Les musées d'Europe. La sculpture au Louvre;
U ne description raisonnée des œuvres de la sculpture au Louvre nécessiterait une série de volumes que ce livre ne saurait prétendre à remplacer. On trouvera donc seulement ici, en chapitres et en paragraphes aussi brièvement et clairement établis que possible, une indication de ce vaste sujet, étendu et profond comme l'histoire humaine. Ce sera, si l'on veut, un sommaire de la beauté, de la grâce, de l'émotion, de la pensée, que les statuaires de
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toutes les régions et de tous les temps ont exprimées par leurs statues et leurs figurines, leurs bas-reliefs et leurs bustes.
Certes, les salles du Louvre contiennent d'admirables chefsd'œuvre vers lesquels l'admiration du monde entier vient en pèlerinage, le Scribe égyptien, la Héra de Samos, la Victoire de Samothrdce, la Vénus de Milo, les Esclaves de Michel- Ange, la Diane de Jean Goujon, les bustes de l'Ecole française à toutes les époques, la ménagerie de Barye, et tant d'autres que l'on trouvera énumérés, décrits, reproduits, au cours des pages qui suivent.
Mais, autant que les grandes œuvres célèbres, la continuité des œuvres parle haut à l'imagination, éblouit l'esprit, forme le vaste poème de pierre, de marbre et de bronze où la civilisation s'exprime avec l'obscurité de ses balbutiements et la splendeur de son langage. C'est le grand livre où chaque peuple écrit une lettre, un mot, une phrase,
La Vénus de Milo (vue de droite).
avoue sa barbarie, confesse sa religion, revendique sa patrie, proclame sa soif de justice, son adoration de la beauté. Une histoire de la sculpture est la réunion, dans le même temple, de tous les dieux opposés, de toutes les idées ennemies, de toutes les races réconciliées.
«Ceci tuera cela», a dit
Victor Hugo opposant le livre imprimé à la cathédrale sculptée. Le livre n'a pas tué la sculpture, il Ta commentée et prolongée. Le livre est une analyse, la sculpture est une synthèse. Il faut aller au livre, l'ouvrir, le lire et le relire pour s'assimiler sa substance. La statue s'offre à tous, tout entière.
Elle se dresse sous le portique ou sur la place publique, elle vit dans la lumière, elle est comme un être immortel parmi des êtres vivants.
Mystérieuses figures d'Egypte, images de l'immobilité et du silence, génies cruels de l'Assyrie, déesses de la Grèce, femmes vivantes dont la chair s'est faite marbre, vous en qui rayonne
La Vénus de Milo (vue de gauche).
la pensée d'Athéné et la beauté d'Aphrodite, et vous, humbles créatures cachées à l'ombre des porches gothiques, et vous, chasseresses de la Renaissance, et vous, divinités de Versailles, et tous les dieux, et tous les héros, et tous les visages où la douleur et la pensée ont marqué l'empreinte de la vie, — ne représentez-vous pas le passé et le présent de l'homme, n'êtes vous pas son héritage et sa certitude, l'orgueil et le charme de son souvenir et de son espoir?
Clef de voûte en pierre peinte (XIII-1 siècle).
Sphinx (Ancien Empire).
EGYPTE
ANCIENNETE ET PERMANENCE DE L ART EGYPTIEN. - - SES FORMES DIVERSES. - - L'ANCIEN EMPIRE. — LE MOYEN EMPIRE. - LE NOUVEL EMPIRE. - LA RENAISSANCE SAÏTE
J Ja salle de l'Egypte, au Louvre, n'est pas un musée public, c'est un temple mystérieux. Les visiteurs marchent lentement et silencieusement sur les dalles, parlent à voix mesurée, comme si les Dieux, les Rois, coiffés du pschent, les Déesses aux têtes de
panthères et de lionnes, étaient toujours vivants dans ces lourdes
images de granit, frôlées, adorées, battues furieusement par les A'agues humaines, et qui souriront encore de la même manière énigmatique dans des milliers d'années. Civilisations, philosophies,
religions, tout a passé et s'est réduit en poussière sur ces colonnes augustes, et le passant d'aujourd'hui a conscience d'être une parcelle de cette poussière.
Ce peuple continue de vivre parmi nous, pétrifié, par ses effigies de savants, de scribes, de compteurs de bétail, aussi nombreuses et aussi belles que ses effigies de conquérants.
Ces hommes d'il y a six mille ans qui adoraient le Soleil, la force qui vivifie, qui nourrit et qui tue, sont les ancêtres des petits enfants qui, saisis de terreur et d'admiration, les paumes levées, regardent le rapide dévorant l'espace en trombe. Le geste est le même.
Cette déesse Sekhet à mamelles nourricières et à tête de lionne, capable de tous les héroïsmes et de toutes les cruautés pour défendre ses petits contre les autres», c'est la famille, la nation, la race farouche que nous sommes encore et que nous adorons. Ce dieu-épervier, cet oiseau de proie qui plane sans effort
Stèle du roi Serpent.
au-dessus de tout et fond comme une lourde pierre sur le petit mulot qui montre mal à propos sa tête, c'est l'Ordre.
Ces pieds colossaux, en granit rose, devant lesquels des myriades de générations se sont prosternées, sont les pieds d'un
Statues du prêtre Scpa et de son épouse (?) Xesa.
conquérant, Amenophis III (le Memnon des Grecs), qui a vaincu et asservi vingt-trois peuples divers. Dans six mille ans il n'en restera peut-être que le pouce, plus tard il ne restera que l'ongle. Mais cette parcelle de colosse chantera toujours la gloire du vainqueur. Or, ses victoires sont, paraît-il, apocryphes. Nos ancêtres d'Egypte ont donc connu avant nous cette force devant laquelle
la main puissante de l'atavisme nous courbera encore longtemps: le mensonge.
Les temples et les tombeaux ont l'aspect de citadelles et de blokbaus. Les statues assises, agenouillées, accroupies, les mem-
Fonctionnairc de la III- dynastie.
La déesse Sekliet (XVIII -' dynastie. Thèbes).
bres ramenés au corps, sont dans l'attitude défensive la plus favorable pour ne pas donner prise à l'assaillant: le temps. Le garnison est encore là, embaumée et cuirassée de granit. On a cherché les matières les plus lourdes et les plus dures, le basalte, la diorite, la serpentine pour y graver les archives, pour y sculpter les bas-reliefs et les figures colossales. Il faudra que le
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