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L'INFANTE MARIE-MARGUERITE

du portrait de jeune femme aux vastes manches, à la large collerette garnie de perles, surmontée d'une tête bizarre, étrangement coiffée, immobilisée par le décorum. Le Philippe IV, en pied, vêtu d'un costume de chasse, répétition d'une toile du musée de Madrid, peut fort bien aussi être attribué à Velasquez, lequel a passé sa vie, comme on sait, à faire et à refaire le portrait de son maître. La silhouette est d'ailleurs caractéristique. Mais pour la figure en buste, il n'y a pas d'hésitation possible, c'est une des plus belles études, étude complète et parfaite, de ce visage pâle et maladif, long et étroit, au lourd menton, à la bouche épaisse, aux paupières lourdes. Velasquez ne pouvait dépasser cette sûre brièveté de forme, cette douce puissance du modelé émergeant de l'ombre, cette expression de la vie surprise. Aussi ne dépasse-t-il rien de tout cela dans le portrait de V Infante Marie-Marguerite, mais il emploie ses moyens de façon différente et produit une œuvre inattendue, d'harmonie magique et délicieuse. La fillette est debout, vêtue de gris argent et de dentelles noires, avec des nœuds roses à la gorge, aux épaules, aux poignets, aux cheveux. Elle a les joues rondes et molles, un peu retombantes, le col potelé, les mains courtes et replètes avec des bourrelets de chair, le visage doré et rose, la chevelure blonde comme une floche de soie. C'est la petite fille reine, l'enfance dressée et parée en idole, et c'est la merveille de la peinture qui cache sa force sous la plus légère, la plus aérienne des harmonies.

Il suffit de nommer Collantes, Pereda, Arellanos, Carreno de Miranda, qui sont peu ou mal représentés au Louvre. Après Velasquez, il y a toutefois deux artistes devant lesquels il faut s'arrêter.

Du premier, Murillo (1616-1682), nous avons quelques tableaux médiocres, d'autres infiniment gracieux et charmants, et un chefd'œuvre très solide et équilibré. Je passe devant les médiocres,

je m'arrête devant la Conception immaculée de la Vierge, mieux nommée Y Assomption. Nous possédons deux fois ce sujet : en largeur et en hauteur. Le sujet en hauteur est le plus célèbre, et de fait, la composition est mieux comprise, la Vierge s'élève mieux dans les airs si la qualité de la peinture est à peu près la même. C'est un tableau trop vanté, mais qui vaut néanmoins par l'harmonie blonde et bleue, par la qualité légère, aérienne de la pâte. Pour le caractère religieux, combien il est différent du caractère sombre, grave, souvent terrible, empreint aux œuvres des premiers peintres espagnols, tels que nous avons pu en voir quelques-uns au Louvre : Gréco, Herrera le Vieux, Ribera, Zurbaran ! Il suffit de voir un tableau de Murillo pour connaître qu'une nouvelle ère historique est ouverte. S'il y a un style jésuite en peinture comme il y en a un en architecture, Murillo est son représentant certain. Il travaille à la conquête des âmes par la douceur et la séduction, il rend accessible et charmante la religion de fer et de sang des inquisiteurs. La Vierge, telle qu'il la conçoit, telle qu'il la dresse dans les nuages, parmi des anges pareils à des Amours joufflus et roses, cette Vierge est une femme gracieuse, que l'on pourrait prendre pour une mondaine exerçant sa royauté

Velasquez.

Philippe IV.

parmi les hommages d'une soirée, pour une actrice figurant dans une apo- ' théose. Murillo décore une église comme un théâtre, et fait de la sacristie un boudoir.

Il y a désaccord habituel entre ses sujets et sa manière. Il se serait exprimé plus complètement dans un milieu d'élégance et de galanterie favorable ; mais, en somme, il n'a pu s'empêcher d'être luimême, et c'est le

signe qu'il y avait en lui un tempérament d'artiste particulier. C'est un peintre, en effet ; il a une grâce personnelle de couleur et de lumière, une finesse de modelé, que l'on peut admirer pleinement dans la Naissance de la Vierge, où la coulée de soleil éclaire la Vierge, les femmes, les anges, dans le va-et-vient d'une scène d'intimité. Les mêmes qualités, la même dorure, parent le

Velasquez.

Photo Oiraudon.

Portrait de jeune femme.

Isj

MURILLO

Phulo Giraudo)).

La Conception.

Jeune Mendiant qui s'épouille dans une cellule, et qui est un morceau de bravoure où tout est exécuté de la même façon sûre et preste : l'enfant, la cruche, les pommes, les crevettes. Par contre, dans la Sainte Famille, il y a de l'afféterie et de la banalité, malgré le joli aspect de l'enfant nu, de la Vierge rose et bleue. Et voilà que, tout à coup, un Murillo tout différent se révèle avec le Miracle de San Diego, dit la Cuisine des Anges, un Murillo brun, solide, au modelé en relief, à l'élégance puissante. Les seigneurs qui regardent la scène, le prieur qui s'élève dans l'air pour demander la nourriture de ses moines, les anges qui font la cuisine, sont autant de figures souples et robustes, et tout, dans ce beau tableau, est de la même touche ferme et grasse, la viande, les oignons, les concombres, les tomates, le pot à dessins bleus, la terrine, les assiettes en terre brune.

MURILLO

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