GOYA
Francisco liayeu.
("lOYA. Jase fa lUnjcn. fviuïuc de Goya.
meut de savantes copies. C'est David, le futur régicide. On peut supposer (juc les deux artistes ne parlent pas seulement de peinture. La houppelande de David ressemble à une toge antique, mais Ténorme chapeau de (ioya se refusera à imiter le casque de Mucius Scœvola et de Brutus. Pourtant, sans s'être transformé en un personnage austère, ou simplement correct, (loya a désormais quelque tenue.
11 n a plus Tair d'un brûleur de maisons. Si bien qu'à son retour
à Madrid, en 1772, on lui donne en mariage Josefa Bayeu, sa femme exquise et dévouée, indulgente et fidèle, dont il a fait le joli portrait de si doux visage, en fichu blanc, manches noires brodées d'or, gants gris. Il fera aussi le portrait de son beau-frère, Francisco
Bayeu, habit de soie gris, visage inquiet, main fine.
Un artiste étranger, personnage important et bien en cour, Raphaël Mengs, Taccueille, lui fait obtenir une commande. Il s agit de composer des cartons pour la fabrique royale de Sa n ta- Ba r ba ra.
(loya nettoie son atelier et sa mémoire. H balaie David, Raphaël Mengs, et l\aphaël Sanzio aussi, il les fourre avec d'autres dans le même sac et s'asseoit dessus pour travailler commodément pendant près de vingt ans.
Il trouve du premier coup une formule neuve, il invente une couleur, un mouvement, dessine et peint à la diable, lâche ses personnages dès qu'ils se tiennent debout, et s'ils trébuchent, les redresse d'une torgnole ou d'un coup de batte, comme un polichi-
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Goya.
Le Marchand dv pots.
nelle effronté. Dans celte longue série, il y a la Dispute à Vauberge
neuve, Une Promenade en Andalousie, VAneugle jouant de ta
guitare, la Boutique de fai-
enees, la Batançoire, le Jeu
de Paume, le Cotin-Maittard,
les Lanandières du Man zana-
rès, le Déjeuner sur l'herlu',
la Danse au Iwrd du Man-
zanarès.
Si l'on songe au noir el dramatique (lova, on esl surpris lout dabord par ces scènes lumineuses, ces dispositions plaisantes, ces jeux et ces ris. Mais l'artiste est varié entre tous, et il est aussi le plus espagnol des peintres de IKspagne. N"al-il pas été féru de tauromachie, jusqu'à descendre dans Taréne, dit-on? 11 a vu, compris, aimé tous les aspects de la vie de son pays, il a éprouvé profondément toutes les sensations, joie et douleur, qui ont enivré et ravagé Tâme nationale. Son art est un miroir, quelque fantaisie de mise en scène et de couleur qu'il y apporte. Devant les premières œuvres de Goya, il ne faut pas oublier, d'ailleurs, qu'il s'agit de cartons de tapisseries, et il faut aller voir à l'Escurial l'exécution définitive
Goya.
Le Mannequin.
de ces œuvres de début. Au Prado, elles sont de Ions heurtés, de dessin maigre et net. A l'Escurial, elles s'harmonisent et décorent
les salles charmantes que Ton découvre avec surprise dans le noir palais.
C est le XVIIIe siècle qui fait irruption dans l'antre de Philippe II. Même au Prado, ceci admis, on peut se récréer des personnages rassemblés autour de l'étalage de faiences, du lourd carrosse dans lequel, par la vitre, on aperçoit une dame élégante; du mannequin que font sauter quatre accortes commères ; des personnages aux culottes chamarrées, aux bas bien tirés, enveloppés dans leurs manteaux jusqu'aux yeux, auxquels sourit une fine mouche de comédie, image dont le sens caché serait: La Coquetterie voulant dévoiler le Désir»; de la ronde et du colin-maillard au bord de la rivière; du buveur à Tombre d'un arbre. Ses personnages ont
Goya.
La Coquetti' et li*s ewniitoufïés.
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parfois une raideur de poupées, mais parfois aussi l'œuvre est leste comme chez Fragonard, vit d'une vie rêveuse comme chez Walleau, auxquels (loya pense el fait penser en dépil de son originalité. Mais il nous traduit leur esprit dans \i\ hmgue de son pays.
(iOYA.
Le ('.oUii-iiiaillnril.
en bon espagnol rude et rauque. . (îoya exécute dans la même manière une série de tableaux de genre: scènes galantes, corridas, mascarades, scènes dramatiques.
Plus audacieux que Velasquez qui peint la Vénus au miroir, une femme nue, Goya ose du déshabillé. Sa Ma/a est d'abord galamment parée en merveilleuse du Directoire, voilée de tissus légers, décolletée, chaussée de babouches, vêtue d'un pantalon clair, d'une
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ceinture rose, d'un boléro noir et jaune, d'une chemisette transparente. Elle est allongée sur un divan, appuyée sur des oreillers, les mains derrière la tête. Sous ses cheveux noirs, son jeune visage rosé donne, comme tous les portraits, son énigme à deviner. Elle est charmante de vie toute neuve, de vie nerveuse
(iOYA.
Le Buveur.
et frémissante, épanouie dans la lumière, et des deux portraits, la Maja nestida, la Ma/a desnuda, c'est la première qui est la plus belle, de la plus souple peinture, du plus doux éclat lumineux. L'autre, la Maja nue, malgré le soin, le serré de la facture, la fine qualité de chair, est de modelé un peu sec, de chair un peu grise. C'est elle qui aurait dû rayonner d'une façon absolue, plus que l'autre, si rayonnante!
Goya brosse une grande fresque à la chapelle royale de San Antonio
ECOLE ESPAGNOLE
de visages, aux attitudes
Goya.
Le roi Charles IV.
et aux mouvements réels, sourient aux voûtes de la chapelle ! L'œuvre est hors du musée et même hors de Madrid, mais il est impossible l'ayant vue, de ne pas la marquer à l'actif de Goya. Là, il est un très grand peintre, un très prestigieux décorateur.
Je voudrais m'arrêter plus longtemps sous ces voûtes animées.
Murillo, peintre pieux,
entretenait le feu sacré avec une gravité suave, des attitudes de vestale. Goya s'amuse, tisonne, fait jaillir des gerbes d'étincelles du brasero sacré. Qu'importe, le foyer ne s'éteint pas! Les commandes pour les églises affluent. Quand le cahier des charges est bien fait, et que la foi, ou tout au moins le respect, est formellement stipulé, (loya se résigne de mauvaise grâce, il est alors vulgaire, poncif, banal.
Mais c'est à Tolède qu'il faut voir le Baiser de Judas, Au Prado, il n'y a de Goya qu'une Sainte Famille et un .Ms7/.s crucifié peint avec souplesse et virtuosité, mais d'un caractère de jeune prem ier bellâtre vraiment inacceptable. Nous allons le trouver davantage luimême. Philosophe et révolutionnaire, devenu peintre de cour, il va fournir son témoignage sur la décadence de la monarchie espagnole. Goya qui ne ressent pas les beautés sublimes de l'Histoire sainte, ne saurait être fortement impressionné non plus par le spectacle de la majesté royale incarnée en un Charles IV.
11 peint, à l'imitation de Velasquez, les portraits équestres du roi Charles IV de Bourbon et de la reine Marie-Louise de Parme.
Goya.
La j'i'ine Morie-Louisc en mantille.
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Ils sont tous deux en uniformes de colonel des gardes du corps, tjp
et c'est elle qui a Tair le plus cavalier, sur son alezan à la selle dorée. Elle l'a enfourché comme un homme. Le pied solide à ■.^^'
Télrier, les guides bien en mains, la noire amazone au grand chapeau édairci d'un ruban rouge, des revers rouges aussi à la poitrine, passe en souriant du sourire cynique et rusé que Goya n'aura garde d'oublier sur aucun de ses portraits. Le roi est plus quelconque, comme il convient.
Les souverains reparaissent à pied, le roi a le même air, mais la reine est à transformation. Cette fois, elle est costumée en madrilène, jupe, basquine et mantille de dentelle noire, un ruban rose sur la tête, un éventail à la main droite, aux pieds les petits souliers dune délurée. Elle n'est pas belle, et probablement pas jeune, mais elle a sûrement le diable au corps, et Goya songera à elle lorsqu'il enverra au sabbat les sorcières de ses Caprices.
La voici, d'ailleurs, définitive cette ibis, monstre splendide et riant, au milieu de la grande toile de la Famille Roi/ale. C'est le chef-d'œuvre des tableaux de Goya. On ne le devine pas, on ne le suppose pas le peintre d'une telle œuvre, il faut l'avoir vue, il faut avoir été ébloui par la légèreté et la vivacité de la couleur, surpris paB tout ce qu'une peinture d'apparat peut contenir de grâce exquise et d'humeur mordante. La reine, au centre, montre un corps vivant, souple et déformé, sous la gaze, la dentelle, la broderie, une nuée lumineuse grise, bleuâtre, argentée, pailletée d'or. La gorge est chargée de colliers de pierres multicolores. Une agrafe de diamant ferme la ceinture qui remonte les seins. De lourdes pendeloques tombent des oreilles sur le col gras, rond, blanc, robuste. Vn papillon de brillants voltige sur la chevelure noire comme sur un parterre funèbre. La bouche s'entrouvre sur des dents éclatantes, de larges yeux noirs resplendissent, éclairent ce visage irrégulier, fatigué et violent. Des bras nus, énormes,
sorleni du corsage. La figure est spirituelle, sensuelle, impudente. Le roi, en habit marron, couvert de broderies, de décorations, de plaques, la poitrine barrée du grand cordon bleu, blanc, rouge, les mollets blancs, la perruque blanche, est solennel et débonnaire. Douze autres personnages entourent les souverains. Entre le roi et la reine, un enfant vêtu de rouge, un cordon bleu et blanc en sautoir. Derrière le roi, un homme rouge, une femme qui tient un enfanl, et deux têtes d'homme et de femme. A droite de la reine, une fillette en blanc gris, une femme en blanc, bleue et dorée, un visage de vieille d'un caractère extraordinaire d'oiseau de nuit, un homme bleu, un adolescent rouge, et dans la pénombre, devant sa toile, le caustique (loya. Admirable assemblée, solennelle et frivole, belle comme une volière d'oiseaux de paradis, comme un jardin aux fleurs délicates et éclatantes.
(îoya voit encore passer devant son chevalet Joseph et Ferdinand VII. Tous ces gens-là font pour entrer et se maintenir dans la peau dune altesse le même elVort héroï-comique que le bourgeois de Haiïaëlli pour s'introduire dans ses gants blancs. La férocité de (ioya s'adoucit cependant devant la gnlce de Tlnfante Dona Maria Josefa, première (ille du roi CJiarles III.
Il fixe au passage, en deux toiles fougueuses, de sanglants épisodes de 1808, le soulèvement des Madrilènes redressés sous la botte impériale de Napoléon. Kn véritable aficionado, plus peut-être qu'en patriote révolté, il marque les coups des émeutiers qui avec l'adresse imperturbable des spadas, abattent les mamelucks rugissant sous les banderilles.
Il a le génie du mouvement, dans ses eaux-fortes des Caprices, des Malheurs de la Guerre, ses dessins et ses gravures de la Tauromachie, VA il l'a mis en œuvre ici avec une fureur extraordinaire. Le 'J Mai I<S(hS, c'est l'assaut donné aux Mamelucks à la Puerto del Sol, les Espagnols armés de couteaux se précipitant
sur les chevaux et les hommes, les Iransperçtinl avec une cruauté froide, implacable, les yeux hors de la tele, le geste sûr. Regardez le mameluck qui tombe de son cheval en une altitude de mannequin, et rhomme inexorable qui le frappe et le refrappe au venlre.
CiOYA.
Le 'J ntdi 1S0S ù MadrUl.
Le 3 Mai hWH, c'est la fusillade des Madrilènes, au pied de la montagne du Principe Pio, par les soldats de Murât, fusillade à bout portant (dont Manet se souviendra pour son Maximilien), page effrayante par l'impassibilité des fusilleurs, par l'altitude et la gesticulation des fusillés. C'est la nuit. Le ciel est noir, des maisons et un clocher dessinent une ville grise sur le fond obscur. Une grosse lanterne, placée entre les soldats et les prisonniers.
éclaire hi scène. Kn pleine lumière, un homme en culotte jaune, en chemise blanche, les traits horrifiés, étend les bras, regarde les fusils avec des yeux flamboyants. Un autre baisse la tête, joint les mains. D'autres serrent les poings, se cachent les yeux. A droite, une colonne de prisonniers apparaît, amenée pour la fusillade. A gauche, un tas de morts gît dans le sang coagulé.
L'œuvre de (îoya se complète, au Prado, des peintures dont il avait orné sa maison bâtie au bord du Manzanarès. Le peintre, ici, rejoint l'aquafortiste. C'est la même fantaisie noire, la même force de cauchemar. J'ai revu là ces œuvres que j'avais entrevues au Trocadéro, lors de l'exposition de 1878. Il m'était resté dans le souvenir les Deux hommes se battant à eoups de triques, je les ai retrouvés, forcenés, terribles, avec le Saturne, la Judith, la Ronwrio de S(m Isidro, toutes ces sombres figures qui rampent, qui s'envolent, reptiles et chauve-souris, nées de la planche 43 des Caprices, intitulée: f.e son (je de la raison enfante des monstres.
Goya.
l'n Picadore de toros.
ECOLE ITALIENNE
RAPHAM.
JKSl'S PORIANT SA CROIX (El Pasimo de Sicilia)
FnA Angfi.ico.
1/ Aiuioiiridlioit.
ITALIE
I. — FHA ANCiKLICO. — ANDRK DKL SAUTO. — LK BHONZINO. — KCOLK HOMAINK. — RAPIIAKL. — KCOLK LOMHAH!)i:. — Ll'lNI. — LK COHHKOK. — KCOLK DK HOLOGNK KT DK XAPLKS.
Il était nécessaire de donner la grande place à TEcole espagnole
dans ce livre consacré au musée de Madrid: nulle part on ne peut
voir ses œuvres rassemblées en une telle quantité, toutefois les