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MARIE TUDOR

HOLLANDE

JÉRÔME BOSCH. — ANTONIS MOR. — MIKRKVKLT. - BOTH. — PH. WOUWERMAN. — HKKRSTRAATKN.

Xje premier en date des quelques artistes hollandais représentés au musée de Madrid est Hieronymen van Aken, dit Jérôme Bosch (1460-1516), maître du comique et du fantastique, du cauchemar précis et de la farce froide. Il était très capable de sérieux, tout comme un autre, ainsi que le prouve son Adoration des Mages, il pouvait aussi concevoir des scènes bibliques à la façon des miniaturistes précieux, comme on peut le voir par sa Création de VHomme et de ta Femme, où la flore et la faune de TEden sont si gentiment représentés, par sa Chute des anges rebettes, par sa Tentation du serpent. Mais son vrai domaine est celui de r invention el de la défor-

RKMBRANDT. — JEAN — CAinUKL MKTSU.

Antonis Mor.

Marie d'Autriche, fille de Charles- Quint, femme de Maximilien II.

mation, nullement terrifiantes, dont on peut admirer le tour enfantin et cocasse dans plusieurs Tentation de saint Antoine, où tout s'anime si drôlement sous le pinceau de ce magicien de kermesse, qui a déterminé la mise en scène et les transformations des féeries infernales de l'art flamand.

Antonis Mor, né en 1512, mort en 1576 ou 1579, est au pôle opposé de Jérôme Bosch. C'est un grandiose réaliste, du style le plus sévère, le plus pur el le plus riche. Ses tableaux, du Prado sont tous savants ci beaux, quelques-uns plus beaux et saisissants que les autres. Les œuvres de ce grand artiste sont dispersées aux quatre coins des musées européens, aux Uffizzi, a la National- (îallery, au Louvre, au Belvédère, à Bruxelles, où luisent les yeux d'acier du duc d'Albe. mais le musée de Madrid possède à lui seul treize toiles.

Antonis Mor cherche patiemment ef Irouve le caractère individuel de ses modèles. 11 les coule el les fixe en une pâte chaude, ambrée, solide, qui brave les siècles. 11 ne dessine pas des mains hiératiques ou banales, qui implorent ou bénissent, il fait des mains ressemblantes, caracléristiques, vivantes, des mains d'Holbein, des mains psychiques, eûl dil d'Arpentigny. Son portrait de Pejeron, bouffon Irisle du comte de Benavente, est extraordinaire de fatigue, de crainte, de tourment. La main difïbrme tient le jeu de cartes d'un lamentable diseur de bonne aventure. C'est un frère des fous el des nains de Velasquez, un de ceux qui grimacent le long des formidables murailles des palais, comme des gargouilles aux flancs des cathédrales. Auprès de lui, d'étonnantes effigies de Dames Inconnues, un Phitippe II jeune, un Empereur Maximitien II, jeune, velu de blanc; la Reine de Portu- (jat, sœur de Charles-Quint; la princesse Jeanne d'Autriche, fille de Charles-Quint; une autre fille de Charles-Quint, Marie d'Autriche, mariée à Maximilien II, blême visage pris par la haute collerette.

et

oc en

corps rigide emprisonné dans une robe épaisse à fermoirs d'or, main blanche aux doigts effilés et pointus comme des griffes; enfin, Marie Tudoi\ reine d'Angleterre, seconde femme de Philippe II, œuvre d'une beauté et d'une lucidité sans pareilles.

Marie est assise dans un fauteuil rouge, à dossier brodé, de forme carrée. Elle est vêtue d'une robe à ramages, recouverte d'un vêtement de velours.

L'or, les pierres précieuses, les perles, brillent à sa ceinture, à sa gorge plate, a son col, à sa coiffure, à ses poignets, aux doigts de ses mains vigoureuses. Elle tient un œillet plus joli que tous les bijoux et toutes les pierreries. Le triste et cruel visage domine ces splendeurs.

Le peintre a tout dit, la chevelure roussâtre et rare, le teint brouillé, les yeux clairs, aux aguets au bas du vaste front, la bouche serrée, la chair défaite.

On croirait voir un fruit gâté parmi la richesse des parures et la somptuosité des étoffes.

On quitte cette Marie Tudor, dans la salle de la reine Isabelle, on croit que l'on a épuisé son admiration, on se retourne, on a un éblouissement: dans la pure lumière de Rembrandt, la Reine

Antoxis Mon.

Pejeron.

Artémise rayonne, douce femme vivante, astre d'or pâle. C'est un portrait de Saskia van Uylenburgh, signé et daté de 1634. La jeune femme a été costumée d'une large robe où la soie blanche est tissée de vert d'eau et de vieil or gris, elle a aussi, comme les reines, des broderies, des chaînes ciselées, des perles au col et des perles encore dans sa chevelure couleur de blé, divisée et répandue sur ses épaules. Elle va boire le breuvage où se dissout la cendre de Mausole, dans la coupe qu'on lui présente, et qui est un merveilleux coquillage. Elle est grasse et blanche, placide et majestueuse, elle est rimage inaltérée du premier bonheur de Rembrandt.

Que voir après le maître d'Amsterdam? Il y a pourtant encore ici un bon Portrait de femme, de Mierevell (ir)()9--l()41); des paysages de Jean Bolh (Kilo — 1(551); de fiers cavaliers de Wouwerman (1()2()— l()()8);un Passage (Vhiuei\ de Beerstraaten (1()22— 1()87); et la plus jolie Poule l)lanelu\ peinte par Gabriel Melsu (1()4()— 1()()9), avec une finesse, un doux éclat, qui en font un bijou de la galerie hollandaise.

JAhômk Iloscii.

La Création de

l'Homme et de

la Femme. •

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