LE SCRIBE
temps embauche des barbares pour faire brèche dans celte Egypte solidifiée, et plus tard des civilisés qui sauront extraire cette forte race de son réduit funèbre. C'est d'abord l'invasion des pasteurs Hycksos, un court épisode de quelques siècles, vers l'an 2000, puis celle des Perses, en 525, puis Alexandre, en 322, puis les Romains, les Arabes, les Turcs, — puis les Français, — puis les Anglais.
L'art égyptien se meut majestueusement comme une constellalion perdue dans l'immensité des espaces. C'est une longue et lente évolution dans la nuit du passé. On compte quatre périodes dans les quatre mille ans de l'histoire égyptienne: l'Ancien Empire
Tombeau de Seti I-r (XIXe dynastie. Thèbes) : Le roi Sëti I r et la déesse Uaihar. — Chapiteau du temple de Bubastis tell el Basla (XXIIe dynastie).
le Moyen Empire, le Nouvel Empire et la Renaissance saïte.
L'ancien Empire, de 5000 à 3000 avant notre ère, nous laisse des figures lourdes, réalistes, un peu sauvages, où les jambes des hommes semblent déformées par l'éléphantiasis. Ainsi, Nachti, fonctionnaire du premier empire thébain, statue en bois peinte à l'ocre rouge. Ainsi, ces trois vénérables personnages en pierre calcaire, deux hommes
Ainon, dieu de Thebcs, sous les traits de Seti 1er (XIXï dynastie. Thèbes).
qui semblent en marche depuis toujours, une femme qui les accompagne timidement. Les deux hommes sont un même personnage, prêtre de haut rang, le parent royal» Sepa. La femme, une parente royale» nommée Nësa (?) est peut-être l'épouse de Sepa. Tous trois, de style archaïque, sont extraordinaires de forme simplifiée et vraie. Voyez-les de profil, en vous plaçant à la petite porte du fond de la salle de la Mastaba, où ils se trouvent : vous êtes en présence de la vie même. Dans cette même salle, où a été réédifié le beau tombeau orné de dessins si précis d'hommes et d'animaux, est la stèle du roi Serpent, avec le dieu-épervier, provenant de la sculpture d'un roi de l'Egypte primitive,
Statue d'homme sans désignation.
(Abydos, période thinitc, environ 5000 ans avant J.-C.) Et aussi, le Sphinx colossal, usurpé postérieurement par le roi pasteur Apopi, puis par deux autres. Ce sont les relais de l'immortalité.
La Grèce aura le Centaure, l'Egypte a le Sphinx, l'animal composé, à corps de lion, à tête humaine.
Le Centaure galope, joyeux et libre.
Le Sphinx reste immobile, gardant ses secrets et prisonnier de ses secrets.
Il pèse sur la terre d'un poids formidable, ses énormes pattes crispées sur son assise de pierre. Son visage a la gravité ironique et la tristesse irrémédiable qui conviennent à un tel gardien du mystère des siècles, ses yeux sont vides de regards, sa bouche amère et hermétiquement close. L'animal redoutable, venu des sables brûlants de l'Egypte, prend une allure grandiose de bête prisonnière sous les lambris du Louvre.
Dans tout l'art égyptien, il y a cette expression de l'immobilité^ du silence, de l'énigme. Cette expression est chez le Scribe, daté de la Ve dynastie, qui est l'une des représentations les plus
nettes, les plus savantes, les plus réfléchies, de l'attitude et de la physionomie humaines. Aucun portraitiste ne fournira une image plus particulière d'un individu, aucun observateur ne montrera mieux la manière d'écouter et de comprendre. Tout l'être est à sa fonction, tout exprime le même acte, la position du corps, admirablement construit et modelé, la main qui déroule le
La favorite royale llentatch.
papyrus, l'a main qui tient le stylet, la tête levée, le visage lumineux,
la bouche serrée, les yeux ardents. Ainsi le Scribe a écouté, ainsi il écoutera toujours.
De 3000 à 2000, c'est le Moyen-Empire, détruit par les invasions des Hycksos. Il y a allongement des figures, parfois mollesse, banalité. Pourtant, le roi Sobokhtop III, en granit rose, est une des plus vénérables et des plus belles statues de l'art égyptien. Il est assis sur un siège de pierre, ses longues jambes presque rassemblées, les mains posées à plat sur ses cuisses.
Il a la taille svelte d'un homme jeune, le thorax développé, les épaules larges.
Il n'est pas nécessaire d'attendre l'art grec pour connaître et admirer une œuvre où les justes proportions du corps humain se trouvent fixées en un style admirable. Ce roi Sobokhtop III est un
Har, chef des scribes de Meiicptali, el sa femme Nofrc-Aiï (XIXe dynastie).
EGYPTE
LE ROI SEBEKHOTEP 111
type de beauté complète par la force, l'élégance, la régularité. La tête se lève vers la lumière, montre un visage grave et soucieux, coiffé du pschent, orné au menton de la corne funéraire. L'homme changé en pierre est devenu un dieu.
De 1700 à 1100, le Nouvel Empire. Ce sera, si l'on veut, la période de l'habileté technique, de la certitude de l'art égyptien, avec le roi Seti Ier; le roi Seti II, colosse en grès; la série des déesses Sekhet; le group de Har et de sa femme Nofre Ari ; la statue cariatide d'Ounnofri ; le sphinx dans le style de l'Ancien Empire; la tête royale colossale d'Amenothès III, coiffée de la couronne du Sud; et ce magnifique buste du roi Akhounaton Amenothès IV (XVIIIe dynastie), le portrait; ressemblant à coup sûr, d'un personnage frêle, anémique, au profil coupant, le nez pointu, les yeux interrogateurs, un pauvre jeune roi malade dont l'art a fixé l'agonie.
Au milieu de la salle voûtée comme
une galerie souterraine, parmi les statues gravement assises, les
niches funéraires, les sarcophages, les bas-reliefs, les stèles, tout
ce monde de pierre noir et rose, une peinture fait apparaître les
couleurs de la vie, un homme et une femme, les mains liées, les
chairs rouges, les yeux brillants, enseigne vivante placée au
seuil obscur de la mort. L'homme est le roi Séti Ier, la femme
Le chef des terres du Midi (XXVIe dynastie).
est la déesse Hathor. Leur double effig
Le dieu Hofus.
minces el rentrées va s'ouvrir et montrer
ie est surmontée d'un chapiteau du temple de Bubastis Tell el Bas ta, une figure jeune, aux traits ramassés, coiffée de lourds ornements.
Si la favorite royale Hentateh est charmante, la déesse Sekhet, avec sa tête de lionne ou de panthère, est plus terrible que les sphinx.
Cet être à corps de femme, à visage d'animal, est le plus obscur de tous. Il y a en lui une grâce inquiétante qui peut se changer tout-àcoup en une cruauté féline, en une férocité implacable.
L'immobilité, si rigide, va tout à coup bondir, ces yeux miclos vont se dilater et briller, cette gueule fermée aux lèvres des crocs redoutables.
EGYPTE
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