‹ Les musées dE̕urope: Le Louvre: La peinture étrangèreChapitre 2 sur 38 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

vJn sait déjà, avant d'entrer au Musée de Madrid, qu'il est un des plus beaux de THurope. La vue des chefs-d'œuvre qu'il contient change bientôt l'opinion apprise en admiration enthousiaste

1 RctnRi^

et raisonnée. Il fait connaître avant tout l'Ecole espagnole. Il est vrai que l'on croyait trouver en elle un résumé des villes, des campagnes, de riiumanité entrevues depuis la frontière jusqu'à Madrid, et que cet espoir est presque déçu: quelques aspects, quelques types, et c'est tout.

La nature qui déploie sa féerie sauvage et grandiose pendant la traversée des Castilles, des villes comme Burgos, Avila, Ségovie, un lieu significatif comme TEscurial, sont presque absents de l'art espagnol, qui a été surtout italien et religieux.

Où sont les poètes de ces paysages, les historiens de ce peuple?

On regrette qu'il n'y ait pas eu ici une forte école de peinture nationale pour nous dire l'Espagne et les Espagnols. Les Italiens furent grands, et ils se sont chargés de l'éducation de tous, mais ils ont dépravé l'Europe, Tout empêchée d'être elle-même, d'abord l'Espagne et la France, puis la Flandre, la Hollande, enfin TAngleterre. Ailleurs qu'en Espagne le mouvement a été mêlé, il y a eu des épa-

Velasquez.

Philippe IV jeune.

nouissements ardents de la race. Ici, ce serait la soumission complète sans quelques individus qui ont vraiment créé un art à la fois local et humain: le Greco sait ajouter son âpre originalité à son éducation de Venise; Velasquez veut ignorer toutes les influences, ne connaît que la vérité, apparaît, dans riiistoire de l'art, aussi libre et personnel que Rembrandt; Goya, le plus espagnol de tous, enragé de vie espagnole, prenant parti en insurgé au fort de la bataille qui se livre dans son pays, donne enfin Timage qui manquait, de la rue, de la foule, des passions populaires.

Le Greco n'a pas ses belles et grandes œuvres au musée de Madrid. Goya, bien qu'admirablement représenté, est également incomplet. Velasquez, lui, nous livre tout son art, et j ai essayé, par son art, le plus secret de tous, d'entrevoir la vie de ce prisonnier de Philippe IV.

Mais il n'y a pas seulement le Greco, Velasquez, Goya, a Madrid.

Vki.asquez.

Philippe IV à la chasse.

Il y a des prédécesseurs de Velasquez, parmi lesquels, toutefois, manque Herrera le Vieux. Il y a Ribera, Zurbaran, Alonso Gano.

Murillo Et il y a, après TEcole espagnole, lEcole italienne et

l'Ecole flamande admirablement représentées, par Raphaël; par les Vénitiens: Titien, Véronése, Tintoret; par les Primitifs de Rruges, Van Eyck, Van der Weyden ; par Rubens, Van Dyck, Téniers. [.'allemand Durer, les hollandais Antonis Mor, Rembrandt, les fiançais Poussin et Watteau, et d'autres, achèvent cette réunion qui a créé la magnifique collection des peintures du Prado.

Vki.asqikz.

liusie (le Philippe IV.

ViCEXTE JOANKS.

La Cène.

ESPAGNE

I. — COMMKNCEMKNTS BYZANTINS DK L AHT ESPAGNOL. — INFLUENCES DE LA FLANDRE ET DE l'eIALIE. — LES HEHIU GLETE. — LUIS VAHGAS. — EL DIVLXO MORALES. — SANCHEZ COELLO. — VÏCENTE JOANES. — NAVARETTE.

Xj'art antique, Tart des Chaldéens, des Assyriens, des Egyptiens, des Grecs, brûlé, pulvérisé, vieilli, tombé en enfance, s'écroule et finit à Byzance. D'une main hésitante il découpe des images, les colle sur des fonds d'or. C'est pourtant à ce vieillard ataxique et gâteux que le Moyen-âge viendra demander des leçons quand il entreprendra timidement et gauchement d'enluminer ses missels.

L'influence de la haute civilisation grecque ne s'est pas étendue au delà de la Sicile. L'Espagne, envahie et saccagée par les Romains, les Carthaginois, a été ainsi informée qu'il y avait quelque part des peuples très puissants, ainsi qu'en témoignait la force de leurs armes. Pour leur art, quelques statues scellées sur la terre conquise restaient comme des bornes sacrées marquant la propriété. L'invasion des Goths fait connaître à T Espagne des sauvages plus sauvages qu'elle-même. Enfin, les Maures l'envahissent à leur tour, s'y établissent assez longtemps pour tatouer sur le front espagnol le signe indélébile que les cendres imposées par la main du catholicisme pourront recouvrir, non effacer.

Le vainqueur a tout à enseigner au vaincu: Farchitecture, la poésie, les sciences. Il lui apprendra même les arts d'agrément, il en fera un illuminador> pas trop maladroit, qui composera ou copiera patiemment des lettres ornées, des motifs délicats, des arabesques. Le goût des choses et des couleurs violentes se manifeste déjà dans ces premières enluminures. Le bleu est dédaigné, presque proscrit, le rouge domine et flambe. Le vieux maître oriental interdit la représentation de la figure humaine, des êtres vivants. On tracera timidement, comme en fraude, des animaux symboliques. Puis enfin, au X^ siècle, une bravade: un Christ! un Saint Jean! Une Vierge! C'est un moine, Béatus, qui a osé cela. Ses successeurs oseront bien autre chose! Les Arabes leur ont enseigné péniblement Fart des colonnades, des portiques ajourés, des bassins fleuris, des sveltes minarets: ils apprendront tout seuls, d'instinct, l'art des in-pace et des bûchers. Un autre moine, Vigila, se risque à faire des portraits. Il retrace, dans le Codice Vigilano, l'image de don Sancho el Craso, de don Ramiro, de la reine Urraca, son propre portrait.

Ces primitifs patients laissent une forte empreinte sur l'art national, et les fonds d'or, si longtemps employés dans les décora-

tions d'églises, restent comme un souvenir du byzantinisme et des vieux miniaturistes.

Jusqu'au XIII^ siècle, il n'y a que des illuminadores». Puis

Sanciiez CoP.llo.

Isabelle et Catherine, filles de Philippe IL

quelques noms de vrais peintres apparaissent, à défaut d'œuvres. L'un des premiers en date semble être Rodrigo Esteban, peintre du roi don Sanche IV, vers 1292. On trouve son nom sur les comptes gardés dans la bibliothèque royale, et c'est tout. L'Espagne ayant congédié à coups de sabre son vieux maître

arabe, cherche à le remplacer (on estime à plus d'un million le nombre des Arabes expulsés ou exterminés sous Ferdinand le Catholique. D'autres disent deux, trois millions. On ne sait pas, à un million près). Elle hésite entre deux écoles, la Flandre et ritalie. Elle les consulte tour à tour, simultanément, s'embrouille, s'irrite, se décourage, ne trouve pas sa voie.

I.a précision des I^'lamands ne déroute pas leurs disciples, elle est bien la suite logique et la conclusion de leurs premières études, mais la lumière fine du Nord leur est inconnue, étrangère. Ils n'ont pas Tœil adapté aux clartés cendrées.

Toutefois, cl bien que rilalic ait envoyé quelques artistes en Espagne avant la Flandre, Tempreinte et la tradition gothique dominent jusqu'à l'airranchissement de la Renaissance. L'importation des œuvres flamandes est continuée pendant tout le XV^ siècle, avec Van Eyck, Van derWeyden, Memling, Petrus Cristus, Jean de Mabuse, Quinlin Massys, Jérôme liosch. Quelques Allemands donnent aussi de grandes leçons: Durer, Cranach, Holbein, Lucas de Leyde.

Telle quelle est, TEcole espagnole, si l'on peut donner ce nom à des groupes sans homogénéité, sans traditions, sans discipline, peut être divisée en trois classes. A Valence, au XIV^ siècle, on trouve Marzal, Guillermo Arnaldo ... En Aragon, Pedro de Zuera, Raymond Torrent, (niillen Tort ... En Catalogne, Juan Casilles, Luis Borrassa. Durant le XV^ siècle, la lutte d'influence est vive. Clémente Domenech, Gerardo Janer, Dezpla, Claver, Trien, Diego de Sevilla, Colomer, travaillent en Catalogne. Ces artistes, qui vivaient pendant une période héroïque, la fln de la lutte contre les Maures, se sont-ils inspirés de cette gigantesque épopée de huit siècles pour en reproduire, sinon l'histoire, du moins les grandes pages? Non. Ils laissent à peine quelques notes sommaires dans des fresques à l'Escurial, à Tolède, à Séville. Le

Cid est pourtant un personnage assez haut en couleur: ce cruel mercenaire n'a pas trouvé son peintre parmi tous ces peintres, ils ne veulent rien voir et ne voient rien en dehors du drame du Calvaire?

N'est-ce pas une belle page sanglante telle qu'ils les aiment, et rougie de sang divin, couleur rare et précieuse.

Si la guerre des Maures n'a pas inspiré les artistes de l'Espagne, les tueries de l'Inquisition sont des tableaux épisodiques assez savoureux pour figurer honorablement auprès du grand

drame du Golgotha. Les meilleurs peintres de Tépoque, Antonio del Rincon, Berruguete (qui fut aussi sculpteur, comme (îaspard Becerra et Annequin de Egas) s'en feront une sorte de spécialité. Le roi, les plus grands seigneurs, les petites infantes à vertu-

Lvis Moiur.KS.

La Présentation de Jésus au Temple.

gadins, tiendront à honneur d'être représentés, en habits de fêtes, dans la figuration, et le grand metteur en scène, Torquemada, y aura son portrait en bonne place.

Un événement, une date dans Thistoire de Tart et de Thumanité! La sombre Espagne s'éclaire d'une lumière lointaine. Les artistes espagnols, immobilisés sur leur sol, voient surgir une étoile. Elle monte à Thorizon, elle vient à eux. C'est la Renaissance qui passe Teau, s'avance frémissante, triomphante, impatiente, portant la bonne nouvelle dans les plis de sa robe, comme la Victoire de Samothrace. Paolo de Arezzo et Francisco Niapoli, élèves de Léonard de Vinci, débarquent en Espagne.

D'autres artistes italiens viendront s'établir en Aragon, vers la lin du siècle: Micel Pietro, Paolo Esquarte, élève du Titien, qui travaillera pour le duc de Villa Hermosa. Mais un illustre voyageur les a précédés, un Hollandais, qui sait patiner avec l'or vénitien les sévères effigies de Tart allemand. Nous retrouverons Antonis Mor a sa place, dans l'Ecole hollandaise, mais il faut déjà le désigner ici comme Tun de ceux qui ont aidé l'Espagne à créer son art, comme un précurseur de Velasquez. D'ailleurs, vers la fin du XV^ siècle, à Taurore du XVI^ siècle, les Flamands et les Hollandais qui passent dans la péninsule sont eux-mêmes imprégnés d'italianisme.

Les peintres espagnols frémissent d'impatience. Ils ont été touchés, illuminés, ils brûlent d'une foi inconnue. Ils voient, ils croient, ils savent, ou plutôt ils veulent savoir. L'exode vers l'Italie commence et se continue. Vers la fin du XV^ siècle, l'influence italienne devient dominante. Tant d'artistes passent en Italie, y séjournent, y étudient pendant des années: Alonso Berruguete, Vicente Joanès (Macip), Gaspard Becerra, Blas del Pardo, Juan Navarette (el Mudo), Pedro Orrente, Esteban March, Luis de Vargas, Villeja Marmolejo, Ribera . . . Sganarelle, se touchant le front,

ECOLE ESPAGNOLE

OP

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