CHAPITRE PREMIER
Apetçu Génézal
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Aperçu Général
La Ville de Paris, comme loules les grandes cites d'Europe, renferme dans ses murs des richesses artistiques considérables. Les galeries, les expositions de peinture et de sculpture de tout genre y sont ouvertes toute l'année, et, si l'on cite en Espagne, en Hollande et surtout en Italie des musées plus avantagés sous le rapport des tableaux et des statues, Paris n'en est pas moins le centre de lumière, où tout ce qui lient à l'art a sa place largement marquée. ,
Un fait pourtant doit être noté. Alors que quelques grandes villes européennes ne renferment dans leurs murs tant de trésors, que parce qu'elles sont des capitales, la Municipalité parisienne s'est efforcée de se créer, par ses efforis intellectuels et des sacrifices d'argent, un domaine artistique propre, aussi vaste que varié, lui permettant presque de rivaliser avec l'État.
La Ville de Paris possède en ce moment trois musées, une bibliothèque et un dépôt de ses œuvres d'art. Ce sont : le musée Carnavalet, le musée Cernuscbi et le musée Galbera; la bibliothèque Saint-Fargeau ; quant au dépôt d'Auteuil, sa position éloignée ne lui attire guère de visiteurs. D'ailleurs pour l'instant, il donne un abri à toutes les toiles que la Yille a dû y transporter par suite de la démolition de son pavillon derrière l'ancien Palais de l'Industrie, et l'état provisoire des choses ne permet pas d'y placer une exposition. La seule préoccupation a été de conserver les tableaux dans les meilleures conditions possibles, afin qu'ils ne se détériorent pas avant leur translation dans les musées.
Des groupes de plâtre y fraternisent dans un touchant accord, heureux de l'abri que l'Administration leur réserve en attendant un sort meilleur, un avancement, une place d'honneur dans un square au mibeu des gazons ou des fleurs, et, rêvant du moment où les oiseaux viendront leur chanter leurs chansons pendant que les enfants s'ébattront à leurs pieds, ils courbent mélancoliquement leurs échines dans la lumière crue du grand hall qui les reçoit.
Il existe encore deux autres monuments, destinés à devenir des musées de la Yille de Paris.
L'Hôtel Lauzun, situé quai d'Anjou, et le petit Palais des Beaux- Arts, construit récemment aux Champs-Elysées, en façade sur l'avenue Alexandre 111.
L'Hôtel Lauzun appartient à l'Ile Saint-Louis qui fut au xvif siècle le quartier de luxe et d'élégance. .
Résidence successive de Laiizim, de Richelieu, et, en dernier lieu, du baron Pichon, son propriétaire, le bibliophile bien connu qui y a demeuré pendant plus de cinquante ans, eu conservant tous les détails avec amour, il offre un spécimen unique, très complet comme peinture, boiseries, décorations, des magnificences intérieures ornant l'habitation des seigneurs de la cour, sous le règne de Louis XIV. C'est un modèle, le plus rare et le plus complet de l'art décoratif à cette époque.
Baudelaire, Théophile Gautier, Roger de Beauvoir l'ont également habité.
Dans le but d'éviter une dispersion regrettable de richesses artistiques incomparables et d'en offrir la vue et l'étude h la population parisienne, la Ville vient d'acheter l'Hôtel Lauzun aux héritiers du baron Pichon. Des délibérations du Conseil municipal des 24 mars, 26 juin, 12 juillet et 15 décembre 1899 consacrent cet heureux achat.
Quant au petit Palais des Champs-Elysées, qui sera le musée le plus complet de toutes les œuvres d'art appartenant à la Ville de Paris, chacun se plaît à en admirer, dès maintenant, le style gracieux, les élégantes proportions et l'aménagement intérieur aussi original que bien approprié à sa destination artistique.
Les trois musées actuels de la Ville de Paris sont bien différents de caractère, d'aspect et d'attributions.
L'hôtel Carnavalet, dans la rue de Sévigné, en plein Marais, c'est-àdire dans ce vieux Paris que n'ont point encore trop percé les travaux d'embellissement et surtout d'assainissement que tente de nos jours toute ville qui se respecte, semble être l'écrin rêvé pour un musée des restes du Paris d'autrefois et, dès l'entrée, on est saisi, dans la cour toute pavée, du recueillement que l'on éprouve en face des choses du passé. C'est tout naturellement avec joie que l'on quitte à la porte les préoccupations de l'existence actuelle pour se retremper dans ses souvenirs et se laisser aller à toutes les évocations de l'histoire. Sans doute, la vie bourdonnante est
là qui vous guette à la sortie et même les bruits de ce coin laborieux et industrieux passent bien encore par-dessus les murs, pour vous rappeler à la réalité ; évidemment, les lourds camions et les omnibus, modernes carrosses, ne se gênent pas pour faire vibrer par leurs trépidations les vieilles pierres habituées dans leur jeunesse h plus de ménagement, mais l'impression, dès le seuil, est assez vive pour tout faire oublier et vous laisser jouir en curieux émotionné, des richesses artistiques si ingénieusement réunies.
Autre calme ! Au coin de ce délicieux mouchoir de poche, si festonné, brodé et paré qu'on appelle le parc Monceau, s'élève, massif, une maison d'apparence, j'allais dire bourgeoise. La grande baie du milieu, la simplicité des fenêtres et de toute l'architecture, frappent parmi tous ces hôtels qui entourent le jardin comme une série de bonbonnières luxueuses, et pourtant, si l'on en levait les couvercles, dans aucune on ne trouverait réunies des richesses comparables à celles de la collection unique que M. Cernuschi a léguée à la Ville de Paris. Donc ici, rien dans l'extérieur, à part deux gros monstres en bronze à gueule terrifiante, ne nous avertit de ce qu'on peut voir et le drapeau tricolore qui flotte sur l'hôtel de l'avenue A^elasquez semble tout étonné et tout heureux de se trouver dans ce coin de Paris. En fait, il n'est point d'endroit plus recueilli et je ne sais pas de plus jolie retraite offerte à des bonzes exilés et à des Boudhas arrachés à leurs temples, afin de leur permettre de continuer leurs rêves.
Dans vm tout autre quartier, s'élève en amphithéâtre le musée Galliera. Différence absolue ici avec les deux autres. Ce n'est plus le vieil hôtel encore tout imprégné de la vie passée, ni l'habitation moderne qui, sous des apparences simples, cache des trésors; c'est le musée largement construit : de l'air, de l'espace, une conception architecturale grandiose, un jardin habilement dessiné, tout contribue à mettre l'édifice en valeur et de fait, dans son cadre, au milieu de ce quartier où les