DIANE CHASSERESSE
non loin des Hermès qui furent mis au jour au même instant,
elle rayonne d'un éclat
immortel.
Grâce à ceiiains détails, les archéologues et en particulier Frcelmer, reconnaissent et affirment qu'elle est, sinon un portrait, du moins la reproduction attentive d'un modèle. Cette jeune femme a vécu, et elle vit encore. La statue n'est pas née dans l'atelier d'un maître, soucieux uniquement, comme les légendes antiques le rapportent pour certains peintres, d'extraire de types multiples un idéal conforme à un certain canon.
Sur le sable des rivages, dans les rues des cités populeuses, à Cos ou à Milo, l'artiste l'a vue et Ta étudiée. Ce noble torse est animé d'une vie, non pas divine ou surhumaine, mais mortelle. Cette statue
immobile est prête pour tous les mouvements de l'existence. Elle n'est pas le symbole, la représentation d'un beau abstrait:
Vénus eiilcuant sa draperie (Tripoli).
elle est d'accord avec les exigences normales de la vie et elle
peut les satisfaire.
Au Louvre, dans cette espèce de ceîla où elle se dresse comme une divinité dans un temple, elle enseigne que les jours sont heureux et harmonieux pour cpii sait les prendre, que nous passons à côté de mille beautés que nous nous ohstinons à ne point voir, que le corps humain est nohle et fort, dans sa plénitude et dans son allure élancée vers le ciel, que la lumière qui le caresse est un don des dieux.
Le type de l'Aphrodite subira des modifications importantes au cours de la période hellénistique. Il ira en s'amincissant et en s'amollissant de plus en plus. Mais cette Vénus enlevant sa draperie.
Vénus Afrique du Nord).
retrouvée en Tripolitaine, l'ancienne Gyrénaïque, et dont il ne reste plus que les jambes mutilées, appartient sûrement à la plus belle époque. Quand même le style des draperies ne l'indiquerait pas, son élégance et l'exquise qualité de son travail en donneraient des preuves. D'ailleurs cette salle des antiquités grecques retrouvées en Afrique contient de nombreux chefs-d'œuvre, des fragments d'un charme égal à celui des plus précieux morceaux du Musée. Qu'on aille voir et admirer le beau torse, apparenté à la Vénus de Cnide; la partie inférieure d'un corps de femme drapée, appuyant ses deux pieds sur un griffon, fragment vraisemblable de statue funéraire; la tête de Méduse, qui appartient sans conteste à l'art des maîtres. Ornements des villas romaines et des temples, au bord de la mer de Tunis et des Syrtes, ces marbres, à l'époque où l'Empire voyait ses légions fléchir sous le choc répété des Barbares, personnifièrent sans doute pour leurs possesseurs et pour leurs admirateurs la raison et la mesure du monde antique près de disparaître. Aujourd'hui encore, ils nous transmettent son enseignement et ses leçons. Il est permis d'en rattacher un certain nombre, originaux et copies, aux écoles qui suivirent immédiatement celle de Praxitèle et qui subirent son influence. La femme, mortelle ou déesse, que les maîtres archaïques et Phidias lui-même, si l'on en juge d'après le Parthénon, avaient vue drapée dans l'ample robe de tissu léger, serrée à la taille par une ceinture, la femme grecque «aux plis harmonieux», à partir de Praxitèle, dépouille ses voiles et s'élance nue vers la lumière. Les statues de déesses, les statues de Vénus en particulier, deviennent innombrables. Chacune des petites cités des îles ou du continent a la sienne, ou les siennes, qu'elle conserve jalousement dans ses temples et qui rendent la ville célèbre au loin. Certains de ces sanctuaires étaient ainsi de véritables musées consacrés à la glorification de la forme humaine.
Sous les Lagides, l'Egypte alexandrine se couvre de chapelles riches eu trésors. L'Asclépiéion de Cos, dont une description nous est laissée par Hérondas dans le Mime IV, contenait, entre autres chefs-d'œuvre, la célèbre Aphrodite du peintre Apelles. Le monde grec tout entier se prosterne aux genoux de la déesse, dont il nous lègue Un nombre considérable d'images. A lui seul, le Louvre a dix-huit statues et trois bustes.
Après la Vénus de Milo, voici la Vénus Victrix, victorieuse de Mars, dont elle tient l'épée, tandis que l'Amour, à ses pieds, joue avec le casque du dieu; une Vénus Génitrix, portant la pomme de Paris, la tunique modelant et dessinant toutes les formes de son corps; une Vénus drapée, sur la plinthe de laquelle est gravé le nom de Praxitèle, copie de la Vénus commandée au statuaire par les habitants de Cos; une Vénus libertine; une Vénus de Troas ; deux Vénus marines, protectrices des navigateurs; enfin la fameuse Vénus d'Arles, trouvée dans cette ville en 1651, et offerte à Louis XIV. Les bras manquaient. Ils ont été refaits par le statuaire Girardon qui fit tenir à la déesse, par une invention ingénieuse d'accord avec les idées et avec le goût de Fart hellénistique, de la main gauche un miroir dans lequel elle se contemple, tandis que de la main droite elle nous montre la pomme, prix du concours de beauté sur le mont Ida. Dans cette œuvre charmante, l'élégance et la sveltesse du torse, le type même du visage font penser à l'Apollon Sauroctone, mais sans aucun doute la statue est postérieure à Praxitèle. Au surplus, dans l'abondance de la production artistique, étant donnée l'infime minorité des œuvres signées, ou qu'il est possible de dater avec certitude, parmi les copies, les répétitions et les imitations, l'étude de la statuaire grecque, d'après les monuments d'un seul musée, devient forcément pénible et confuse.
La Gaule romaine, riche à la fin de l'Empire de toutes les
GRÈCE