CHAPITRE X1I
Philippe de Mons. — Discussion singulière sur le lieu de sa naissance. ■ — 11 entre dans la chapelle de l'empereur. — J. de Kerle.— J. de Macque. — Matelart.— Phil. le Due.— Renaut de Melle. — Canalis. — L. De Vos ; sa fin tragique. — Pévernage. — Baston. — De Paepe. — Le musicien aveugle.
Après Orland de Lassus, vient Philippe de Mons. On ne peut pas séparer ces deux artistes, qui sont nés à la même époque, dans la même ville, et qui ont vécu tous deux en Allemagne , où ils ont, l'un et l'autre, rempli des fonctions importantes. N'est-il pas singulier que celte petite ville de Mons, qui jusqu'alors n'avait guère produit d'artistes fameux, ait enfanté dans le même temps les deux plus grands
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musiciens de l'école belge? Certes si jamais il a été superflu de disputer sur le lieu de naissance d'un personnage, c'est quand ses contemporains ont fait suivie son nom de celui de la cité où il a vu le jour. Il semble qu'en présence d'un tel témoignage, le doute ne soit pas permis. Mais que deviendraient les historiens et les philologues, si les questions se décidaient avec cette facilité. Dlabacz, auteur dune biographie des artistes de la Bohême, prétend avoir trouvé dans les comptes de la chapelle impériale pour l'année 1582, que Philippe de Monte (c'est ainsi qu'il appelle notre artiste) était de Malines et non de Mons. De son côté, un homme de beaucoup d'esprit et de savoir, M. le baron de Reiffenberg, dit que le nom de famille de Philippe était Du Mont. Si cela était , comment aurait-on imprimé de son vivant un recueil intitulé ainsi : Sonnetz de Pierre de Ronsand, mis en musique par très excellent maistre Philippe de Mons? Ce recueil parut à Louvain, chez Pierre Phalèse. Louvain est trop près de Malines, pour qu'on y eût ignoré que Philippe était né dans cette ville, si le fait eût été exact. Les autorités ne manquent pas pour combattre l'opinion de ceux qui voudraient enlever au chef-lieu du Hainaut la satisfaction de pouvoir considère]' cet excellent musicien comme un de ses enfants. Ouvrez Sweertius (Athenw Belgicœ) et vous verrez ce qui suit : Philippus de Monte sic dictus quia Montibus Hannoniœ natus. Or vous n'oublierez pas , en lisant ce passage , que Sweertius a pu voir et connaître Philippe. Dans son Académie des Sciences et des Arts, Isaac Bullart commence l'article de Philippe par une déclara-
lion tout aussi catégorique , lorsqu'il dit : « La ville de Mons a cette gloire au-dessus du reste des Pays- Bas, d'estre le lieu d'où sont sortis les plus excellens musiciens du siècle passé; car après avoir produit Orland de Lassus, elle a encore donné la naissance à celuy-ci , qui pour ce sujet a esté appelé Philippe de Mons. » Il est inutile de multiplier davantage les citations. Les Italiens avaient traduit de Mons par Da Monte; on a retraduit leur traduction, mais au lieu de revenir au nom véritable, on a trouvé Du Mont. Philippe de Mons est né en 1522. ainsi que le prouve un portrait gravé par Sadeler, son contemporain. Des écrivains assurent qu'il fut élève d'Orland de Lassus. Ce fait, qui n'a rien d'impossible, donnerait de la force à l'opinion de ceux qui croient que Lassus passa quelques années à Anvers, avant d'aller habiter Munich. Comme il a publié à Anvers, en 1557, un livre de messes, son premier œuvre connu, on suppose qu'il eut un emploi dans cette ville , soit à la cathédrale, soit à quelque autre église. Il eut pourtant l'ambition de s'élever au-dessus d'une position qui ne pouvait être que fort modeste, et partit pour l'Italie, afin d'aller chercher sous ce ciel si favorable au développement de l'imagination, le stimulant qu'y trouvaient nos artistes. En cela il suivit l'exemple et le conseil de Lassus, qu'avait aussi tourmenté ce noble désir de connaître, de voir, de comparer, qualifié par de certaines personnes de manie des voyages. A Venise, il composa un livre de Madrigaux qui fut imprimé. Après avoir visité les villes les plus intéressantes sous le rapport des arts, sans trouver d'emploi, sans même en chercher peut-être ,
il revint dans sa patrie. Lassns venait de se fixer à la cour du duc de Bavière. Ne pouvant pas associer Philippe à ses travaux et à sa fortune, attendu que le nombre des musiciens de la chapelle ducale était limité, il le fit entrer au service de Maximilien II, roi des Romains et empereur après l'abdication de Charles -Quint. Maximilien tenait notre artiste en grande estime. Il lui fit conférer les titres de chanoine et de trésorier du chapitre de Cambrai, ce qui n'empêcha pas Philippe de Mous de rester à Vienne , cardes recherches faites par M. Le Glay dans les actes du chapitre lui ont donné la certitude qu'il n'avait jamais été présent aux assemblées capitulaires. Même à son admission comme trésorier de l'Église, admission qui eut lieu le 1er septembre 1572 à la demande de l'Empereur, virtute precum imperialium, il se fit représenter par un fondé de pouvoir. On exigea, suivant l'usage, la preuve qu'il était né de parents en légitime mariage, ce qu'il fit, toujours par procuration. Le 1er mai 1577, il fut nommé chanoine. Du reste, il en prenait fort à son aise de ses dignités ecclésiastiques, car il ne paraît pas qu'il ait quitté l'Allemagne pour venir visiter l'église de Cambrai. En 1605 Philippe se démit de son canonicat et de sa charge de trésorier en faveur de son neveu. Il avait alors quatrevingt-deux ans. Encore plein de force et d'activité à un âge auquel sonne pour la plupart des hommes l'heure de la relraite, il avait fait, en 1593, un voyage de Vienne à Prague, et composé un morceau de musique pour la cérémonie de la consécration du nouvel archevêque.
Philippe de Mous était devenu maître de chapelle
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de Maximilien après la mort de Nicolas Gombert, qu'il trouva en possession de cet emploi, à son arrivée à Vienne. Il conserva sa place sous l'empereur Rodolphe.
On a imprimé des messes, des livres de chants sacrés et des recueils de chansons de Philippe de Mous; mais tout porte à croire que l'on n'a qu'une très-petite partie de ses œuvres. Le reste est perdu ou se trouve dans les archives de Vienne , ce qui revient à peu près au même.
Philippe de Mous mit en musique les sonnets de Ronsard. Lassus avait bien composé des airs pour les odes d'Horace, et de nos jours un amateur a imaginé d'adapter des mélodies aux fables de la Fontaine. Les éditeurs des collections de morceaux de divers auteurs publiées à la fin du xvie siècle, ont fait de larges emprunts au maître de chapelle de l'Empereur. Ces collections portaient, en général, des litres prétentieux qui prouvent que le charlatanisme des annonces ne data pas de notre époque. C'étaient : les Époux amoureux } la Musique divine , X Harmonie céleste, la Symphonie angélique , la Mélodie olympique, le Paradis musical, la Guirlande de madrigaux, etc.
Philippe de Mons ne s'est pas élevé jusqu'à la hauteur des conceptions du génie de Lassus dans les œuvres à grand développement; il n'aurait pas fait les Psaumes de la pénitence, mais il égala presque celui qui fut son maître et son émule, dans les petites pièces, surtout dans les madrigaux et dans les motets. Son style a de l'élégance et de la pureté; la grâce naïve de sa mélodie causerait autant de plaisir
que de surprise à ceux qui demandent à grands cris du nouveau. La gloire de Philippe de Mons a été chantée par maint écrivain. Elisabeth Weslon, femme savante de la Bohême (la Bohême a aussi ses femmes savantes) a composé en son honneur un poëme, et qui plus est, un poëme latin.
Nos artistes prenaient la route de l'Allemagne aussi bien qu'ils avaient pris celle de l'Italie. On ne les y accueillait pas avec moins de faveur. Jacques de Kerle, né à Ypres, fut chanoine de Cambrai, comme Philippe de Mons, et comme lui attaché à la chapelle de l'empereur Rodolphe II , d'abord avec le titre de musicien , puis en qualité de maître de chapelle, à la retraite de Philippe. Avant de s'établir à Vienne, Jacques de Kerle avait passé quelques années en Italie, où l'on suppose qu'il avait accompagné un des prélats flamands qui assistèrent au concile de Trente. C'est par lui qu'on fit composer la musique des prières qui furent chantées pour appeler les bénédictions du ciel sur cette illustre assemblée. On a imprimé un grand nombre de ses ouvrages à Venise, à Munich, à Nuremberg et dans les Pays-Bas; les archives de la chapelle pontificale renferment aussi plusieurs de ses manuscrits. Cependant, en dépit de sa fécondité, son nom n'a point passsé à la postérité. Ses productions n'avaient pas en elles de principe qui conserve les œuvres d'art; elles n'étaient pas marquées du sceau du génie.
Pendant qu'Orland de Lassus dirigeait la chapelle du duc de Bavière, pendant que Nicolas Gombert, Philippe de Mons et Jacques de Kerle se succédaient dans le commandement de celle de l'Empereur, Mat-
thias était maître de chapelle de l'électeur Maurice de Saxe. Cet artiste, dont on ignore le lieu de naissance, mais que la qualification de fiamengo , qui lui fut donnée en Italie, désigne suffisamment comme né dans nos provinces , avait été maître de chapelle de la cathédrale de Milan. Ce fait nous est attesté par le titre d'une de ses compositions imprimées à Venise : ha Battaglia Tagliana composta da M. MatJiias, fiamengo, maestro dicapella delduomodeMilano. La bataille italienne de maître Matthias le flamand était composée sur le patron de toutes les batailles du temps et semblable à celles dont nous avons parlé plus haut. Les auteurs italiens, belges ou français ne variaient guère leur stratégie musicale.
Nous n'avons pas fini de citer tous les musiciens belges dont le mérite a brillé en Italie. Orland de Lassus et Philippe de Mons nous avaient entraîné vers le nord à la suite de leur grande renommée ; nous allons retourner dans le pays ultramontain où nous trouverons encore plusieurs de nos musiciens à l'œuvre.
Jean de Macque fut organiste, puis ensuite maître de chapelle du vice-roi de Naples. Il demeura au service de la même cour depuis 1540 jusqu'en 1592. c'est-à-dire durant une période de cinquante-deux ans. Une circonstance toute fortuite a appris aux biographes quelle était la patrie de cet artiste. L'éditeur de l'histoire des plantes de Fabio Calonna, rapporte que ce botaniste célèbre fit entendre à Jean de Macque, Belge, chef de la chapelle royale de Naples, un orgue hydraulique qu'il avait construit. Les messes que Jean de Macque a dû com-
poser pour la chapelle de tapies sont demeurées manuscrites: mais on a de lui des chansonnettes napolitaines et de petits madrigaux, vnadrigaletti, qui ne sont pas sans grâce.
Jean Matelarî, compositeur belge, était, en 1596. maître de chapelle de l'église collégiale de Saint- Laurent in Damaso. Il y a publié un livre d'hymnes et d'antiennes. On n'a pas d'autre renseignement sur ce musicien qui devait avoir ou un grand talent, ou beaucoup d'orgueil, puisqu'il n'hésite pas à donner six motets de Palestrina à la suite des morceaux de son recueil.
Philippe le Duc a vécu, dit-on, en Italie vers la fin du seizième siècle. On le connaît seulement par quelques cahiers de madrigaux imprimés à Venise. Nous ne le citons, en quelque sorte, que pour mémoire. Un autre compositeur, qu'on suppose avoir été élève de Josquin Deprés. portait à peu près le même nom. II s'appelait Dux ou Ducis, peut-être s'appelait-il le Duc, comme le précédent. Les Allemands en ont fait Herzog, traduisant littéralement le mot Duc. Lorsqu'ils dénaturaient ainsi les noms des grands hommes . nos ancêtres ne se doutaient pas des embarras qu'ils créaient aux biographes. Combien de recherches ces derniers, perdus dans le dédale des suppositions et des contradictions, ne doivent-ils pas faire, souvent, pour rectifier les erreurs produites par les altérations de l'orthographe des noms. Ducis. puisque c'est ainsi qu'on l'appelle le plus communément, est un compositeur flamand. Il suffira, pour le prouver, de citer sa messe intitulée Myn Hert, qu'on trouve dans un manuscrit de la
bibliothèque de Cambrai. Ducis a eu la patience de mettre en musique toutes les odes d'Horace. Il a composé aussi des chansons françaises et une déploration sur la mort de Josquin, le plus regretté des maîtres, à en juger du moins par toutes les complaintes musicales dans lesquelles on pleura son trépas.
S'il faut en croire de certains écrivains, Renaut ciel. Melle, musicien né à Liège dans la seconde moitié du xyi6 siècle, aurait eu l'insigne honneur d'enseigner l'art de la composition à Palestrina, le régénérateur de l'art religieux en Italie. Un simple rapprochement de dates détruit malheureusement ce fait qui eût été glorieux pour notre école. L'abbé Baïni établit, d'après des documents authentiques de la bibliothèque du Vatican, que Renaut del Melle vint à Rome en 1680, six ans avant la mort de Palestrina, d'où il résulte clairement que ce dernier ne peut pas avoir été son élève.
On a trop peu de considération pour les préfaces. Souvent on trouve dans les pages mises par les auteurs en tête de leurs ouvrages, des renseignements dont ceux qui s'occupent de l'histoire des hommes et des choses font leur profit. Ainsi, Renaut del Melle nous apprend dans l'épttre dédicatoire d'un recueil de Madrigaux, que sa famille était au service du duc Ernest de Bavière , archevêque de Cologne et évêque de Liège. On en a conclu qu'il était né dans cette dernière ville, d'où il date, du reste, son épître. Ce serait donc à tort qu'on lui a donné, sur le frontispice du même ouvrage, imprimée Anvers en 1588, le titre de gentilliuomo fiamengo. Renaut del Melle, en arrivant à Rome, fut accueilli par le cardinal Ga-
briel Paleotto qui le prit à son service, car les princes de l'Église luttaient alors de générosité envers les artistes. Quand le cardinal fut nommé évèque de Sabina, en 1591 , il prit son protégé pour maître de chapelle. Renan t del Melle, que les Italiens appellent Rinaldo del Mêle , après avoir vécu quelques années en Portugal où il eut des fonctions à la cour, après avoir organisé et dirigé d'une façon brillante la chapelle du cardinal-évêque de Sabina, voulut revoir sa patrie. Il revint en Belgique et y passa les derniers temps de sa vie. Suivant l'abbé Baïni, les œuvres manuscrites de Renaut del Melle sont en grand nombre dans les archives de plusieurs églises de Rome.
Parmi les musiciens belges qui visitèrent l'Italie à la fin du xvie siècle , on peut citer encore Florent Canalis; mais cet artiste n'est connu que par un recueil de morceaux religieux publié à Brescia en
Nous trouvons en Belgique, vers la fin du xvi" siècle, plusieurs musiciens de mérite que l'ambition n'avait pas entraînés loin de leur patrie et qui, satisfaits d'une existence modeste, demeuraient attachés au sol natal. Parmi eux se présente en première ligne Laurent De Yos, né à Anvers en 1555, et père de Martin de Vos, le peintre célèbre. Laurent De Yos eut une de ces fins funestes que rencontrent parfois , en temps de révolution, les hommes lancés dans les hasards de la carrière politique , mais auxquels ne sont que bien rarement exposés les artistes. Il était attaché, en qualité de compositeur, à la chapelle de la cathédrale d'Anvers, lorsqu'il fut mandé à Cambrai par l'archevêque Louis Berlaimont, pour instruire
et diriger les enfants de chœur de son église. Par attachement pour ce prélat qu'il considérait comme un protecteur, De Vos conçut le plan d'un morceau bizarre dans lequel il mêla, sous la forme de récits et de chœurs, des versets de différents psaumes, arrangés de telle façon, que l'histoire des (roubles du temps y était retracée. Il était facile d'y saisir des allusions à l'usurpation d'Inchy , aux regrets laissés par l'archevêque et à l'espoir fondé sur l'intervention du duc d'Alençon. Cette composition historico-satirique fut exécutée en pleine église, après les vêpres, un jour de grande fête. Inchy était au nombre des auditeurs. Il perça sans peine la transparence des allégories. Dans sa fureur, il fit arrêter à l'instant l'imprudent musicien. De Vos fut mis en prison. Sans recourir à d'autres formes judiciaires, Inchy voulut qu'on le pendit sans délai. Ce barbare décret fut mis à exécution et les bourgeois de Cambrai purent voir, avec douleur, un artiste estimé accroché à la potence comme un vil malfaiteur. C'est à la fin de 1580 qu'arriva ce triste événement.
André Pévernage est né à Courtray en 1541. Il fit ses études dans la maîtrise de la cathédrale de cette ville. Les maîtrises d'églises étaient les écoles où se formaient les musiciens ; elles tenaient lieu de conservatoires et fournissaient d'habiles artistes à nos provinces. Pévernage devint maître là où il avait été élève ; mais il quitta bientôt après Courtray pour se fixer à Anvers, ville de plus de ressources. Ce n'était pas qu'un poste brillant lui eût été offert , car il fut simple musicien de Notre-Dame. Sa vie calme, et remplie seulement par des travaux estimables, n'est
marquée par aucun curieux incident. Elle offre seulement celte particularité piquante, qu'il établit des concerts périodiques dans lesquels il fit entendre nonseulement ses compositions, mais encore celles des maîtres les plus renommés de la Belgique , de l'Italie et de la France. Anvers était un foyer d'activité artistique :; Pévernage eut de nombreux auditeurs et contribua à populariser le goût de la musique dans celte cité intéressante à tant de titres. On peut le considérer comme l'organisateur des premiers concerts réguliers qui aient été donnés en Belgique. Il mourut à l'âge de 48 ans, laissant des compositions imprimées et quelques manuscrits qui ont été publiés par ses héritiers.
Baston a été confondu parfois avec Josquin Deprés à cause de son prénom de Josquin. Ce n'était pas un compositeur sans mérite ; mais la qualité de ses ouvrages, assez rares d'ailleurs, n'autorise pas l'erreur que nous signalons. Quoiqu'il en soit, Guichardin le cite dans la Description des Pays-Bas parmi les musiciens flamands les plus remarquables.
En général les musiciens belges étaient plutôt compositeurs que théoriciens. Nous pouvons, par exception, mentionner un auteur dont les écrits sur la science musicale ont été longtemps consultés. André de Paep, né à Gand en 1547, était neveu de Lievin Torrentien, évêque d'Anvers. Son oncle lui fit faire d'excellentes études à Louvain. Tout en donnant aux lettres grecques et latines le temps qu'elles réclamaient de lui. il cultiva la musique avec ardeur. Juste Lipse, qui n'accordait à cet art qu'une estime médiocre, essaya en vain de le détourner de son penchant pour
ce qu'il appelait une frivolité. De Paep acquit dans la théorie musicale un savoir que peu de ses contemporains ont égalé. Son livre : De consoncuitiis, sive harmonicismusicis contra rulgarem opinionem, renferme des principes fort justes au point de vue de la science, telle qu'elle était constituée à l'époque où il le fit paraître. On en trouva seulement les formes quelque peu pédantes. Son oncle lui avait procuré un canonicat à Saint-Martin de Liège. Il était établi depuis peu de temps dans cette ville , lorsqu'une imprudence lui coûta la vie. Se baignant clans la Meuse, le 15 juillet 1568. il s'aventura dans un endroit dangereux et se noya. Par une de ces inadvertances assez communes chez les auteurs français, légers de leur nature, de Paep est nommé Gaudentius dans une biographie spéciale publiée au commencement de ce siècle. Cette méprise vient sans doute de ce que l'auteur aura mal Iule mot Gandavensis, qui indique le lieu de sa naissance sur le titre de son ouvrage, et de ce qu'il aura pris , comme le singe de la fable, le Pirée pour un homme.
Sweert et Vossius nous parlent d'un musicien belge, aveugle de naissance, qui vivait à Bruxelles à la fin du xvie siècle, comme d'un homme habile et célèbre. Louis Broomann était, suivant eux, docteur dans les arts libéraux, licencié en droit et le prince des musiciens. Ils n'ajoutent pas, malheureusement, s'il fut compositeur ou exécutant, et s'il a laissé quelque production par laquelle on pût juger si cette grande renommée était fondée sur un talent réel. Henri Broomann fut inhumé à Bruxelles dans l'église des Franciscains. Les savants de l'époque lui
firent une magnifique épitaphe. Nous ne prétendons pas qu'elle soit menteuse ; mais une inscription tumulaire n'est pas un témoignage assez concluant, pour que nous adoptions sans autre examen l'opinion qu'elle exprime.
VfS DC TOME PREMIER