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il forme enfin une école. Né à Venise en U26, et mort en 1516, après plus de soixante ans d'exercice, il apprit la peinture à l'huile, soit de son père Jacopo Bellini, élève lui-même de Gentile da Fabriano (1), soit, comme le rapportent certains écrivains, Borghini et Ridolphi, en ^introduisant sous l'habit d'un patricien chez Antonello de Messine pour lui voir préparer ses couleurs. La peinture de Bellini est, comme on sait, très châtiée, très finie. On y sent une patience à toute épreuve jusque dans l'imitation des moindres objets, autant (pie la pureté du goût et le sentiment du beau. Grand coloriste d'ailleurs, quoique timide encore, Bellini a jeté dans cette voie toute l'école qui l'a suivi, et lorsque, déjà vieux, il vit les beaux effets de clair-obscur produits par son élève Giorgion , il apprit lui-même à donner plus de chaleur à son style et plus de largeur à son pinceau. Le principal ouvrage de ce maître que possède l'Académie des Beaux-Arts, est une Vierge glorieuse aux pieds de laquelle trois petits anges exécutent un concert, et dont le trône est entouré par saint Jean, saint Sébastien , saint Dominique, saint François saint Louis, et Job enfin qui se trouve là parce que le tableau appartenait à l'église supprimée de San-Giobbe. C'est une composition magnifique que son grand style et sa belle exécution placent au premier rang des œuvres de Bellini , lequel compte encore à l'Académie des Beaux-Arts quatre autres Madones. M. Valéry, qu'a pu tromper quelque confusion dans ses notes, lui attribue une Cène à Emmaûs de grandeur naturelle, avec les costumes de son temps et un ambassadeur turc. J'ai vainement cherché ce tableau dans toute la galerie , et j'aurais été bien surpris de l'y rencontrer, car de tels détails sont fort opposés à ses habitudes et à sa manière.
(1) Dès le temps de Jacopo Bellini , les Vénitiens avaienfcabandonné l'usage des panneaux «le bois {tavole) pour peiudre sur toile.
LKS MUSfclîS D* ITALIE.
Gentilc Bellini, quoique l'aîné de son frère, n'a pas dans T École la même importance. Ayant passé plusieurs années de sa vie à Constantinople, où, malgré lanathôme porté par le prophète contre toute image d'être vivant, Mahomet II lui commanda plusieurs travaux, il se borna à la peinture anecdotique. Sous ce rapport, ses tableaux sont très précieux. Il y en a deux à l'Académie représentant des miracles arrivés de son vivant par l'intervention des reliques de la sainte Croix, l'un sur la place Saint-Marc, en 1496, l'autre sur le Grand-Canal. On y trouve reproduits, avec une fidélité scrupuleuse et un talent remarquable, les lieux, les costumes, les habitudes, tout l'aspect de la Venise d'alors. Ce sont des pages d'histoire et comme les mémoires de son temps.
On regrette vivement de ne rencontrer dans le musée de Venise que deux ouvrages de Giorgion (Giorgio Barbarelli), et non des plus importants dans son œuvre. Quoique du même âge que Titien, Giorgion, plus précoce, sortit d'abord du style timide et froid de leur maître Beliini à la vue des ouvrages de Léonard; mais, poussant plus loin encore les grands effets d'opposition et de clair-obscur, il a donné le premier exemple de cette manière large et vigoureuse qu'a depuis adoptée l'École entière, vouée dès lors au cullc du coloris. C'est en ce sens , qu'après avoir réagi sur son maître lui-même, Giorgion fut en partie le maître de Titien, qui l'imita. Mais le chagrin de se voir enlever, par son élève Pietro Luzzo, de Feltre, une maîtresse qu'il aimait, ou peut-être simplement la peste, le fit mourir à trentequatre ans (en 1511 ), et son glorieux émule, qui lui survécut plus d'un demi siècle, eut le temps de l'atteindre et de le dépasser. Ses deux ouvrages à l'Académie sont une Tempête apaisée par saint Marc, et le portrait d'un noble vénitien. On y reconnaît les qualités qui distinguent ce maître éminent : ampleur des contours, noblesse des draperies, empâtement profond, clair-obscur énergique, enfin la
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hardiesse et l'aisance vénitiennes dont il est juste de le nommer l'inventeur. La vue de ces échantillons fait regretter plus vivement la destruction des belles fresques qu'il avait exécutées sur la façade de l'hôtel appelé Famine o de 1 Tcdeschi, et aussi l'absence de toute autre œuvire? II n'y a pas même un de ces concerts de voix et d'instruments que sou goût pour la musique lui faisait aimer à peindre.
Une autre absence non moins regrettable, car elle est complète, c'est celle des œuvres de l'élève et continuateur de Giorgion, Fra Sebastiano del Piombo , dont nous avons souvent parlé , notamment à propos de sa Sainte- Famille du musée de Naples. Il est étrange, et pour ainsi di^ impardonnable, qu'un si grand artiste, et qui fait tantd'hofffieur h l'école de Venise, ne soit représenté ni au palais ducal, ni même à l'Académie. Il est vrai de dire qu'une fois en possession de son office de chancelier del Piombo, d'où lui vint le nom sous lequel il est connu, Sebastiano Luciano cessa de travailler, pour vivre en vrai chanoine, et faire uniquement la vit a buona. Mais néanmoins, quoique peu nombreux, ses ouvrages ne sont pas d'une extrême rareté; l'on en trouve dans toutes les grandes collections de l'Italie, hors celle de son pays, et les Anglais en ont trois dans leur petite Galerie nationale, à savoir : la grande composition du Lazare ressuscité, le portrait de la belle et sainte Giulia Gonzaga , enfin le portrait du peintre lui-même , qui s'est représenté en compagnie du cardinal Jules de Médicis scellant une dépêche avec le plomb de son office.
Quant à Titien ( Tiziano Vecelli ou Vecellio, né à Cadore (1) en 1480, et qu'on croit arrière-neveu de saint Titien,
(I) ... E Tizian che onora
Non men Cador che quci Venezia e Urbîno...
(Ahiosto, Orlaado Furioso,)
évêque d'Oderzo), son histoire est écrite tout entière à l'Académie des Beaux-Arts. Là, se trouvent les premiers essais d'une jeunesse à son début, les dernières occupations d'une vieillesse volontairement laborieuse, la perfection du milieu de sa fie.
On regarde comme le plus ancien des ouvrages encore subsistants de ce grand homme une Visitation de sainte Elisabeth en petites proportions ; il peignit ce tableau presque au sortir de l'enfance, lorsqu'il hésitait encore entre l'imitation de son second maître Gentiie Bellini , celle de quelques ouvrages flamands venus à Venise, et la nouvelle manière de son condisciple Giorgion. Les formes y sont raid es et la couleur molle, mais on voit déjà clairement vers quelle école l'attire son penchant naturel. Son dernier ouvrage, au contraire, est une grande Déposition de croix ( Cristo deposto) que la mort l'empêcha d'achever. En examinant de près ce tableau, on y aperçoit bien le travail embarrassé , confus, alourdi, d'un pinceau tremblant et d'une vue éteinte ; et cependant, à quelques pas de distance, il est encore plein d'effet , de force et de grandeur. Cette vénérable Déposition fut achevée par Palma le vieux, comme l'indique la pieuse inscription tracée au premier plan : Quod Titianus inchoaium rniqait, Palma reverenter absolvit , Deoque dicavit opus.
Les deux grandes compositions qui marquent, à l'Académie des Beaux-Arts, la maturité et comme le point culminant du génie de Titien, ce sont le commencement et la fin de l'histoire de la Vierge, sa Présentation au temple et son Assomption. La première est d'une singulière ordonnance. On y voit l'escalier et le vestibule du temple , les maisons voisines, des rues en perspective, des montagnes au fond, une foule de personnages; la Vierge, petite fille qui monte seule l'escalier, est la moindre partie du tableau, qui n'en est pas moins une œuvre admirable dans la manière vénitienne, plus
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attachée au vrai réel qu'à l'idéal. Ces deux genres de mérite se trouvent tous deux et presque également dans l'Assomption, aujourd'hui si célèbre et si connue par la gravure. Titien la peignit à trente ans, et mit par cet ouvrage le sceau à sa réputation naissante. On avait en quelque sorte perdu le souvenir de cette Assomption fameuse, lorsque heureusement Cicognara la découvrit, tout enfumée, sur un haut panneau de l'église des Frari, et l'échangea contre un tableau plus neuf. Il est inutile sans doute de vanter ses beautés diverses, de décrire la majesté mystérieuse du Père éternel, l'éclat éblouissant et céleste du groupe de la Vierge portée par trente petits anges, la vigoureuse réalité des personnages restés sur la terre ; il suffit de rappeler que, dans ce tableau, Titien mérite le nom que lui ont donné ses biographes et ses admirateurs, celui du plus grand coloriste de l'Italie, et j'ajoute que, si l'on ne peut précisément l'appeler le plus grand coloriste du monde, il ne partage du moins ce titre qu'avec Rubens et Murillo. Titien fut, avec Giorgion et plus encore que lui, dans l'école vénitienne, ce qu'avaient été Léonard, Corrége, Raphaël, Michel-Ange, à Milan, à Parme, à Rome et à Florence : « Il absorba ses devanciers et ruina ses successeurs » (les annotateurs de Vasari). A l'école de Bellini, jusque là retenue par les scrupules de la conscience, les appréhensions de la modestie, la peur et le respect des difficultés, il ajouta l'audace, l'élan, la promptitude, enfin la pleine liberté delà main et de l'esprit.
Depuis sa découverte récente, V Assomption passe, en Italie, pour le chef d'œuvre de Titien. Mais peut-être faut-il placer encore plus haut celui de ses ouvrages qu'il proclamait luimême le meilleur, je veux dire la grande Cène, à laquelle il travailla sept ans, qui avait sept brasses de longueur (environ douze mètres), et qui est restée enfouie dans le réfectoire du couvent de l'Escorial, en Espagne. Protégé, honoré, aimé par Charles-Quint et Philippe II , Titien , qui fit trois fois
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Ic voyage d'Augsbourg et devant qui posa trois fois Charles - Quint, auquel Philippe II écrivait familièrement comme à son autre peintre chéri, Sanchez-Coello, Titien leur adressa une grande partie de ses œuvres. C'est en Espagne qu'allèrent successivement , et cette immense Apothéose où la famille impériale est présentée par un chœur d'anges à la Trinité, à la Vierge, aux Bienheureux, et cette foule de tableaux sacrés ou profanes, dont les uns se nomment Y Adoration des Mages, la Vierge aux douleurs, Jésus couronné d épines , Sainte-Marguerite , le Péché originel, et les autres , Offrande à la Fécondité, Bacchus à Naxos, Diane et Acléon t Diane et Calixlo, Andromède et Persée, Médée et Jason, Pan et Sirynx, Vénus et Adonis. De tous ces tableaux expatriés, et, pour la plupart, du vivant même de leur auteur, les uns ont péri en 1608 dans l'incendie du Pardo; les autres, longtemps relégués avec la Vierge à la Perle et la Vierge au Poisson dans les solitudes de l'Escorial, sont enfin réunis au Spasimo, dans le musée de Madrid, où nous les retrouverons bientôt. Ce qui reste, à Madrid seulement, est beaucoup plus important que les douze ou quinze tableaux de second ordre rassemblés dans notre musée du Louvre.
Outre ceux que je viens de citer, l'Académie de Venise possède encore un Saint Jean- Baptiste dans le Désert, où le paysage, d'un aspect sombre et morne, aide merveilleusement à l'effet du personnage, et une vigoureuse tête de Vieille Femme, qui passe pour un portrait de la mère du peintre.
La vue de tous les morceaux dont se compose l'œuvre immense de Titien fait naître une réflexion générale qui peut mériter d'être placée ici; elle me semble prouver victorieusement la supériorité des sujets religieux sur les sujets profanes. Titien a été l'artiste le moins dévot de son temps ; allant plus loin que les Giotto, les Masaccio, les Léonard, les Corrége, les Michel-Ange et les Raphaël, qui avaient peu à peu énian-
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cipë l'art du dogme et fondé sou indépendance, il est franchement et pleincraeut sorti de la foi pour preudre tous les sujets que lui fournissaient «on imagination, son goût, ses caprices. £t cependant, les œuvres qui ont surtout immortalisé le nom de Titien, comme celui de Raphaël, sont des tableaux sacrés. L'Assomption, la Cène, le Saint Pierre martyr, la Descente de Croix, surpassent, non-seulement les Vénus et les Danaë, qui sont des compositions simples, mais aussi les Allégories, par exemple, compositions non moins vastes et non inoins compliquées. C'est que, dans les sujets religieux, se trouvent et se trouveront longtemps encore, pour tousses arts, les dernières difficultés et la dernière grandeur.
Mais, dira-t-on, cela peut avoir été vrai, et ne l'être plus. Quand la foi régnait, les arts devaient être religieux; ils trouvaient dans leur sujet même l'inspiration de l'artiste et la sympathie du public; l'un faisait avec amour, l'autre admirait avec respect. Mais aujourd'hui que la foi semble morte, pourquoi maintenir à la peinture sacrée son ancienne prééminence? — Pourquoi? parce que la religion porte en elle deux mérites : la croyance, qu'elle peut avoir perdue; la poésie, qu'elle a conservée. Ce dernier suffit encore. Depuis dix-huit siècles, la mythologie n'en a point d'autre, et l'on peut aisément, sans croire soi-même, se mettre au point de vue de la foi pour exécuter une œuvre ou pour l'apprécier. La religion chrétienne doit avoir le sort de la mythologie, sur qui elle l'emporte même par le côté pittoresque ; elle gardera, je le répète, son empire sur les esprits, comme poésie, longtemps après l'avoir perdu sur les âmes, comme croyance. Notre monde terrestre, notre monde réel, est trop borné, trop court, trop étroit, pour l'imagination et pour ses œuvres; il faut à celle-ci quelque espace plus vaste où promener ses rêves et ses caprices, où satisfaire son goût de l'inconnu et du merveilleux, son instinct de l'infini. Dans les arts, la religion suffit à toutes les exigeances Elle a asse z
d'idéal dans ses croyances pour que tous les sentiments, même Exaltation, se développent avec liberté ; assez de réel dans ses traditions et ses dogmes pour qu'on ne franchisse pas les bornes d'une certaine raison, pour qu'on n'aille point avec une excuse jusqu'à l'extravagance. Elle a son histoire et ses légendes, ses mystères et ses miracles, ses démons et ses anges, son enfer et son paradis, toutes les oppositions du laid et du beau, du mal et du bien; puis, au milieu de ces deux extrêmes, l'homme, sur la terre, qui les réunit par ses vices et ses vertus. Rien ne saurait remplacer, dans les arts, une aussi admirable combinaison d'éléments, une aussi vaste échelle de degrés, une source aussi inépuisable d 'inspira* tions et d'effets. Qu'on passe en revue les chefs-d'œuvre, de tous les temps et de tous les genres, on les verra presque tous empruntés à l'ordre surnaturel , qui , soit qu'on le nomme sacré, soit qu'on le nomme fantastique, vient également des croyances religieuses. Ce sera, dans ce que nous savons ou ce qui nous reste de l'antiquité, en peinture : la rémis Anadyomène d' Appelles, le Jupiter entouré des Dieux de Zeuxis, les Bacchus de Parrhasius et d'Aristide; — en sculpture : le Jupiter olympien, la 'Minerve d'Athènes. Y Apollon de Rome, la V énus de Florence ou celle de Milo, la Diane de Paris, YNercule de Naples, la Niobé, le Laocoon ; — en architecture : le Parthénon, le Temple de Pœstvm, le Panthéon d' Agrippa. Ce sera, dans les temps modernes, en peinture : la Transfiguration et le Spasimo de Raphaël, la Cène de Léonard, le Jugement dernier de Michel- Ange , la Nativité de Corrége , Y Assomption de Titien, le Saint Marc de Tintoret, le Saint Jérôme de Dorniniquin, la Sainte Pétromlle de Guerchin, la Pitié de Guide, les Extases de Murillo, la Descente de Croix de Rubens, le Dêluf/e de Poussin; — en sculpture : le Moïse de Michel-Ange, le Saint Jean de Donatello, la Notre- Dame de la Solitude de Becerra, la Madeleine de Canova ;
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— en architecture : la Mosquée de Cordon, la Cathédrale de Nuremberg, ï Abbaye de Westminster, Notre-Dame de Paris, le Duomo de Florence, Saint-Pierre de Rome , le Rédempteur de Venise; — en musique : les Motets de Palestrina, les Psaumes de Marcello, les Oratorios de Handel, le Requiem de Mozart, la Messe solennelle de Beethoven , et , môme en musique d'opéra , Orphée , Don Giovanni, Moïse, Frey&chuts, Robert-le- Diable.
Revenons maintenant à l'Académie des Beaux-Arts.
En face de Y Assomption, qui occupe un des panneaux d'honneur dans la grande salle, on a placé le Miracle de saint Marc, par Tintoret. C'est une justice rendue à cet autre immortel ouvrage, le premier de son auteur, et l'un des premiers assurément, non de l'École, mais de l'art tout entier.
Giacomo Robusti, qu'on appela Tintoretto parce que son père était teinturier à Venise, et dont nous avons vu de si nombreux ouvrages, au palais ducal, dans les églises, dans les galeries particulières, aurait pu remplir à lui seul les salles de l'Académie, tant il occupa laborieusement sa longue vie de quatre-vingt-deux années, tant il avait une facilité merveilleuse pour concevoir et pour exécuter. Ses qualités d'artiste s'étaient annoncées de si bonne heure, que, poussé par un sentiment de jalousie qu'il répara depuis noblement, Titien renvoya de son atelier cet élève qui, dès l'école, lui portait ombrage. Ce fut un bien pour Tintoret; car, au lieu d'imiter servilement sou maître, comme tous ses condisciples, il se fit une manière originale en essayant d'atteindre la règle qu'il s'était tracée : réunir le dessin de Michel-Ange et le coloris de Titien. Mais, aprèsdes études variées et opiniâtres, chargé de commandes, dès que sa célébrité commença, et portant dans le travail une ardeur fébrile qui le fit appeler il farioso, Tintoret, comme Murillo, n'a pas donné les mêmes soins à toutes ses œuvres; il en est un grand nombre marquées
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d'une évidente précipitation, ou plutôt de cette envie de faire vile et beaucoup, que je crois pouvoir appeler la négligence dans le travail. Aussi Annibal Carrache disait-il en plaisantant avec justice, que très souvent Tintoret était inférieur à Tintoret.
L'on a donc eu raison de faire un choix pour 1-Académie, et de se borner ( si c'est se borner ainsi ) à une dizaine d'ouvrages, tableaux et portraits. Celui que nous avons annoncé déjà par son titre, le Miracle de saint Marc, représente la délivrance d'un esclave condamné au supplice, par l'intervention miraculeuse du patron de Venise. C'est une vaste scène, en plein air, qui réunit une foule de personnages, mais groupés sans confusion, et concourant tous au sujet dont l'unité est parfaite. Au milieu de ces gens assemblés pour le supplice et témoins du miracle, l'esclave, couché nu par terre, dont les liens se rompent d'eux-mêmes, et le saint, étendu dans l'air comme si des ailes le soutenaient, offrent des raccourcis d'une audace et d'un bonheur inexprimables^ Tous vivent, tous s'agitent; on voit la foule remuée par l'étonnement et l'effroi, et l'on comprend alors la vérité decette espèce de proverbe admis par les artistes, que c'est chez le Tintoret qu'il faut étudier le mouvement. D'ailleurs, la iiberté magistrale du pinceau, le jeu savant des lumières, l'harmonie et la finesse des tons, la vigueur inouïe du clair-obscur, toute la magie du coloris portée à sa dernière puissance, fout de ce tableau une œuvre éblouissante, enchanteresse, prodigieuse, qu'on devrait appeler, non plus le Miracle de saint Marc, mais le Miracle de Tintoret.
Un autre tableau, moins vaste, mais d'une importance presque égale, est une Vierge dans la gloire> adorée par saint Cômc et saint Damicn. C'est un autre chef-d'œuvre, un autre triomphe de la couleur, au delà duquel on ne peut rien supposer pour l'effet fort et juste. Le reste des compositions, dont il serait trop long de parler on détail, sont : le Meurtre
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(TAbeli Je Christ sortant du tombeau (en présence de trois sénateurs), la Vierge et l'Enfant, encore accompagnés de trois sénateurs, une Assomption, un Christ en croix, Adam et Ève mangeant la pomme. £nfin le portrait du Doge Mocenigo, l'un des plus admirables qu'ait laissés Tintoret, ^ et celui d'Antonio Gapello, montrent son génie et sa grandeur dans un genre où il est aussi resté le rival de Ti- * tien.
Son autre émule, celui qui vient encore partager le premier rang dans l'école vénitienne, Paul Véronèse enfin ( Paolo Caliari, ou Cagliari, de Vérone ) ne me semble pas avoir à présenter au concours une œuvre aussi grande de tout point que l 1 Assomption et le Saint-Marc. Nous avons au Musée du Louvre le tableau qu'on appelle son chef-d'œuvre parmi ces immenses Cènes, ou repas, qu'il a dix ou douze fois répétées, les Noces de Cana. Eh bien ! ce tableau lui-même ne me paraît point une composition aussi élevée, du moins par sa nature et sofa style, que les deux précédentes. Elle ne peut les égaler que par l'exécution des parties. C'est une galerie de cent portraits rassemblés dans le même cadre, ne méritant son nom, ni par l'action, ni par le lieu, ni par aucun détail, et, quelle que soit la valeur de cent excellents portraits, je ne puis trouver en aucun d'eux, ni même en leur ensemble, l'équivalent absolu d'une composition où 1 unité règne, d'un poème pittoresque, comme les grandes œuvres de Titien et de Tintoret. Cela me ferait placer Véronèse un peu au-dessous de leur niveau. Après cette réserve, je devrais vanter la magnifique ordonnance de ses vastes et théâtrales compositions, la noblesse, la variété et la vérité des portraits, la recherche et l'élégance des ornements, la justesse, la vivacité, le charme de la couleur, toutes ces éminentes qualités que j'admire autant que personne; mais, comme Véronèse est incomparablement mieux représenté et mieux apprécie à Paris que Tintoret et Titien, comme nous avons sous les yeux
ses meilleures œuvres, tandis que, depuis les restitutions faites à l'Italie, les autres ne nous sont connus que par des œuvres secondaires, je puis couper court à des éloges qui seraient tout à fait superflus.
Le Seigneur soupant chez Lévi, grand et superbe pendant des Noces de Cana et de la Cène de Jésus chez Simon, que le Louvre possède, est l'ouvrage capital de Véronèse à l'Académie des Beaux-Arts. Un peu moins vaste qne les Noces de Cana, mais d'une disposition aussi belle et d'une aussi précieuse exécution , celte toile me paraît, tant elle est fraîche et éclatante, avoir sur l'autre l'avantage d'une conservation plus parfaite. Sous prétexte de ces scènes évangéliques, Véronèse peignait tout simplement un grand repas de son époque , avec des poètes , des musiciens , des moines et des courtisanes. C'est aussi sous prétexte d'une Annonciation qu'il a peint un grand tableau d'architecture, où l'on voit la façade entière d'un palais et diverses perspectives des élégants jardins qui l'entourent. La Vierge et l'Archange, placés aux deux angles du tableau dont ils sont les moindres détails, font la plus étrange figure dans ce paysage orné. Mais supprimez les, rendez au tableau son sujet véritable, en lui ôtant le nom qu'il a usurpé , et vous aurez à louer sans restriction. Malgré d'excellents détails, surtout au premier plan, Y Assomption de Véronèse est très inférieure à celle de Titien, et je me garderai bien, par esprit de justice, de provoquer entre elles la curieuse et instructive comparaison qu'appelait à Naples la rencontre des Saintes Familles de Raphaël et de Jules Romain ; ce ne serait pas donner au peintre de Vérone la place qu'il mérite par l'ensemble de ses œuvres. Il a encore à l'Académie une Sainte- Chris line battue de vrrges , dont le dessin est fin , précis , net , presque florentin, et dont la couleur est pâle : deux choses rares chez tout Vénitien , et en particulier chez Véronèse. Il semble ivoir poussé à l'extrême , dans ce tableau , la teinte qui lui
est propre, la teinte d'argent. On sait qu'au contraire Titien paraît étendre une couche d'or sur ses peintures, étque, chez Tintoret v domine la nuance légère et transparente de l'améthyste. Ces quatre tableaux me semblent les plus remarquables^ différents titres, de ceux que compte Véronèse à l'Académie. Mais il faut y ajouter Sainte-Christine dans le lac de Bohena, Sainte-Christine poussée à Vadoration des idoles, les Quatre évangélistes en deux pendants, — Saint Luc et Saint Jean , puis Saint Marc et Saint Matthieu, — la Vierge entre saint Joseph, saint Jeau- Baptiste et d'autres bienheureux , enfin La toi, la Charité, Kzèchiel et haie en grisailles.
Après ces grands noms : Bellini, Giorgion, Titien, Tintoret, Véronèse , maîtres incontestés de l'école vénitienne , il est juste , à mon avis , de citer Pâris Bordone qui s'est élevé presque à leur hauteur dans son tableau du Pêcheur présentant au doge l'anneau de Saint-Marc. Il le peignit à Venise, avant de passer en France où l'appelait François I", et d'aller décorer la maison des fameux financiers Fucher à Augsbourg. Quoique les personnages n'aient pas plus d'une coudée, c'est une grande composition dans tous les sens du mot, par l'étendue, par l'ordonnance, par l'exécution. L'architecture , quoique inventée , est un modèle de perspective dans les lignes, de vérité et de finesse dans tous les tons du marbre, des bas-reliefs, des divers ornements. Les personnages ne sont pas moins remarquables par la variété des attitudes et le sentiment de vie qui les anime. Enfin la scène entière est d'un effet singulier, charmant, et l'on s'explique sans peine comment tant de chevalets sont toujours dressés autour de ce tableau, plus étudié, plus copié peut-être qu'aucun autre.
Parmi les disciples de Titien , restés complètement dans sa
manière (1), on peut citer pour les plus éminents les deux Palma*, Bonifazio, Morone. L'Académie des Beaux-Arts contient plusieurs tableaux des trois premiers, et quelques portraits du quatrième, qui n'a guère fait autre chose, mais assez bien pour que l'on confonde aisément ses ouvrages avec ceux du maître. Bonifazio Bembi , que nous connaissons à peine en France, parce que je crois qu'on lui fait l'honneur d'attribuer aussi ses œuvres à Titien , — tout le monde gagnant à cette croyance et Titien même n'y perdant pas beaucoup, — n'a pas la réputation que devrait lui assurer la possibilité de cette méprise. Si nous avions au Louvre, avec son nom, certains tableaux de l'Académie, tels que Y Adoration des Ma* ges, le Massacre des Innocents, Saint- Jérôme et Sainte- Marguerite, la Femme adultère, le Christ glorieux, entouré de saints et d'anges, et surtout le Riche Epulon dînant au milieu de ses courtisanes, nous accorderions certainement à Bonifazio plus de renommée qu'il n'en a parmi nous.
Le vieux Palma, qui a terminé le dernier tableau de Titien, a laissé lui-même une Assomption inachevée, dont la partie inférieure est très belle. Parmi sept à huit compositions de Palma le jeune, il faut citer au moins son Cheval de la Mort (il caval délia Morte), heureuse allégorie d'une vigoureuse exécution et d'un effet imposant. Le squelette de la Mort, monté sur un cheval fantastique, préside à une espèce de carnage où ses ministres brûlent des temples, tuent des rois, égorgent de jeunes femmes, et le Temps, assis à l'écart, écrit froidement l'histoire des faits qui s'accomplissent devant lui.
Si nous passons des imitateurs de Titien aux imitateurs de
(I) J'appelle disciples de Titien ceux qui l'imitèrent plutôt que ceux qui prirent directement ses leçons, car Titien eut le tort grave de ne pas soigner beaucoup l'éducation de ses élèves, et de porter envie à ceux qui se distinguaient sous sa direction.
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Tintorct et de Véronèse, nous trouvons d'abord le fils du premier, Domenico Robusti, que représentent un Christ couronné d'épines et deux portraits de nobles vénitiens; — puis, le frère et le fils du second , Benedelto et Carletto Cagliari, l'un avec la Dernière cène du Sauveur et le Christ devant Pilate, l'autre avec deux Anges portant les instruments de la passion , V Institution de la confrérie del Soccorso, et le Christ portant sa croix rencontré par sainte Véronique. J'ai cherché curieusement, mais en vain, dans les salles de l'Académie, quelque morceau du second fils de Véronèse, Gabriele Galiari, lequel, ayant quitté l'art pour le négoce à la mort de son père, n'a laissé que de rares ouvrages. Peut-être cependant a-t-il contribué à terminer une autre Cène chez Lévi signée gii eredi di Paolo \ eronese.
Ces héritiers de noms illustres sont loin de clore la liste des maîtres vénitiens. Il reste à mentionner, sans sortir de l'Académie des Beaux-Arts, les deux Bassano (Jacopo et Leandro da Ponte), dont le second se fait remarquer par une belle Résurrection du Lazare ; Schiavone (Andréa Medola), Salviati (Giuseppe Porta), le Vicentino (Andréa Wicheli, de Vicence), Rocco Marconi, Giovanni Contarini, Lazzaro Sebastiani, Benedetto Diana, Donato Veneziano, etc. On n'y trouve point Canalelti (Antonio Canale, dit Ganaletlo ou Canaletti), sans doute parce qu'ayant Venise sous les yeux, il a paru inutile d'en avoir des portraits partiels. Mais il est encore d'autres artistes éminents qui appartiennent à l'École par leur éducation, par leur manière, et dont l'Académie a pu réunir les chefs-d'œuvre à ceux de Bellini , de Titien , de Tintoret, de Paris Bordone, de Bonifazio. Tel est d'abord Giam-Battista Gima, de Conegliano, resté fidèle au style de Bellini, et qui paraît dès lors, au milieu des autres, plutôt un Lombard ou un Florentin qu'un Vénitien. Sou Saint- Thomas touchant les plaies , sa Vierge gloriemc entourée
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de saints, aux pieds de laquelle deux petits anges font de la musique, sont d'excellentes compositions, sages, correctes et d'un faire admirable. Tel est aussi le Padovanino (Alessandro Varottari , de Padoue) , qui a laissé au musée de Venise, — avec une Vierge glorieuse, un Saint-Diacre priant et une Descente du Saint-Esprit, — cet autre tableau des Noces de Cana où il s'est montré l'heureux émule de Véronèse par l'élégance, la variété, l'éclat et la vie qui régnent dans sa composition. Tel est encore Pordenone (Antoine Licinio, de Pordenone), qui apprit à peindre sans maître, en imitant Giorgion , et qui devint habile dans la fresque jusqu'à lutter contre Titien, dont il fut toute sa vie l'ennemi déclaré (1). Il est auteur d'un Saint- Laurent Giustiniani entouré de saint Jean-Baptiste, de saint François et de saint Augustin , ouvrage parfait, d'un dessin châtié, d'une couleur vive et juste, qui ne lui fait pas moins honneur que ses meilleures fresques. Tel est enfin Vittore Carpaccio, qui n'est connu et ne peut l'être qu'à Venise, où il semble avoir laissé toute son œuvre, comme Schidone au musée de Naples. Ce sont neuf grands tableaux racontant, avec beaucoup d'imagination, mais aussi avec beaucoup d'ordre et de charme, toute la légende de sainte Ursule et de ses compagnes, depuis l'arrivée des ambassadeurs du roi d'Angleterre qui envoie demander la main de la sainte pour son fils, jusqu'à l'apothéose des onze mille vierges; c'est le Supplice des dix mille martyrs crucifiés sur le mont Ararat (Carpaccio, comme on voit, ne reculait pas devant les sujets vastes, et prenait ses personnages par milliers) ; c'est enfin une Présentation de V enfant Jésus au Temple, où le vieux Siméon paraît entre deux cardinaux , ouvrage supérieur, plein de grâce et de force
(1) On dit que, dans la crainte des vengeances de ce puissant rival, Pordenone ne travaillait que barricadé dans sa maison, et Tépée au côté.
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tout à la fois, et qui mériterait, saus une certaine raideur de contours, d'être comparé aux plus belles productions de l'École.
Nous avons dit , au début de cet article , que les étrangers , même italiens , n'ont en quelque sorte aucune place à l'Académie des Beaux-Arts. On y voit seulement quelques ouvrages isolés donnés par leurs auteurs , ou légués par des amateurs défunts , mais qui ne peuvent représenter ni une école , ni même un maître, et certes, au milieu d'une telle collection , le Vénitien qui n'aurait point quitté sa ville natale serait bien excusable de croire qu'il n'y a d'autres peinture au monde que celle de son pays. Luca Giordano seul se produit avec honneur au musée de Venise. Sa grande Descente de croix me paraît être , avec la Consécration du mont Cassin restée à Naples, le plus réfléchi, le mieux composé et le plus vigoureusement exécuté de tous ses tableaux. Il montre ce qu'aurait pu faire cet artiste d'une si riche nature , avec plus de réflexion dans l'esprit et plus de dignité dans le caractère. Une Madone de Pinturicchio , un Jésus parmi les facteurs de Giovanni d Udine , un Repos en Egypte de Baroccio, une autre Madone de Guide , un Homère et des Joueurs d échecs du Caravage, un Martyre de saint Barthélémy du Calabrese, une Allégorie de Liberi , un Daniel dans la fosse aux lions de Pierre de Cortone, une Sainte- Famille de Cirro Ferri, forment à peu près toute la part des écoles italiennes à l'Académie. Je ne parle pas de la salle des peintures modernes , où je ne suis entré que pour voir la précieuse esquisse du Miracle de saint Marc , que l'on a mise , je ne sais pourquoi , en cette déplorable compagnie.
Quant aux étrangers ultramontains , ils ne sont naturellement pas mieux traités. Des Espagnols , rien > même de Ribera ; — des Français , un Repos en Egypte par Nicolas Poussin , un Paysage par son beau-frère Gaspard ou Guas-
pie Dughet , une Madeleine par Lebrun ; — des Flamands, un Mariage de sainte Catherine .par Lucas de Leyde , un Loih et ses filles par Cranack , un portrait par Van-Dyck , enfin quelques petits cadres de Téniers , Ostade , Berghem , Van-de-Velt, Breughel, et peut-être un Terburg. J'avais raison dédire que l'Académie des Beaux-Arts est un musée vénitien.
Quand on voit à quel degré de splendeur s'éleva Venise dans les arts, comme dans la politique, la guerre et le commerce, on doit reconnaître, après l'exemple plus ancien et plus fameux encore d'Athènes et de toute la Grèce, après l'exemple contemporain de Florence et de la Hollande, qu'en aucun temps la forme républicaine n'est moins favorable que la monarchique aux progrès, à la célébrité, à la fortune même des artistes. Venise n'eut aucune espèce de cour, ni de papes, ni de rois; Venise n'eut pas même de ces familles nobles et riches entre toutes , qui , s'arrogeant peu à peu l'autorité souveraine, essayaient, par l'éclat et l'utilité des travaux publics, de faire pardonner leur puissance usurpée ; elle n'eut pas les Médicis de Florence, ou lesSforza ie Milan, ou les Gonzaga de Mantoue. El cependant Venise, qui conserva tous ses enfants illustres, attira dans son sein el s'appropria une foule d'illustrations étrangères. En effet, suivant la remarque piquante des annotateurs de Vasari, tous les grands peintres vénitiens (sauf pourtant les trois Bellini et Tintoret) sont nés hors de Venise : Titien à Cadore, Giorgion et Paris Bordone à Trévise, Pordenone dans le Frioul, les deux Véronèse (Paolo Cagliariet Alessandro Turchi) à Vérone, Palma-le- Vieux à Bergame, les Bassano (da Ponte) dans la petite ville de ce nom, Schiavone en Dalmatie, etc. J'ajouterai que les deux plus grands architectes qui ont illustré Venise, Sansovino et Palladio, étaient nés, l'un à Florence, l'autre à Vicence, et qu'ils vinrent aussi, par choix, se fixer dans la ville où le vieux Calendaiio avait élevé le palais ducal. JN'ont ils pas trouvé tous,
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(Ifins cette ville républicaine, à développer leur génie, à ronrjtici ir la renommée, à vivre dans l'aisance et le luxe? Pour n'être sujet d'aucun prince, pour n'avoir que sa propre cour, Titien en fut-îi moins visité par tous les princes de son temps, par les grands des autres contrées, par les écrivains renommés de toule l'Italie? En fut-il moins le peintre chéri de Charles - Quint, qui ne voulut plus poser que devant lui, qui lui payait chaque portrait mille écus d'or, qui le fit chevalier de l'empire et lui donna une pension doublée par Philippe II? En fut-il moins riche, moins heureux, moins honoré, moins envié de tous?
Sur cette protection si vantée que les souverains, dit-on, peuvent seuls dispenser 'aux arts et aux artistes, écoulons une voix que nul ne peut récuser. Elle n'est point moderne, elle n'est point partiale. Ce sera celle de Giorgio Vasari luimême , qui écrivait son livre avant la fin du grand siècle, qui devint riche et puissant , qui fut gonfalonier suprême d'Arezzo sa patrie, et qui resta toute sa vie , d'après son propre aveu, au service des Médicis et des papes : • Semblable à la plupart des princes, dit-il, en un endroit, Eugène IV ne comprenait rien aux beaux-arts, et s'en souciait fort peu. Si les princes soupçonnaient combien il est important pour leur renommée de savoir distinguer les hommes de génie, ils ne se montreraient pas si insoucieux. » — Ailleurs : « L'avènement d'Adrien VI consterna tous les artistes de Rome et de Florence... Les beaux-arts lui furent tellement odieux, que, si ce pontife eût conservé plus longtemps le sceptre apostolique , Rome aurait eu à déplorer la perte de bien des chefs-d'œuvre, comme autrefois lorsqu'elle vit certains papes condamner au feu toutes les statues échappées au ravages des Goths. Le ciel enfin, touché de compassion, fit ressusciter les arts en frappant de mort Adrien. » — Ailleurs encore : « Tant que vécut Adrien, peu s'en fallut que Jules Romain, le Faitorc, Perin del Vaga, Jean d'Udine, Sé-
bastion del Piorubo et autres grands maîtres ne mourussent de faim. La consternation régnait parmi les courtisans accoutumés à la munificence de Léon X, et les artistes songeaient tristement à l'avenir en voyant toute espèce de talent plongé dans l'oubli... lorsqu'enfin, par la volonté de Dieu, la mort vint frapper Adrien. »
Yoilà donc quel était, à Rome, le souverain qui, du vivant de Michel Ange et quand les cendres de Raphaël étaient à peine refroidies, séparait les deux grands Médicis, Léon X. et Clément VII ! Voilà quelle précaire et misérable situation avait faite aux artistes l'habitude des commandes et des présents de la cour pontificale! C'est dans le même temps qu'à Venise, prospérait et jetait tout son éclat la grande école fondée par les Bellini ; que Charles-Quint ramassait le pinceau échappé aux mains de Titien ; que Sansovino construisait la Zecca (hôtel des Monnaies) et la Loggia du Campanile ; que Palladio élevait, au milieu d'une foule de palais postérieurs à celui des Doges, la belle église del Redentore. C'est dans le même temps que, sollicité par le duc Cosme, le duc Hercule et le pape Paul III , de leur consacrer son double talent , à Florence, à Ferrare et à Rome, le sculpteur-architecte Sansovino répondait à toutes leurs instances (encore au dire de Vasari ) « qu'ayant le bonheur de vivre dans une république, » ce serait folie à lui d'aller vivre sous un prince absolu. » Après de tels exemples, les artistes doivent se rassurer sur les changements que peut opérer l'esprit du siècle dans les institutions politiques, et voir s'il le faut sans effroi la république succéder aux monarchies.
PAGES. PAGES
Adam et Ève pénitents; Paul Alexandre Farnbse (portrait
Véronèse 321 <T); Sébastien del Piombo. 283
Adam et Ève mangeant la pom- Aliense 319
me; Titien 337 Allégorie mystique; Giorgion. 1 41
A^dieux de Jésus à la Vierge Allégorie; Parmegianino. . . 282
avant la Passion; Paul Vé- — Liberi 343
ronèse 76 Allori (Cristoforo) . . . 138, 1GG
Adoration dans la Crèche; Gé- Ame de Sainte-Marie VÊgyp-
rard des Nuits 38 tienne, transportée au Ciel
— des Bergers; Lucas de par des anges; Lan franc. . 291 Leyde . 293 Amourendormi; Volterrano . 468*
— dès Mages; Titien. ... 78 Ciravage 179
Kubens 100 — né de Vénus et de Vulcain;
Domenico Ghirlanda- Tintoret 170
jo 13 i — sacré et V Amour profane ;
— — André de Salerne . . 276 Titien 239
Garofalo 287 Andréa del Sarto, 78, 97, 155,
Lucas de Leyde ... 293 162, 239, 240.
Aliense 319 Ame tentée par le diable , qui
— — Tintoret 321 se réfugie sous les niles de
Bouifazio 340 son ange gardien; Domini-
— des Rois; PaulVéronèse . 82 quin 290
Léonard de Vinci . . 140 Andréa del Caslagno. . 135,280
« Albert Durer .... 151 André Corsini en extase ;
Mantegna 158 Guide 109
— du V<?flM<for;Rosselli. . 203 André de Salerne . . . 276,298
Tintoret 312 Ange {C) et Tobie; Titien . . 315.
Agar dans le Désert ; Cor- — aux trois Maries ; Schi-
rége 282 done • . 97
bane, 82, 111, 179, 239,250, — portant Vencensoir ; An* 292. nibal Carrache 290
TAULE ANAI.ViKUX