‹ Les musées de provinceChapitre 33 sur 42 · SIRE · texte numérisé non relu

SIRE

L'année dernière, j’ai rendu compte à l'Empereur des améliorations et des progrès réalisés depuis quinze années dans les divers services de la dotation immobilière et mobilière de la Couronne.

Votre Majesté a été particulièrement frappée des accroïissements successifs qu'avait reçus la dotation des musées impériaux, et Elle a voulu que je recherchasse les moyens de donner la destination la plus utile aux richesses présentement comprises dans les collections de ces musées.

Je viens soumettre à l'Empereur le résultat de cet examen, et pour que Votre Majesté puisse apprécier plus facilement le but et la portée des propositions dont je vais l’entretenir, je Lui demande la permission de replacer sous ses yeux le rapport de M. le surintendant des beauxarts en date du 30 juillet dernier. Ce document est ci-joint.

De ce compte rendu, très-complet et très-détaillé, il ressort, en définitive, ce fait que nos collections artistiques se sont accrues dans une proportion considérable; et que lesinventaires constatent, depuis quinze années, une augmentation de 45,000 objets d’art, tels que tableaux, Statues, antiquités, etc., etc.

C’est donc avec raison que cette situation des musées impériaux a appelé l’attention de Votre Majesté, qui a toujours voulu que la dotation artistique remise entre ses mains et dont Elle a la jouissance, ne contribuât pas seulement à l'éclat de la Couronne, mais fût consacrée, avant tout, à encourager l'étude et le goût des beaux-arts et à donner ainsi une entière satisfaction à un grand intérêt public.

Toutes les œuvres qui ont été successivement réunies dans les musées

impériaux trouveront-elles place dans les collections de la Couronne? Une partie ne sera-t-elle pas perdue pour le public ?

Telle est la première question qui s'impose.

Tant que les grands travaux entrepris au Louvre et aux Tuileries étaient en cours d’exécution, le moment n’était pas venu de résoudre cette question ; car l’importance des locaux qui pourraient être mis à la disposition des musées n’était pas déterminée. Aujourd’hui ces immenses travaux de restauration et de construction sont achevés. L'espace affecté aux musées est exactement connu : il se répartit en 142 salles, y compris les deux nouvelles galeries sur le quai, qui viennent d’y être ajoutées et qui le complètent.

L'administration est donc en mesure de calculer, dès à présent, le nombre d'objets d’art qui pourront être exposés dans le Louvre, et tout annonce que cet espace, quelque considérable et quelque bien aménagé qu’il soit, ne pourra recevoir tous les objets portés sur les inventaires, et qu’en fin de compte un excédant sera constaté.

Cet excédant ne peut pas demeurer dans des magasins ; et, les palais impériaux étant d’ailleurs suffisamment pourvus, j’ai pensé qu’une seule destination pouvait lui être donnée, destination qui s’indique en quelque sorte d’elle-même.,

En effet, Sire, en même temps que les collections de la Couronne prenaient ces développements, le goût des arts se répandait de plus en plus dans les départements et il existe dans l’Empire un certain nombre de villes importantes qui ont fait les efforts les plus louables pour créer des musées, enrichir ceux qu’elles possédaient antérieurement, restaurer leurs monuments religieux et faire revivre leur antique splendeur; il serait donc équitable de distribuer dans les départements qui ont contribué à leur acquisition, les tableaux et œuvres diverses que le Louvre ne pourra pas contenir. Cette sorte de décentralisation au profit des édifices religieux et des musées dont il s’agit, exciterait d’ailleurs dans toutes les parties de la France les tendances artistiques qui se sont déjà manifestées et qui prendraient bientôt un nouvel essor.

Il est vrai que la loi qui régit la liste civile paraît d’abord contraire à la réalisation de cette mesure. En vertu des sénatus-consultes des 12 et 25 décembre 1852, la dotation de la liste civile est fixée pour toute Ia durée du règne et les objets qui la composent sont inaliénables. Mais, d'autre part, cette immobilité, cette permanence de la dotation de la Couronne ne sauraient résister à des considérations d’intérèt général ; et, comme cela est arrivé déjà, le pouvoir qui à constitué la liste civile peut, sur la proposition du Souverain, en faire sortir les objets qui y ont été incorporés, lorsqu'il s’agit d'atteindre un but éminemment utile.

Rien ne s’opposerait donc à ce que le gouvernement de l'Empereur

saisit le Sénat d’un projet de sénatus-consulte autorisant la radiation des inventaires de la dotation de la Couronne, d’un certain nombre d'objets d’art qui seraient remis à l’État, et dont l’État deviendrait libre ensuite de disposer en faveur des départements selon les règles suivies en pareille matière. Il serait d’ailleurs entendu que les tableaux ou autres objets donnés ou légués aux musées ne pourraient être distraits de cette affectation.

Il reste à examiner maintenant comment sera fait le choix des objets qui devront rester au Louvre et de ceux qui pourront en sortir : c’est là une opération aussi délicate que compliquée. La direction des musées compte les administrateurs les plus éclairés et les plus compétents, et je ne doute pas qu’ils n’accomplissent cette mission de la manière la plus satisfaisante ; cependant, quand il s’agit d’un travail aussi important, je crois qu’on ne saurait s’entourer de trop de garanties, et il m’a paru qu’une commission spéciale devait être investie de la haute direction et de la surveillance de ce travail. Cette commission serait composée du surintendant des beaux-arts, président, et de douze membres dont six seraient choisis dans les grands corps de l'État et six dans l’académie des beaux-arts.

Si l'Empereur daigne approuver les conclusions du présent rapport, les travaux préliminaires pourraient être immédiatement commencés, et, à cet effet, je prie Votre Majesté de vouloir bien revêtir de sa signature le projet de décret ci-joint, ayant pour objet la constitution de la - commission chargée de diriger et de surveiller les opérations à accomplir par la direction des musées impériaux, opérations dont les résultats pourront servir ultérieurement de base à un projet de sénatus-consulte.

Je suis avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très-humble et très-obéissant serviteur et fidèle sujet,

Le Maréchal de France, Ministre de la maison de l'Empereur et des Beaux-Arts,

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