BACCHUS
acquisitions et de toutes les conquêtes d'art de la civilisation latine, a donné à notre musée de nombreux chefs-d'œuvre. Après la Vénus d'Arles, après V Apollon en bronze doré du théâtre antique de Lillebonne, voici la Vénus accroupie, trouvée à Sainte-Colombe près de Vienne : la recherche du mouvement, la hardiesse heureuse de l'attitude, l'élégance et la souplesse des formes qui font groupe et se concentrent sans dispersion, tout contribue à faire de la Vénus de Sainte-Colombe un des plus beaux marbres de cette série.
En même temps que Vénus, Artémis (ou Diane) inspire souvent les artistes de cette époque. Ses deux statues les plus célèbres et les plus belles sont au Musée du Louvre : la Diane de Gabies et la Diane à la Biche, ou Diane chasseresse. La première et la plus ancienne ne remonte pas au-delà de l'époque d'Alexandre
Vénus accroupie de Sainte-Colombe. (Vienne).
le Grand: Elle appartient à eette série d'oeuvres qui ont subi l'influence de l'école et de l'art de Praxitèle, sans qu'on puisse
dire précisément s'il faut voir en elles des pièces originales du maître athénien ou de l'un de ses élèves. Vêtue d'une tunique de chasse, Artémis attache les deux pièces de son manteau sur l'épaule droite. La tête est d'une finesse et d'un charme sérieux qui font penser à la phrase célèbre dans laquelle Pétrone loue les Dianes de Praxitèle. Le chiton plissé découvre l'épaule. Un des bras se replie sur la poitrine, tandis que l'autre est levé en arrière.
Le charme et le naturel de la pose sont de la grande époque.
La Diane Chasseresse, dont on retrouve le type sur des monnaies, est vraisemblablement du premier siècle de notre ère, mais par la grâce et le mouvement, elle est bien la sœur de la précédente. Vêtue d'un chiton à petits plis et très court, le manteau en écharpe, elle s'élance à la poursuite du gibier et tire une flèche de son carquois. La Diane chasseresse est comme la statue sœur de l'Apollon du Belvédère : on a même supposé que l'un et l'autre avaient fait
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Trois nymphes supportant une vasque.
partie d'un groupe votif, élevé en l'honneur des divinités de Delphes, après que les Grecs eurent repoussé, avec leur aide, l'invasion des Gaulois. Mais c'est faire remonter les deux statues à une époque beaucoup trop ancienne. L'exécution plus nerveuse et plus sèche (notamment dans les draperies) atteste Fart grécoromain.
Dans tous les cas, il est permis de dire que sur ces figures de femmes, le génie de Praxitèle a laissé son empreinte. Il n'est pas arbitraire de les rattacher à son art. Mille charmantes images de la femme, jusque sous l'Empire, naissent dans les ateliers de sculpteurs et peuplent le monde antique.
Pour supporter la vasque d'une fontaine, les Trois Grâces s'associent: on les retrouve sur un bas-relief de composition et de sentiment analogues. Quelle ampleur et quelle vigueur dans l'élégance, à côté des imitations de Thorwaldsen ou de Canova! Partout et toujours le respect de la nature et de la vie triomphe des conceptions abstraites. Le beau n'est pas différent des images individuelles qui sont belles, il dépend de toutes les conditions vitales, et il les exprime énergiquement.
Après Praxitèle, la statuaire grecque, qui profitera longtemps de ses leçons et qui adaptera l'enseignement légué par son génie à des visions et à des conceptions variées, déplace son centre d'action et de rayonnement. Sans doute les sculpteurs d'Athènes continueront pendant de longues années la tradition du maître. Mais c'est aux écoles d'Asie Mineure qu'est réservé le mérite de transformations nouvelles.
Les conquêtes d'Alexandre ont dispersé la civilisation hellénique. Les peuples qui n'avaient reçu son influence que superficiellement, en conservant le fond de leurs coutumes religieuses et civiles, de leurs mœurs et de leur conscience nationale, subissent désormais sa discipline et sont pour jamais conquis. La désorganisation
de l'immense empire, à la mort de son chef, laisse indépendants les généraux ambitieux qui avaient aidé à le construire. En Syrie, les Séleucides; à Pergame, les Attales; en Egypte les Lagides ; en Macédoine, les descendants d'Antipater forment des royaumes
distincts, qui se disputeront la prééminence politique et l'hégémonie morale durant des années. Chacune de ces cours est un centre pour la culture. Aux philosophes et aux poètes des républiques impuissantes, elles offrent un asile et des encouragements.
Alexandrie devient la capitale du monde grec : ses critiques annotent et commentent les poèmes des aèdes ; ses savants parcourent la terre et enrichissent les collections du musée. Mais c'est plus particulièrement l'Asie qui devient la patrie des grandes œuvres d'art.
Les cités ioniennes du littoral, avant-postes de la civilisation grecque dans l'empire perse, avaient déjà participé au mouvement
Vase de Pergame.
des époques antérieures. Leurs temples, leurs théâtres avaient des bas-reliefs et des statues égales en beautés aux plus nobles productions de la Grèce continentale. Smyrne, Milet, fouillées par les archéologues, révèlent des œuvres contemporaines du Parthénon et inspirées par les maîtres attiques. Pergame, Ephèse, Colophon, Rhodes, Tralles prennent une place dans l'histoire de l'art et révèlent des écoles originales.
A Pergame, Isigonos, Stratonikos et Antigonos traitent avec prédilection les sujets empruntés à l'histoire des Attalides et à leurs victoires sur les Galates, population celtique établie sur les confins de la Mysie. La défaite des Galates, la bataille de Marathon, le combat des Athéniens contre les Amazones (comparer la frise du temple d'Artémis Leucophryné, à Magnésie du Méandre), enfin la Gigantomachie, décorent le monument offert par Attale II aux Athéniens. Au même ordre de sujets appartiennent le Gaulois mourant du Capitole et le groupe faussement appelé Arria et Pœtus à la villa Ludovisi. Doit-on croire que le Héros combattant. d'Agasias d'Ephèse, qui est au Louvre, faisait partie d'un ensemble du même genre? Cette supposition n'est pas sans vraisemblance. Mais, telle quelle, l'œuvre se suffit à elle-même: elle est d'un bel élan, et l'activité du combat, mais du combat grec, où la raison et la discipline logique ont leur part comme la force, y est exprimée avec bonheur. C'est à l'école de Rhodes qu'appartient le fameux groupe du Laocoon, dont l'original en marbre est au Vatican et dont on voit au Louvre une copie en bronze.
Tandis que Praxitèle d'une part, et les maîtres asiatiques de l'autre, renouvelaient la statuaire, les Péloponèsiens, avec Euphranos et Lysippe, portaient à la perfection les qualités de robustesse, de simplicité et de vigueur de la tradition argiro-sicyonienne. Lysippe, et le fait est caractéristique, prend la plupart de ses sujets dans le cycle d'Héraklès, qui lui fournit l'occasion d'exé-
cuter des œuvres conformes au génie de sa race et de ses prédécesseurs.
Il fit aussi de nombreuses statues d'athlètes: YApoxyoménos du Vatican modifie les proportions du Doryphore: il est plus élancé et la tête est plus petite, mais la carrure reste puissante clans son élégance. Exercés au disque, au pancrace, à la course, tous ces hommes ont les mouvements robustes et la poitrine large: le fameux Achille ou Mars Borghèse, la tête coiffée d'un bonnet, la cheville droite entourée d'un anneau, est une des plus belles images de l'athlète tel que la tradition de Lysippe le fit concevoir aux maîtres postérieurs. De même le dieu ou héros, jadis appelé Gincinnatus ou Jason, qui se penche pour attacher sa sandale, en détournant la tête. Acquis à Rome, en même temps que le Germanicus, par Louis XIV, il avait été restauré au XVIe siècle: le soc de charrue que l'on voit à ses pieds, et qui explique le nom de Cincinnatus qui lui fut longtemps donné, date de cette époque. Dans l'hippodrome de Constantinople, on voyait une statue d'Hermès qui, d'après les descriptions qu'on en a, parait avoir offert beaucoup d'analogies avec celle-ci : faut-il en conclure que nous nous trouvons en présence d'une -image d'Hermès? En réalité, le type de l'éphèbe grec et le type de l'Hermès sont les mêmes. Quoi qu'il en soil, Jason, Cincinnatus, ou Hermès, cette statue est de la belle époque et peut être rapprochée justement de Y Achille Borghèse: l'une et l'autre sont du temps d'Alexandre et peut-être de l'école de Lysippe.
Le Dionysos et Y Hermès Richelieu sont probablement postérieurs. De même que le Dionysos de Versailles, le Dionysos Richelieu est d'un style un peu rond, mais le type ordinaire du dieu comportait une certaine mollesse et un certain caractère féminin. Couronné d'un bandeau et de lierre fleuri, il appuie la main droite sur un orme autour duquel s'enlace un cep de vigne ; de l'autre main, il tient
GRÈCE
LE FAUNE A L'ENFANT (Silène et le jeune Bacclius)
son thyrse. Restaurée à Florence, cette statue est du nombre de celles qui décorèrent, au XVIIIe siècle, les jardins du maréchal de Richelieu.
Si l'invention du sujet du Faune à l'Enfant remonte à l'époque de Praxitèle, si la statue se rattache en ce sens à tout ce cycle charmant de faunes, de satyres, de bacchantes qui gravitent autour de Dionysos et se mêlent à son cortège, personnages chers au grand maître athénien, le caractère général du faune du Louvre et certains détails d'exécution nous interdisent de le joindre expressément aux œuvres du même genre décrites plus haut. Malgré la grâce et la tenue de l'ensemble, il y a ici un effort trop marqué, principalement dans le travail des jambes.
L'équilibre de l'œuvre dans toutes ses parties, la vérité et le naturel, en même temps que le charme ingénieux de la pose, font du Faune à l'Enfant une très-belle œuvre.
Mais c'est probablement un morceau d'époque déjà basse que ce dramatique Marsgas, attaché par un poignet à un tronc de pin et attendant son suplice. Sans doute il fit partie d'un de ces groupes qu'aimaient à composer les
sculpteurs, à la fin de l'hellénisme, et dont le Taureau de Dircé
Hermès Richelieu.
à Rome nous offre un exemple. Le Rémouleur se rattache aussi, dit-on, à la légende de Marsj^as. Plus on avance dans cette histoire, plus on voit dominer la recherche de l'expression, le caractère pathétique et tourmenté de la conception et de l'exécution. L'artiste
s'intéresse aux souffrances d'un corps torturé. Déjà le Laocoon a exprimé cette idée, pour ce qui concerne les maîtres de l'école de Rhodes. Bientôt la décadence sera précipitée par des œuvres à la fois molles et excessives, frénétiques et peu réelles.
Avant de quitter la période classique, jetons encore un regard sur ces belles statues animées par le souffle d'une vie égale et solennelle, les Grâces nues, indiquant par la position de leurs corps un léger mouvement de danse; la Polymnie restaurée par le romain Agostino Penna ; le Vase Borghèse, chef-d'œuvre de l'art décoratif antique, autour duquel s'enlacent, pour honorer les dieux, les jeunes gens et les jeunes femmes; les grands bronzes fondus par les Keller d'après les originaux célèbres des autres collections; les copies
Le Rémouleur (copie en bronze).