Les Musées de Madrid
lîcun musée public n'existait en Espagne avant le règne de Ferdinand VII. Toutes les merveilleuses peintures, ainsi que les sculptures et les objets d'art qui sont entrés depuis dans la formation du Musée du Prado , appartenaient au seul patrimoine royal et servaient uniquement à l'ornement des palais de Madrid, de l'Escurial et des diverses résidences d'Aranjuez, de San- Ildefonso, du Pardo, de la Zarzuela, de la Torre de la Parada et de la Quinta.
Commencé sous Charles III par l'habile architecte Villanueva et continué sous Charles IV, l'édifice, actuellement appelé Musée du Prado, était, dans la pensée de son fondateur, destiné à l'établissement d'un Musée des Sciences naturelles et non à une exposition permanente de peintures. Sa construction en général et ses divisions principales, l'insuffisance d'éclairage et la disposition mal orientée de plusieurs salles indiquent assez que telle n'avait pu être sa destination primitive. Il n'y a d'ailleurs nulle apparence, non plus qu'aucune trace dans les archives publiques, qu'un musée de ce genre, ouvert à tous, soit entré dans les projets de Charles III, pourtant homme de progrès et libéral, encore moins de son successeur Charles IV.
Particularité piquante, c'est à Joseph Bonaparte, « el rey intruso, » comme disent les Espagnols, que revient l'honneur d'avoir conçu, mais non exécuté, le projet de création à Madrid d'un tel établissement. S'inspirant de la loi votée en 1793 par la Convention Nationale et qui avait créé le Musée du Louvre, Joseph Bonaparte, après avoir ordonné la suppression des ordres monastiques et la séquestration de leurs biens, au profit de l'État, avait d'abord prohibé, sous des peines sévères, l'extraction des richesses d'art de toute nature qui avait pris de grandes proportions, puis décrété le 24 août 1810, date de la publication à la Gaceta oficial, la création, au palais de Buenavista, d'un musée de peintures où viendraient prendre place les tableaux enlevés aux couvents et ceux qu'il pourrait être nécessaire, dans le but de compléter les Écoles, de distraire des anciennes collections royales.
Mais ce décret ne reçut point d'exécution et les luttes sanglantes, dont l'Espagne ne cessa plus d'être le théâtre, n'en expliquent que trop bien la cause. Tout le premier, et en vertu des ordres péremptoires de Napoléon, Joseph transgressa ses propres défenses relatives à l'enlèvement des ouvrages d'art, si mal obéies d'ailleurs par les généraux français, en faisant expédier à Paris, en 1813, deux convois emportant les principaux chefs-d'œuvre des écoles italienne, flamande, hollandaise et espagnole, spécialement choisis à cet effet par une commission composée des peintres Maella, Goya, et Napoli. Nous ne nous arrêterons pas àdonnericila liste détaillée des ouvrages, venus d'Espagne, et qui prirent place au Louvre pendant deux ans à peine, puisqu'ils furent restitués en 1815. Relevons seulement à notre avantage ce détail intéressant qu'un grand nombre de ces peintures, jadis placées dans des conditions tout à fait défavorables à leur conservation, arrivèrent à Paris dans le plus déplorable état; qu'elles y furent l'objet de rentoilages et de restaurations habiles et que l'Espagne elle-même se plait à rendre justice aux soins intelligents qui ont sauvé de la destruction la plupart de ses plus précieux tableaux, ses Raphaël notamment.
A la suite de la réintégration de Ferdinand VII sur son trône, et à l'instigation de sa femme, Maria-Isabel de Braganza, qui aimait passionnément les arts, le projet de constituer un musée de peinture et de sculpture fut repris et le roi ordonna que l'édifice, commencé par Charles III et qui n'était déjà plus qu'une ruine, fût restauré et terminé. Il alloua pour ce travail une somme mensuelle de vingt quatre mille réaux, prise sur sa cassette. Le devis total des dépenses
s'élevait à sept millions de réaux. Une première inauguration de trois salles eut lieu le 19 novembre 1819 : elles ne renfermaient encore que trois cent onze ouvrages. Successivement, en 1821, 1828, 1830 et finalement en 1839, — et à cette dernière date sous la régence de Maria-Cristina, — s'ouvrirent de nouvelles dépendances et le nombre des tableaux exposés se trouva porté à mille huit cent trente-trois ouvrages, appartenant à toutes les Ecoles.
Depuis lors, le catalogue du Prado s'est accru des carions exécutés par Goya pour la fabrique de tapisseries de Santa-Barbara et qui sont placés dans une salle spéciale, au deuxième étage, et, en 1872, d'un grand nombre de tableaux des écoles italienne, flamande et espagnole, ancienne et moderme, choisis parmi les peintures provenant des acquisitions de l'Etat, ainsi que des confiscations opérées, en 1836, sur les communautés religieuses et conservées primitivenetm au Museo national, dans les locaux mêmes du ministère du Fomento. Ce dernier apport a élevé à deux mille cinq cent vingtcinq le chiffre total des ouvrages maintenant exposés.
Le principal fonds du Musée du Prado est donc composé des tableaux provenant du patrimoine royal. Il ne serait pas sans intérêt d'indiquer ici par quelles acquisitions successives s'est constitué ce trésor d'art, qu'arrivèrent à réunir les princes de la maison d'Autriche.
Dans son ouvrage intitulé : Viaje artistico de très siglos por las colecciones de caadros de los reyes de Espana, M. Pedro de Madrazo, le savant auteur du catalogue du Musée du Prado, nous a fait connaître, d'après des documents tirés des archives de Simancas, quelques extraits des inventaires dressés à la suite de la mort d'Isabelle la Catholique, de Jeanne la Folle, sa fille, et de Charles-Quint. Nous lui emprunterons quelques curieuses particularités qu'il nous a paru intéressant de relever.
A sa mort, la grande Isabelle possédait environ 460 peintures, les unes sur bois, quelques-unes sur toile, d'autres sur parchemin et un assez grand nombre de pièces de tentures, brocarts, cuirs de Cordoue, toiles peintes et tapisseries à personnages. La plupart des peintures, quelques-unes réunies en forme de diptyques et de triptyques, représentaient des compositions religieuses, des saints, des saintes, auxquels la reine avait une particulière dévotion , des Véroniques et quelques portraits de personnages de sa maison. Ces peintures, en général d'assez petites dimensions, étaient enserrées dans des caisses, garnies extérieurement de drap et soigneusement fermées; elles pou-
vaient être aisément transportées lorsque les rois catholiques, astreints par la politique et la guerre à de fréquents déplacements, se rendaient dans l'un ou l'autre de leurs palais de Séville, Madrid, Tolède, Ségovie ou Grenade ou encore dans quelque autre résidence plus modeste. Ces objets d'art, essentiellement mobiles, une fois tirés de leurs étuis et de leurs caisses, formaient alors, avec les pièces de tenture, la décoration des oratoires et de quelques panneaux dans les appartements disposés pour le couple royal. Rien donc ne ressemblait moins à ce que l'on appelle aujourd'hui une collection.
Quant aux peintures en elles-mêmes, elles étaient sans nul doute considérées par leurs possesseurs plutôt comme des objets propres à éveiller la piété que comme des créations rares, géniales et admirables en soi pour la beauté et la perfection de leur exécution : du reste elles ne reproduisaient point encore de sujets profanes tels que la Renaissance italienne allait bientôt en introduire sous les règnes de Charles-Quint et de Philippe II. Quant à la personnalité de l'artiste, elle disparaissait entièrement derrière son œuvre, et s'il n'avait pris soin de la signer, son nom s'effaçait vite de la mémoire des possesseurs de sa peinture.
Rédigés avec une sécheresse de description irritante pour notre curiosité par des secrétaires fort ignorants des choses de l'art, les inventaires, — si tant est que des énumérations aussi arides puissent être qualifiées d'inventaires, — dressés à Toro en 1505, un an après la mort de la reine catholique, ne nous révèlent que très parcimonieusement quelques noms d'artistes et ne désignent que sommairement les sujets représentés. On entrevoit cependant, par le choix et la nature de ces sujets, qu'à l'exception de quelques enluminures et peintures sur bois, indiquées dans ces écritures comme d'origine grecque, c'est-à-dire byzantine, la plupart des tableaux et portraits qui y figurent ont dû être exécutés par des artistes flamands. L'inventaire en nomme tout juste deux : Jeronymus, qui a signé ainsi une Madeleine ou une Sainte MarieV Égyptienne et Michel. Vraisemblablement le premier n'est autre que Hieronymus Van Aeken, ou Jérôme Bosch; quant au second, dont le véritable nom est encore entouré d'obscurité, on sait qu'il était flamand et qu'il occupa l'emploi de peintre en titre d'office de la reine Isabelle. Son nom se retrouve fréquemment, tantôt écrit Michiel et tantôt Miguel, sur les inventaires de Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint, et de Charles-Quint luimême.
A son décès, la reine Jeanne, morte à Tordesillas où elle vécut enfermée jusqu'en 1555, ne laissa de ses acquisitions propres, que 32 peintures. Dans le nombre, l'inventaire, encore très laconiquement rédigé, désigne divers triptyques, enrichis d'orfèvrerie et de pierres précieuses, l'un d'eux timbré aux armes d'Angleterre et de Flandre; deux tableaux sur bois représentant la Véronique et le Crucifiement, avec des légendes françaises; un troisième tableau où est figurée la Vierge allaitant l'Enfant, et portant les armoiries d'une maison flamande; un grand triptyque formé de peintures et de sculptures, avec les armes de Castille et d'Aragon, représentant, en haut-relief, au centre, la Naissance de Jésus et sur les volets les peintures de Saint Jean- Baptiste et Saint Jean Évangélisle. Relevons encore dans cet aride document la mention d'un tableau d'enluminure, timbré des armoiries royales, où figuraient la Vierge et l'Enfant avec sainte Isabelle et une dame flamande agenouillée. On note parmi les portraits plusieurs représentations de la reine Isabelle, peintes sur bois, et deux portraits cl l'infortunée Catherine d'Aragon, femme de Henri VIII.
M. de Madrazo n'a pu parvenir à reconstituer l'ensemble, même approximatif, des peintures que possédait Charles-Quint. On sait seulement avec certitude qu'en outre de celles qu'il hérita de sa mère et de son aïeule, Marguerite d'Autriche lui laissa à sa mort une centaine de tableaux dont elle avait elle-même rédigé l'inventaire où figurent les noms de Jan Van Eyck, de maître Rogier (Van der Weyden), Jean Foucquet, Dirick (Thierry Bouts?), Jan Gossaert, Jacques de Barbary, Hans Memling, Jérôme Bosch et de ce maitre Michiel dont nous avons parlé plus haut. De ces précieux ouvrages, réunis dans les princières demeures de Marguerite à Malines et Anvers, aucun, croyons-nous, non plus que ceux que Charles reçut de l'héritage de son père Philippe le Beau et de son aïeul paternel Maximilien 1er, ne fut apporté en Espagne.
Lorsque l'Empereur-roi, abdiquant ses couronnes, se retira au monastère de Yuste, il y emporta quelques tableaux de sainteté et des portraits de personnages de sa famille, en laissant d'autres dans la forteresse de Simancas sous la garde de ses serviteurs Joan Sterch et François Mengale. Les inventaires en ont été publiés, d'après les documents originaux conservés aux archives de Simancas, par M. Gachard et après lui par W. Stirling. Parmi les peintures qui se retrouvèrent au couvent de Yuste, après la mort de Charles-Quint, se rencontrent plusieurs tableaux de Titien, faisant aujourd'hui partie du Musée du Prado, ainsi que quelques portraits par Antonio
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Moro, et divers sujets religieux de la main de l'énigmatique maitre Miguel. Ce sont là les seuls artistes qui soient nominativement désignés dans les inventaires. Quant aux nombreux tableaux de batailles et de représentations de villes que l'Empereur avait fait exécuter pour la décoration du Pardo, par Jean-Corneille Yernieyen, auteur des cartons pour la suite de tapisseries de la Conquête de Tunis, encore conservées à Madrid, ils restèrent en place et périrent dans l'incendie qui dévora cette résidence en 1604.
Philippe II, qui partagea la passion de son père pour les ouvrages de Titien, qui fut le Mécène de Michel Coxie, d'Antonio Moro, de Sanchez Coëllo, de Castello le Bergamasque, de Romulo Cincinnato, de Patricio Caxès et de toute la légion d'artistes italiens employés par lui à la décoration de l'Escurial, contribua largement à accroître les richesses d'art possédées par sa maison en même temps qu'à répandre parmi ses sujets le goût, sinon l'intelligence, delà peinture. C'est là un mérite qu'il n'est que juste de relever chez ce sombre monarque. Il aimait les arts, particulièrement la peinture, et il le prouva en laissant vendre les bijoux et les joyaux de prix laissés par son père et en ne se réservant que les seuls tableaux. Un inventaire dressé deux ans après la mort de Philippe et conservé aux archives du Palais de Madrid, énumère 357 tableaux et portraits, répartis en différentes pièces de l'Alcazar et présentant déjà l'intérêt et toute l'importance d'une collection aussi riche que choisie. Parmi ces ouvrages où l'on relève les noms de Titien, Corrège, Sanchez Coëllo, Jérôme Bosch, Van der Weyden, la plupart figurent aujourd'hui au Musée du Prado. D'autre part, le roi avait déjà fait ses résidences favorites du Pardo et de l'Escurial qu'il avait décorées de portraits, particulièrement de Titien et d'Antonio Moro, mais dont on ignore le nombre. Des dons de tableaux et des copies d'oeuvres célèbres lui furent offerts par les villes flamandes et par des princes régnants et, à diverses époques, lui-même prit soin de faire acheter, à la mort de plusieurs grands personnages de sa cour et étrangers, des ouvrages importants. Le catalogue du Musée du Prado enregistre quelques-unes de ces acquisitions.
Sous le règne de Philippe III, monarque aux idées étroites, plus adonné à la chasse et aux pratiques de dévotion qu'à la culture des arts, les richesses artistiques du royal patrimoine ne s'accrurent guère que des portraits exécutés par les peintres du roi, Bartolome Gonzalez, Antonio Rizi et Santiago Moran, de divers dons qui lui furent offerts par des personnes à son service ainsi que par la gouver-
liante des Flandres, l'infante Isabelle-Claire-Eugénie, et du legs intégral de ses collections qu'avait fait au roi le comte Pierre-Ernest de Mansfeld. La plupart de ces ouvrages prirent place dans les salles du Pardo, ou bien allèrent décorer le palais de Valladolid, résidence habituelle de Philippe III. On y inventoriait après sa mort le chiffre respectable de 499 tableaux et portraits. C'est à Valladolid, en 1603, que le roi reçut l'ambassade envoyée par le duc de Mantone, Vincent Gonzague Ier, chargée d'offrir à Philippe et à son tout-puissant ministre, le duc de Lerma, divers présents consistant en chevaux, carrosse, arquebuses à secret, vases de cristal de roche et encore en tableaux que Rubens, qui accompagnait l'ambassadeur, était spécialement chargé de présenter. Nos lecteurs savent qu'à cette occasion et pour compléter le nombre des 'ouvrages offerts dont quelques-uns avaient été gâtés dans le voyage, Rubens peignit un Heraclite et un Démocrite aujourd'hui au Musée du Prado.
Le règne de Philippe IV, si désastreux pour la puissance espagnole, fut au contraire pour les arts, et plus particulièrement pour la peinture, une ère de splendeur et d'épanouissement. L'école nationale, alors à son apogée, compte toute une légion de glorieux artistes que Velazquez domine et dirige. Par ses soins, l'Alcazar et les résidences royales sont enrichies d'œuvres superbes et le trésor d'art du patrimoine s'accroît dans des proportions énormes. De toute part, affluent les dons de tableaux offerts à Philippe, par les courtisans ou acquis au dehors par ses ambassadeurs et ses vice-rois. A son imitation, les grands, les riches particuliers forment d'importantes collections; à Madrid seulement, Vicente Carducho, dans ses Dialogos, en énumère un certain nombre renfermant toutes des œuvres intéressantes.
On sait que Philippe fit acheter à Londres par son ambassadeur Alonso de Cardenas, lors de la vente des tableaux de Charles Ier, la Perla, de Raphaël, pour le prix de deux mille livres sterling, une peinture d'André del Sarte représentant un Sujet mystique pour deux cent trente livres, la Vénus de Titien pour cent soixante-cinq livres, une Sainte Marguerite également de Titien, Jésus aux noces deCana, de Paul Véronèse, ainsi que deux compositions de Palma le Jeune : David vainqueur de Goliath et la Conversion de saint Paul.
Que l'on ajoute à ces acquisitions celle du fameux Spasimo di Sicilia, procurée au roi, et sans grands frais, par le duc de Médina de las Torres; le don que fit le même duc de la célèbre Vierge au poisson; les ouvrages d'une inappréciable valeur comme la Bacchanale et V Offrande
à la déesse des Amours de Titien, offerts par les Pamfili de Rome; les envois à Madrid de tableaux de Rubens, Van Dyck, Jordaens, David Teniers, etc., par l'infante Isabelle-Claire-Eugénie et par l'infant DonFernand, gouverneur des Flandres; les commandes nombreuses et les achats faits en Italie par Velazquez, comprenant des œuvres des grands Vénitiens, des tableaux du Poussin, de Claude le Lorrain, de Ribera; ceux que Rubens peignit à Madrid, lors de son ambassade auprès de Philippe IV; ceux encore si jalousement gardés, de son peintre préféré, l'illustre Velazquez, et l'on parviendra à comprendre comment Philippe en arrivait à réunir un ensemble de peintures qui s'élevait à sa mort au chiffre énorme de 1,547 ouvrages.
Pendant toute la durée du règne du triste Charles II, ce chiffre ne s'accrut guère que de quelques tableaux flamands, principalement de Teniers, légués par Juan de Austria, bâtard de Philippe IV. En revanche, des incendies à l'Escurial et au Pardo en dévorèrent un assez grand nombre.
De Philippe V à Charles IV, sous le gouvernement des rois de la maison de Bourbon; alors que l'art espagnol, tombé en décadence, est devenu presque uniquement tributaire de l'art français, nous voyons les inventaires royaux s'augmenter de quelques peintures intéressantes de l'école française, de Watteau notamment, et d'assez nombreux portraits par Rigault, Houasse, les Beaubrun, Ranc et Louis- Michel Vanloo. Il convient d'ajouter encore les vingt toiles, presque toutes de premier ordre, de Murillo, que la reine Isabelle Farnèse, seconde femme de Philippe V, acheta à Séville. A ces acquisitions ne se bornent sûrement pas les accroissements des collections royales sous Philippe V. Ferdinand VI, Charles III et Charles IV; mais il nous parait inutile de tenir compte, après avoir énuméré tant de sérieuses richesses, du déluge de peintures médiocres qui, grâce à la mode ou au mauvais goût, vint prendre place pendant ces règnes, dans les palais de San-Ildefonso et de Madrid.
Tel est, dans ses grandes lignes, l'historique de la formation des richesses picturales réunies par les rois et qui composent aujourd'hui le Musée du Prado. Cette collection publique est peut-être la moins connue de l'Europe. C'est cependant l'une des plus intéressantes et certainement l'une des plus riches en chefs-d'œuvre appartenant aux diverses Ecoles. On sait vaguement qu'elle renferme d'inestimables trésors; mais jusqu'à présent combien rares sont les amateurs qui ont eu la volonté d'aller les étudier sur place!