VUE DES SALONS
(Hôtel de Lauzun)
Barry, phot. et inip. Paris
immeubles neufs et riches abondent, le musée Galliera t'ait grande figure.
Malheureusement, il s'est trouvé dès sa naissance aux prises avec les difficultés de la vie et, pour l'instant, il est comme un corps sans âme ou plutôt comme un splendide écrin pour une parure complète dans lequel on aurait placé une simple paire de pendants d'oreille. Il vaut mieux et l'idée d'en faire un musée d'art industriel lui assure un brillant avenir, surtout de nos jours, où tout ce qui touche à cette production a pris tant de développement.
Ainsi qu'on peut en juger, ce n'est pas la place qui manque et les acquisitions, les commandes ou les dons pourront encore pendant longtemps venir grossir le nombre des collections déjà abondantes, sans se trouver à l'étroit, car, si souvent la Yille est obligée d'organiser des concours ou de faire des achats d'oeuvres d'art, il arrive fréquemment aussi qu'elle s'enrichit par des donations.
C'est par testament que la Yille a acquis les immeubles des musées Galliera etCernuschi. C'est de la même façon que les ensembles de bronzes et de porcelaines chinoises ou japonaises, sont arrivés entre les mains de la Municipalité. De même encore à l'hôtel Carnavalet, outre les grandes collections qui forment des galeries h elles seules, il y a des séries complètes dues à la générosité des donateurs, telles sont les faïences de M. de Liesville et bien d'autres. Enfin, il y a ceux qui ne donnent qu'un objet, objet qui souvent a plus d'intérêt à lui tout seul que toute une série, tel le portriat deM""Geotfrin, que la baronne Natlianiel de Rothschild vient dé léguer à Carnavalet et que l'on attribue à Chardin.
« Tous les jours, nous disait M. Gain, l'éminent conservateur du musée, nous recevons des cadeaux. Tantôt, c'est un visiteur attiré par tous ces souvenirs du vieux Paris et du Paris révolutionnaire, qui nous donne un bibelot; tantôt, il s'agit d'un tableau qu'on nous abandonne gracieusement, chacun cherchant à contribuera rensemble, et ils sont nombreux ceux qui s'intéressent à Paris. »
8 LES Ml'SÉES DE LA VILLE DE PARIS.
Un autre moyen d'acquérir, le plus commun et le plus agréable à la fois, c'est de commander. Donc la Yille de Paris fait des commandes, soit en s'adressant direclement à de grands artistes, c'est ainsi que fut exécutée la décoration de l'Hôtel de Ville, soit, au contraire, par concours (').
La quatrième commission du Conseil Municipal, qui s'occupe des Beaux-Arts, désirant faire exécuter des panneaux décoratifs, décide d'ouvrir un concours : les esquisses sont examinées et le classement a lieu ; des primes sont distribuées aux deux ou trois premiers artistes dont les ébauches appartiennent à la Ville de Paris qui les range dans ses cartons, formant ainsi une collection très intéressante de tout ce qu'elle a commandé. Vient ensuite l'exécution confiée au candidat classé premier. Mais, comme il arrive souvent que le second a une réelle valeur et que les travaux de ce genre rentrent dans le même ordre d'idées (décoration de mairies en général), on retient son nom et on lui réserve le premier ouvrage à venir. C'est ainsi qu'un artiste ayant concouru pour la mairie de Vincennes se vit chargé d'orner les murs de celle de Monlrouge. C'est une économie, puisque dans un seul concours on a pu juger deux talents.
Un autre genre de commande, et non des moins intéressants, est celui que fait le musée Carnavalet. Chaque fois qu'un coin pittoresque ou caractéristique de Paris doit être transformé, la Commission du vieux Paris prévient Carnavalet. Le conservateur va alors trouver l'artiste qu'il juge le mieux capable de comprendre et de représenter exactement ce qui va disparaître et lui en demande une ou plusieurs études. C'est ainsi que nous sommes enrichis d'une série de toiles curieuses au point de vue peinture d'abord et documentaire ensuite. La note est bien plus artistique et donne une idée plus vivante que la photographie.
Ah! si l'on avait eu cette idée du temps de M. Haussmann, que de
(') La Ville se réserve toujours la propriété absolue des œuvres commandées par elle.
trésors on eût recueillis! Mais il semble qu'à cette époque, les amis du vieux Paris qui s'émiette un peu tous les jours sous la pioche des démolisseurs, n'avaient que les livres pour exprimer leurs doléances! Ils n'avaient pas encore pensé à unir leurs efforts pour la conservation du passé et à se constituer en société protectrice des vieux monuments.
Les graveurs aussi reçoivent des commandes ; tout ce que la Ville achète sera gravé un jour; gravés aussi les tableaux qui intéressent la Ville, quand elle ne peut les acheter : c'est dire les nombreuses collections qu'elle possède dans ses cartons.
Enfin, tous les ans, la Ville de Paris, représentée par sa quatrième Commission, se rend aux deux grandes expositions de peinture et de sculpture pour y faire ses acquisitions. Différant en cela de l'Etat qui, avant les salons, sait déjà ce qu'il y a de bien par les visites des inspecteurs des Beaux-Arts dans les ateliers, elle arrive souvent en retard dans l'achat des œuvres qui lui plaisent et que l'Etat a déjà acquises. La primeur de l'art lui est ainsi enlevée et elle n'entre en possession des objets dignes de sa renommée qu'à prix d'argent.
Il paraît, en effet, qu'elle est plus généreuse que l'Etat. Les artistes ne s'en plaignent pas. Etre payés par l'un ou par l'autre, pourvu qu'ils soient payés et grassement payés !
Quant aux œuvres de sculpture qui sont achetées tous les ans par la Ville, elles sont moins favorisées que les tableaux qui entrent d'emblée dans les musées. On acquiert les maquettes en plâtre que l'on envoie faire un stage à Auteuil.
Pendant une année, elles sont là à attendre la décision de la Commission, ne sachant si elles deviendront bronze aux reflets mordorés ou marbre à la blancheur étincelante, se contentant d'être du pauvre plâtre, recouvert de poussière. Iront-elles dans un musée chauffé l'hiver, affronter les critiques des visiteurs badauds, mèneront-elles la vie de
plein air ou les sorlira-l-on deux ou trois fois l'an pour les fêtes officielles ?
Un bout de rue, un square, une mairie, un foyer de théâtre municipal, quel sera lé port où tu échoueras, ô statue, semeur, guerrier ou joueur de fliite, Vénus, Naïade ou mère nourricière? La quatrième Commission seule le sait avec les deux cent mille francs dont dispose le budget des Beaux- Arts.