointes ou attentives à déposer le crucifié sur la pierre du sépulcre. De toutes ces douleurs entrevues, groupées autour d'un cadavre, Ribera a fait une œuvre silencieuse et pathétique.
L'Adoration des Bergers, qui se passe dans un beau paysage, montre la souplesse et la variété du talent du peintre. Il a vraiment exprimé la beauté d'une mère et la délicieuse vie d'un enfant avec la
Ribera.
Pnoto Giraudon.
L' Adoration des bergers.
Vierge et Jésus, et les figures des bergers sont magnifiques de rudesse et de douceur populaires, l'un qui soulève son bonnet, l'autre qui s'incline, les mains croisées sur la poitrine, l'autre, vêtu de peaux de mouton, la jambe enrouléed'étoffes, qui joint les mains. Cette poésie des humbles, Ribera la revendique d'ailleurs avec une netteté singulière par le portrait du Pied bot, l'estropié vêtu de laine brune qui rit de toutes ses dents à la lumière et à la vie.
Francisco Zurbaran (1598-1662), comme Herrera le Vieux, décrit à merveille le sombre pittoresque ecclésiastique avec Saint Pierre Nolasque et Saint Raymond de Penafort, où le camail rouge de saint Raymond fleurit de couleur la noire assemblée. Le tableau est beau et vigoureux, de facture souple et large, mais Zurbaran montre un côté plus saisissant encore de l'art espagnol par les Funérailles d'un évêque, le mort dans sa bière, vêtu de ses vêtements sacerdo-
Photo Giraudon.
Francisco Zurbaran.
Saint Pierre Nolasque cl Saint Raymond de Penafort.
taux, entouré de prêtres, de moines, d'enfants, d'un pape, d'un évêque et d'un ' roi. C'est ici la représentation de la mort, sans atténuation, avec sa couleur et sa pourriture, le visage terreux, la barbepoussée,les yeux vidés, peinture grave et terrible qui n'a que çà et là des équivalents dans les autres écoles.
Mais voici don Diego Rodriguez
de Silva y Velasquez (1599-1660), qui va nous faire oublier ces spectacles d'horreur par sa grâce fine, sa force nerveuse, son expression énigmatique. C'est le plus secret de tous les peintres. Il est espagnol, il tient aux maîtres qui l'ont précédé, il a vu l'Italie et il l'a comprise, sans pour cela se faire italien, il a reçu probablement les avis du glorieux Rubens, ambassadeur en Espagne, mais il n'en a pris que ce qui pouvait le servir. En dehors de tout cela, il est Velasquez, un homme doué d'une sensibilité de perception, d'une acuité de vision, d'une faculté de comprendre comme il s'en rencontre
Francisco Zurbaran.
Photo Girntdon.
Funérailles d'un Evêque.
rarement, un peintre qui obéit au don qu'il possède, à l'instinct qui est enlui, sans pouvoir subir aucune influence ni pression, — au total, une des grandes originalités de l'art, et peut-être la plus mystérieuse.
C'est à Madrid qu ' il faut voir Velasquez, cela est bien certain, puisque son œuvre est restée sur place. Nous avons toutefois la bonne fortune de posséder de Velasquez deux peintures de premier ordre : le portrait en buste de Philippe IV, et le portrait de Y Infante Marie-Marguerite. Pour le reste on a beaucoup discuté et établi que les origines de telle et telle peinture étaient peut-être douteuses. On pourrait peut-être tout de même demander grâce pour la Réunion de treize personnages, d'une si jolie tournure cavalière, d'une si fine prestesse d'ébauche. On peut ainsi admirer les arrangements de toilettes et les physionomies de Y Infante Marie-Thérèse, et surtout
Velasquez.
Photo Girauiion.
Portrait de l'Infante Marie-Thérèse.