‹ Les musées dE̕urope: Le Louvre: La peinture étrangèreChapitre 33 sur 38 · II. - PIEHHK PAl'L nriJKNS. - PKTKH NKKF · texte numérisé non relu

II. - PIEHHK PAl'L nriJKNS. - PKTKH NKKF

(iASPAHI) I)K CHAYKH. - JACOM J()IU)AI:NS.

TKNIKHS. -- JAN FYT.

KKANS SNYHKHS. — VAX OYCK. — DAVID

Rubens lit un premier voyage en Kspagne, envoyé par (îonzague, duc de Mantoue, en l'année KMKi. Il portait à Philippe III et à son ministre le duc de Lerme une collection d'objets et d'œuvres

d'art. Il y retourna en 1628 comme ambassadeur pour aplanir les difficultés entre l'Angleterre et l'Espagne. A Madrid, il oflre alors huit toiles au monarque, peint une quarantaine de tableaux en

RrnENs.

Achille découvert par llysse.

une année, des portraits du roi et de sa famille, des copies de toiles du Titien : V Enlèvement cV Europe, VAdam et Eue, se lie avec Velasquez, alors âgé de vingt-neuf ans.

Allons vers l'admirable collection de toiles de Rubens conservée à Madrid. Le peintre d'Anvers montre là tous les aspects

de son génie abondant el varié. Il est biblique et pathétique avec le Serpent dairain, qui peut être l'original de sujets identiques possédés par la National-Ciallery et Postdam. C'est le Rubens élève des maîtres italiens qui a peint ce groupe des

HunENs.

Symphes et gatyres.

Hébreux en proie aux reptiles et qui se prosternent vers le serpent d'airain élevé par Moïse. Rubens se révèle ici capable d'exprimer l'émotion par cet admirable visage de femme où les affres de la mort sont combattues par l'espoir. Le voici, avec V Achille découvert par Uli/sse, metteur en scène d'une tragédie héroï-comique. Le héros, déguisé en femme parmi les filles de

Lycomède, s'empare de Tépée cachée parmi les bijoux que le subtil Ulysse vient offrir aux princesses. Celles-ci sont charmantes, penchées vers l'or et les perles, et celte blonde vêtue de blanc, Déidamia sans doule, est tout à fait ])cllc, cependant qu'Achille, enflammé d'une ardeur i>ucrricre. brandit le j^laivc, et

RUBKNS.

Juium formant la voie lactiU'.

qu'une vieille confidente de tragédie sourit à l'arriére-plan. Rubens se transforme encore, devient peintre de leerie avec Y Adornlion des Mages, qu'il a plusieurs fois traitée, toujours avec la même abondance, le même déploiement de richesses. Nous sommes loin de rétable de Bethléem. C'est à Tentrée d'un palais, à la base de hautes colonnes que Marie, empressée et avenante, montre son fils à Gaspar, Melchior et Baltasar, du même air qu'une reine

présenterait un dauphin a des souverains en visite. La fête est vraiment éblouissante, les rois d'Orient vêtus de pourpre et de brocard, suivis d'un cortège de seigneurs, d'hommes d'armes, de serviteurs, d'esclaves chargés de présents, de chevaux et de chameaux, tout un défdé éclairé par des torches et guidé par des anges au vol souple et gracieux. Rubcns peint d'autres scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, une Sainlc Famille, une Prcsentalion au Temple, une (A'm\ un CImsl moii, des figures d'apôtres. Avec une grandeur décorative dans laquelle il garde la maîtrise de son goût fastueux, il dispose des personnages, fait défiler des chars qui représentent le Triomphe de la Vérilé, le Triomphe de TEglise ralholique, le Triomphe de riùicharislie . . . Il est dramaturge et même mélodramaturge avec le Banquel de Térh\ où Progné apporte à l'infidèle Térée la tète de son (ils, dont il a mangé le corps. La ligure réjouie et jolie de Progné, fort heureusement, nous rassure: il ne s'agit que d'une tète de théâtre. Le grand artiste paraît peu à son aise, emprunté, gauche, dans Y Aele religieux de Rodolphe de Habsburg, dont le paysage est de W'ildens. Ses portraits sont d'inégale valeur: V Arehidne AlberU Vln/dnle Isabelle, Philippe II en caimlier, Vlnfanl don Ferdinand d\\ulrielu\ malgré toutes les qualités de la peinture, ne s'imposent pas par le caractère, mais deux autres portraits sont hors de pair: le Thomas Morns, d'une chaleur de vie singulière, qui fait songer à la collaboration d'un Holbein et d'un Titien ; et la Marie de Médiris qui est bien du Rubens tout pur, portrait noir et blanc, frais, léger, respirant, le visage devenu beau par l'expression de la vie, par cette sorte de sourire des chairs que la maître flamand possède plus que tout autre.

Enfin, Rubens, avec toute une série de compositions païennes, antiques, mythologiques, donne libre cours a sa verve de magicien de l'existence, à son amour de la vérité, à sa passion de la chair. La sensualité de son esprit et de son art se révèle

d'une manière éclatante,mais il n'y a chez lui rien crhypocrite, de malsain, d'obscène.

Son vrai dieu est le (irand Pan, chacune de ses toiles est un hymne à la nature.

II faut voir ainsi, et il est impossible devoir aulremenU les paires magnifiques du musée de Madrid : les Xi/inplies cl Sali/ifs. groupés à rond)re d'un bois, de beaux corps au repos, des cueilleuses de fruits, celle qui se hausse pour saisir une branche, celle qui est juchée sur une branche et dont la lumière éclaire un genou ; Diane et Calisto, la plus savante et la plus élégante assemblée de nus qui fut jamais, car Rubens n'a pas seulement la force, il a la distinction: vovez Diane et

son souple niouvemenl, Tadmirable nymphe brune assise auprès d'elle, et la blonde ef tremblante Calisto; VAndromcde au corps svelte d'une anatomie irréprochable; Nf/mplies de Diane surprises par des saff/res. une course et une bataille du mouvement le plus rythmé et le plus furieux, en contraste avec le calme de la nymphe endormie; la corpulente et paisible Junon de la Voie lactée; le Jiiqemcnl de Paris, un des tableaux pour le roi d'Espagne, qui

lUuKNs. Le Jugement de Paris.

scandalisa Don TY^dinand: C'est, dit-il, la meilleure œuvre de Rubens. Je ne lui reproche qu'un défaut, mais à propos duquel je n'ai pu obtenir satisfaction: c'est l'excessive nudité des trois déesses; à quoi l'artiste a répondu que c'était là que se voyait le mérite de la peinture. La Vénus placée au milieu est le portrait fort ressemblant de la femme du peintre, la plus belle de toutes les dames d'Anvers. La même femme du peintre, Hélène Fourment, se retrouve dans uuq toile qui est un des chefs-d'œuvre de Rubens: les Trois Grâces, d'une vérité de détail, d'aspect, d'épiderme qui est prodigieuse, a croire que l'on a sous les yeux

Ui

au

des chairs roses et blanches, brunes et mates, argentées et dorées

de lumière. Pourtant, malgré cette vérité si approchée, que dis-je,

si réalisée, ce n'est pas ici un trompe-I'œil, c'esl une évocation,

c'est de l'art splen-

dide. Rubens a

créé un style avec

l'exactitude.

Il semble que tout soit un jeu pour ce prodigieux artiste: avec quelle noblesse naturiste il groupe (k^rès et Pomone, Ccrcs et le dieu Pan, parmi les légumes, les fruits, les oiseaux, peints parSnyders.

Ne croyez pas qu'il ait tout dit encore. Dans le Jardin dWmonr, parmi la verdure, les fleurs, les eaux jaillissantes, auprès

d'un palais environné d'amours qui volligcnt comme les génies familiers du lieu, il réunit la plus galante assemblée de dames et de cavaliers, chairs épanouies, élofles brillantes, gestes abandonnés, regards rêveurs, royaume du Tendre sans préciosité, vers lequel un Cupidon malin pousse gaillardement une belle retardataire, qui est Hélène Fourment, sollicitée par un cavalier, qui est

HUBEXS.

Les Trois Grâces,

Pierre-Paul Rubens lui-même. Le décor change, c'est la Danse de ]\if/sans, une ronde qui passe sous des bras tendus, un mouvement, une fougue, un rythme violent qui font songer à notre A>/messe du Louvre.

Autour de Rubens, et après lui. se groupent des artistes

lu IJKNS.

C<*n^s ei le dieu Pan.

qui ont, eux aussi, une vive personnalité, qui occupent une place particulière dans l'histoire de Tart flamand. Peeter Neefs (1578— IGoO) est le plus délicat constructeur, en peinture, de nefs d'églises animées par des personnages d'une silhouette précise et vivante. Jacob Jordaens (158,V 1()78), influencé par Rubens, est par lui-même un opulent artiste dont la manière généreuse et ample se manifeste par le Mariage de sainle Catherine d'Alexandrie, le Jugement de Salomon. VO/frande à Ponxone. le Bain de Diane,

/Mv

tù Q

Frans Snyders (1579—1057) est le bon peintre que Ton sait des animaux, des fruits, des gibiers, et il ajoute ici à ses arrangements habituels Tagrément d une série d'après les Fables de la Fontaine.

Van Dyck(1599-1() 11), élève de Rubens, n'a pas la puissance de conception, la fougue savante du dessin et du coloris de son maître. C/esl un peinire délicieux ([ui est arrivé à la grandeur et à la profondeur par la manifestation de sa fine personnalité, de son ait nuancé.

Van I)v

Van Dyck.

L'Infant Cardinal Don Ferilinand d'Atil riche.

K. L(i Ciniitrssr (lOv/'ord.

Sa Drposilion de croir est une œuvre sobrement composée, sévèi'cment dramati([ue. mais il est surlout préseni au Piado par des portraits de premier ordre. La (^omlcssc d Oxford, sa robe de soie et sa chevelure doucement brillantées de perles, une fleur à la main, le visage délicatement coloré, est un portrait noir, blanc et rose, de l'allure ferme et exquise qu'ont les belles

pages de Van Dyck. Celte réunion d'œuvres du peintre flamand est d'ailleurs parfaite, avec des personnages très diflérenls d'allure, savamment pénétrés et exprimés; le peintre David lif/ckaerf ; un Musicien; la Princesse d'Orange; Charles I^^ : Dona Polixena Spinola, première marquise de Leganès ; un

Inconnu de la plus grave figure, au pourpoint à crevés blancs; un portrait de Femme finaude; Henri/, comte de Berg :

Henri de Nassau, prince d'^ Orange: l Infant Cardinal Don Ferdinand d Autriche, vêtu de velours et de soie, enveloppé d'une écharpe, pâle et blond, enfantin et féminin; Henri Liherti, organiste d Anvers, le visage et les mains d'un admirable modelé dans la pénombre; enfin Van Dyck lui-même, avec le Comte de Bristol, celui-ci grasse et joviale figure de grand seigneur, moins < aristocratique à coup sûr que le pale et fin Van Dyck en manteau noir, au beau visage lumineux de pensée et de poésie.

Philippe de Champaigne, Adrien Brauwer, Erasme Quellyn sont présents au Prado. Aussi, Jan Fyt avec des oiseaux, des chiens, des fruits. Aussi, Adrien et Isaac van Ostade, et Van der Meulen. Mais c'est surtout David Téniers (1010—1619) qui est

Vax Dyck.

Henri Lihcrli, onjaniste d'Anvers.

représenté avec variété au musée de Madrid. Il "y est avec ses Fefes de village, ses Danses de villageois, ses Jeux de boule, ses Tirs, ses Repas de la fevc, ses (]orps de garde, ses

David Téniers.

F.a Galerie de tableaux lie l' Archiduc IJopold.

Alchimistes, ses Tentations de saint Antoine. 11 y est, d'une façon plus inattendue, avec la Galerie de lahleaiix de rArehiduc Léopold, où Ton voit Téniers ef TArchiduc parmi des tableaux dTlalie, savamment copiés el réduits par Téniers. Il y est, enfin, avec toute une série de toiles inspirées de la Jévnsalem délivrée, qui ont été mises en doute par la critique, mais

OÙ Ton trouve pourtant, à l'examen, sa manière lourde quant aux formes des personnages, sa manière aérée et subtile quant aux plans des paysages.

Van Dvck. Van Dijck et le Comte de Bristol.

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