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Les musiciens belges

La musique des premiers Belges. — Les Bai des et leurs chants de guerre. — Les Bomaius apportent avec eux leurs instruments de musique. — Les chants de l'Église chrétienne pénètrent dans les Gaules; ils s'y corrompent; efforts de Charlemagne pour les ramener à leur pureté primitive. — L'orgue envoyé à Pépin; il se répand en Belgique. — Orgues d'église; orgues portatives.

Il serait difficile de dire en quoi consistait la musique des Belles à l'époque où les Romains firent la conquête des Gaules. Ce qu'on peut affirmer, c'est que cette musique méritait à peine le nom d'art. Les peuples barbares ont des chants gais ou tristes, applicables aux différentes situations de la vie: ils ont même des instruments propres à accompagner la voix ou du inoins à la soutenir; mais les combinaisons

bornées de ces éléments, simples à l'excès, n'ont guère de rapport avec l'ensemble d'effets, plus ou moins variés , qui constitue la musique des nations civilisées.

Il est permis de supposer que les populations éparses sur le sol de la Belgique aux premiers siècles de notre ère avaient, dès cette époque reculée, le sentiment de l'art développé à un certain degré , puisque les Bardes, poètes et musiciens à la fois, étaient parvenus à exercer sur elles une puissante influence, à l'aide de leur double talent. Quand ils chantaient les exploits des héros , quand leurs mâles accents excitaient les guerriers au combat, les Bardes savaient porter jusqu'à l'exaltation la plus vive l'enthousiasme de leurs auditeurs : « La voix foudroyante des Bardes l'emportait sur le bruit de nos tambours et pénétrait tout autrement l'âme du soldat, parce qu'elle chantait les grands exploits des héros de la nation. Et malheur au Barde qui n'eût pas fait un effort extraordinaire ! car ses accents étaient un présage d'autant plus certain de la victoire, qu'ils étaient plus aigus, plus terribles. On se croyait battu, dès que sa voix s'affaiblissait. » Ainsi parle César. Ces artistes fameux qui donnaient leurs concerts en plein air, sur un champ de bataille, et qui réglaient en quelque sorte le sort des combats , étaient donc obligés d'avoir, à jour dit, la voix claire et sonore. Que signifie : « Malheur au Barde qui n'eût pas fait un effort extraordinaire ! »si ce n'est que les soldats vaincus s'en fussent pris à lui de leur défaite et l'eussent peut-être immolé à leur ressentiment? Le rhume, en pareil cas, n'était pas permis: un simple enrouement

pouvait être puni de mort. Il n'est si belle position qui soit tout à fait exempte d'inconvénients.

Tacite parleaussi de l'influence qu'avaient les chants guerriers sur la valeur de nos ancêtres, au moment du combat : « Ils ont, dit l'historien, de ces chansons qu'ils entonnent avec le cri de guerre appelé Bardit. Ils s'en servent pour exalter leur courage, et à leur chant seul ils augurent du succès qu'aura la bataille. Ils sont intrépides ou intimidés, suivant que leur cri de guerre a été plus ou moins bruyant, et dans ce cri il leur semble entendre l'accent même de la valeur. Ils s'attachent surtout à produire des sons rudes et un bruit rauque, ayant soin de mettre leurs boucliers au-devant de leur bouche, afin que leur voix rejaillisse en échos plus terribles et plus retentissants. » C'est la tactique de tous les peuples barbares , de tenter d'effrayer leurs ennemis, au moment de l'action , soit par des cris, soit par tout autre moyen. On a vu encore , de notre temps , les Chinois opposer aux armes beaucoup plus efficaces des troupes anglaises de grands tableaux sur lesquels étaient représentés des monstres effroyables. Les chants guerriers de nos pères étaient assurément quelque chose de très-peu musical; il n'est pas permis de douter qu'ils n'eussent encore aujourd'hui le privilège de faire fuir ceux qui les entendraient.

Le principal instrument de musique des Gaulois, à l'époque de la conquête , était la lyre. Les Bardes seuls en jouaient. Quant aux autres hommes , ils s'occupaient exclusivement du maniement des armes. Rien n'était plus simple, du reste , que le système d'exécution appliqué à cet instrument. On ne s'enser-

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vait pas pour jouer une partie d'accompagnement indépendante du chant, comme dans la musique moderne; mais seulement pour soutenir la voix en faisant entendre, à l'unisson avec elle, des notes isolées. « Les hommes de ce pays s étant peu à peu policés, dit Àmmien Marcellin en parlant des habitants de la Gaule , firent fleurir les études utiles (pie les Bardes, les Euhages et les Druides avaient commencé à cultiver. Les Bardes chantèrent en vers héroïques . au sonde leurs lyres, les hauts faits des hommes célèbres. Les Euhages tâchèrent . par la méditation . d'expliquer l'ordre et les merveilles de la nature. Au milieu de ceux-ci se distinguaient les Druides, qui, réunis en société , s'occupaient de questions profondes et sublimes . s'élevaient au-dessus des choses humaines et soutenaient l'immortalité de l'âme. « Il est inutile de rechercher quelles pouvaient être les mélodies sur lesquelles les Bardes chantaient les louanges de leurs héros. Les preuves à L'appui d'une théorie quelconque manquent absolument : on ne peut que former de vagues conjectures.

Après les jours de gloire, vint, pour les Bardes, le temps de la décadence. Le prestige attaché à leur profession finit par s'évanouir complètement. On les vit, déchus du rang élevé où les avait placés leur haute mission , se transformer en chanteurs ambulants. Ce [n'était plus l'amour de la patrie qui faisait vibrer les cordes de leur lyre. Les descendants de ces hommes inspirés, dont la puissante voix avait décidé jadis du sort des combats, divertissaient le peuple sur les places publiques. La race était dégénérée ou plutôt elle s'était éteinte . car les musiciens vagabonds qui

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