ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS
Etablie dans les bâtiments 'qu'on appelait naguère Ecoles de la Charité (Scuole délia Carità) , l'Académie des Beaux- Arts est une création de ce siècle. C'est une espèce d'asile ouvert par quelques pieux amis des arts (entre autres Leopoldo Cicognara, le savant auteur des Fabbricche di Venezia) aux œuvres que menaçaient de disperser ou de détruire la suppression des couvents, la dégradation des églises, la ruine des palais. Il ne faut pas y chercher un véritable Musée, une collection variée et complète d'oeuvres d'art, méritant ce nom dans le sens qui lui est propre. Ce que nous disions à propos de la petite galerie de Parme, que chaque ville d'Italie, de celles qu'on peut appeler capitales d'une école, brille surtout par les ouvrages des peintres ses enfants, se trouve encore plus juste à Venise que partout ailleurs. L'Académie des Beaux- Arts est un Musée vénitien.
La sculpture mérite à peine d'être comptée. Les soixante ou quatre-vingts objets sculptés qui s'y trouvent pour modèles à étudier, sont presque tous des copies de ces grandes œuvres originales que nous avons vues dans les musées de Florence, de Rome, de Naples, ou qu'il faut chercher à Paris, à Londres, à Munich , dans toutes les galeries de l'Europe. De ces diverses copies, les plus précieuses sont celles des marbres d'Athènes et des marbres d'Égine données par les
yêmse. ;>:];>
souverains d'Angleterre et de Bavière h Cicognara, qui les a données ensuite à l'Académie. C'est à la bibliothèque Saint- Marc qu'il faut chercher les seuls morceaux originaux de statuaire antique que possède Venise. Là sont les groupes de Jiacchus et un faune, de G animède enlevé par Caigh, de Léda et le cygne, les statues de Diane, d'Ulysse, de l'Abondance, de Y Amour, de deux Muses, les têtes semi- colossales d'un Faune et d'une Fauntsse, quelques bas- reliefs, entre autres celui qu'on appelle Niobiade, etc. Toutefois, la salle nommée délie reduzioni accademiche, ornée d'une bordure à hauteur d'appui, où Titien a peint les emblèmes des quatre évangélistes, quinze têtes d'enfants et des masques de caractère (1), renferme plusieurs élégants bas -reliefs, quelques-uns en marbre, la plupart en bronze, tous de l'âge moderne. Parmi les premiers se distingue une Vierge portant V enfant entourée d'autres figures, morceau naïf et gracieux, fait à Venise au quatorzième siècle, mais dont l'auteur est resté inconnu ; — parmi les seconds, une porte de tabernacle très finement ciselée, qu'on attribue à Donatello; — un basrelief pris au tombeau de Briamonte, ouvrage de ce Vittore Camelio, de Venise, qui savait si bien contrefaire les médailles antiques ; — enfin la Victoire de Constantin et son Entrée à Home, vigoureux et excellents tableaux de bronze, par Andréa Riccio, de Padoue. C'est dans cette salle que se trouve la précieuse urne de porphyre où l'on conserve pieusement la main droite de Canova, dout le cœur est à l'église des Frari , et le reste du corps à Possagno. Au-dessous, Ton a suspendu sou ciseau , et gravé l'inscription suivante :
Quod mutui amoris monumentum, Idem gloriœ incilamentum fil.
(1) Cette bordure avait été faite pour l'ancienne Scuoîa di San* Giovanni,
Dans la salle immédiate est conservée la collection de dessins originaux formée par le cavalière JBosso, de Milan. On y trouve plus de soixante dessins de Léonard, presque cent de Raphaël, quelques-uns de Michel-Ange. Mais nous pourrions répéter en un mot, à propos de cette collection , ce que nous disions de celle de Florence : c'est un trésor enfoui.
Dans la distribution des deux cent soixante-quinze tableaux de toutes écoles qui forment la collection , Ton a eu le bon esprit de consacrer une petite salle aux anciennes peintures, à celles qui ont précédé rétablissement de la véritable école vénitienne. Les plus curieuses sont : une Madeleine, une Sainte-Barbe, une Sainte-Claire du vieux Bartolommeo Vivarini, un Saint- Jean- Baptiste, un Saint-Matthieu de Luigi Vivarini Senior, un autre Saint-Jean , un Saint-Sébastien, un Saint-Antoine abbé de Luigi Vivarini Junior, et surtout quelques-uns dfe ces vastes tableaux nommés ancona, qui réunissaient plusieurs sujets dans leurs divers compartiments. Ceux là sont de Michèle Ma ttei, de Bologne, de Lorenzo Veneziano, de Nicolo Semitecolo. La plus importante de ces peintures est une Vierge glorieuse assise sous un baldaquin que soutiennent des anges, entre les quatre docteurs de l'Église. Elle est l'œuvre des frères Giovanni et Antonio de Murano, qui travaillaient toujours en commun. On aurait dû réunir à cette collection d'anciens tableaux un Christ priant au jardin, de Marco Basaiti, et une Vierge lisant, précieux ouvrage d'Antoneilo de Messine, qu'il laissa sans doute à Venise lorsqu'il vint communiquer à son ami Domenico le secret de la peinture à l'huile, secret que ce dernier porta ensuite à Florence, où il lui fut arraché avec la vie par Andréa del Castagno.
La fondation de la véritable école de Venise peut être rapportée à Giovanni Bellini, qui joue, dans son histoire, le même rôle que Francesco Francia dans celle de Bologne. Le premier, il adopte et fixe une manière, il réunit des élèves,