‹ Les musées d'Europe. La sculpture au Louvre;Chapitre 45 sur 52 · SA FEMME LOUISE BRONGNIART · texte numérisé non relu

SA FEMME LOUISE BRONGNIART

Clodion (1738 — 1814), c'est le nom du sculpteur qui évoque le mieux la grâce charnelle du XVIIIe siècle, la ronde des nymphes et des amours, la mythologie particulière, spirituelle et libertine, où se plaisaient le goût d'élégance, le sentiment de surface, la volupté riante, de l'époque à la l'ois si lassée et si vive, si indifférente et si tressaillante, où finit une société, où commence un monde. Le Clodion de ce temps-là est surtout visible dans les terres cuites où vivent ses nymphes et ses satyres. Mais il est aussi très fortement représenté par la statue d'une Bacchante portant un petit satyre sur son épaule, une statue ferme, harmonieuse, équilibrée, aux formes denses, au mouvement gracieux et fort.

Houdon (1741—1828), c'est la pensée du XVIIIe siècle exprimée par la sculpture, c'est Voltaire et Rousseau, Diderot et Buffon, Washington et Franklin, c'est un génie original uniquement épris de nature, c'est la volonté du vrai.

Le Voltaire au crâne chauve est une magnifique image de la vieillesse épurée et illuminée par le feu de l'esprit: l'homme qui n'a cessé de penser et d'agir, qui aiguise encore ses flèches meurtrières sur son lit de mort pour percer et vaincre les monstres, cet homme-là vit en ce bronze, avec sa conscience, comme il vit en ce marbre à perruque, plus sarcastique, avec sa terrible clairvoyance. Diderot observe, ressent, écoute, va répondre. Rousseau songe. L'abbé Aubert sourit. Buffon réfléchit. Mirabeau dresse cette tête massive au regard de feu qui médusa la Royauté et qui aurait été emportée par la Révolution. Washington est l'austère soldat

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laboureur. Franklin est le bonhomme Franklin.

L'artiste qui a conçu et réalisé ces œuvres avait en lui, inséparables, le don savant de l'art et la haute qualité de l'esprit. Au centre de la salle de Houdon, on chercherait une Minerve casquée, armée de la lance, on trouve Diane, svelte et légère, qui court sur la pointe du pied, tenant l'arc et le trait. Houdon Fa sculptée en marbre (elle est ainsi au musée de l'Ermitage) et il l'a fondue en bronze, comme on la voit au Louvre.

Il n'est donc pas seulement l'incomparable sculpteur de bustes, il est aussi un évocateur de la beauté. Melle Odéoud lui a, dit-on, servi de modèle pour cette statue de la chasseresse, il lui a gardé son visage, sa coiffure un peu semblable à celle de la Diane de Jean Goujon, et il l'a dressée ainsi, chaste et fière, faisant sans effort de la femme de son temps une pure divinité de la Grèce.

Il ne manque dans cette salle de Houdon que le plâtre du

Clodiox.

Bacchante.

FRANCE (XVirie SIÈCLE)

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