NÉ EN 1 S OR
Balfe (Michel-Guillaume) est né le 15 mai 1808 à Limcrick en Irlande. Cet artiste doit beaucoup plus à la nature qu’au travail ; car il ne parait pas avoir fait de fortes études de composition, et cependant son heureuse organisation lui a permis d’écrire plus d’une vingtaine d’opéras, tout en parcourant l’Angleterre, la France et l’Italie, soit comme chanteur, soit comme chef d’orchestre. Le meilleur ouvrage que nous connaissions de M. Balfe en France est le Puits d’amour , opéra-comique en trois actes, dont les paroles sont de Scribe et dcM. de Leuven, représenté à l’Opéra-Comique le 20 avril 1843. Le public a accueilli favorablement cette tentative d’un étranger sur une scène française, bien que plusieurs organes de la presse aient protesté contre un privilège accordé à un musicien anglais, et souvent refusé à
des musiciens nationaux. Quoi qu’il en soit, plusieurs thèmes tirés de h partition ont joui d’une véritable popularité. L'ouverture du Puits (T amour se compose d’un adagio mystérieux dont l’harmonie est distinguée, et d’un allegro un peu bruyant. Le récit de la légende a une originalité plaisante, et il règne une sensibilité exquise dans la romance du ténor, Tony, qui est la meilleure inspiration de tout l'opéra. M*' Anna Thillon, charmante Anglaise, prêtait à la musique de son compatriote le concours de sa jolie voix et de son style agréable. Elle a très-bien fait valoir l’air : Rêve d'amour, rêve de gloire, qui ne manque certainement pas de mérite.
Avant de réussir à Paris, M. Balfe avait parcouru l’Italie et fait jouer plusieurs opéras sur les principaux théâtres de la Péninsule. Son début fut / Rivali, opéra représenté à Palerme en 1830. Il donna ensuite à Florence Un Avuentimento, opéra bouffe (1832); au théâtre Carcano de Milan Enrico IV al passo délia Marna (1833); et de retour à Londres, Y Assedio de la Rochelle (1835). Ces productions, ainsi que The Maid of Artois (1836), Jane Gray (1837) et Amalia or the Love test (l’Amour à l’épreuve) (1838) se ressentent toutes de la rapidité avec laquelle elles furent composées. Toutefois on remarqua un progrès sous le rapport de l’originalité dans Falstaff (1 838). Mais Jeanne (T Arc, le Diadesté, et Keolanthe, qui suivirent, furent trouvés médiocres. Avec le Puits <f amour ceux des opéras de Balfe qui eurent le plus de succès sont The bohemian Girl (la Jeune Bohémienne), et les Quatre fils Aymon, tous deux joués en 1 844, le premier à Londres, et le second à Paris. En 1852, il donna The Sicilien R ride (la Fiancée de Sicile) au théâtre de Drury-Lane ; il alla ensuite à Saint-Pétersbourg où il reçut l’accueille plus sympathique. En 1855, il se rendit à Trieste où il lit représenter Pittore e Duca sans succès. Il revint en Angleterre en 1856. L’année suivante, il donna la Rose de Castille, mais son ouvrage le plus populaire resta toujours la Jeune Bohémienne ( 1). Le compositeur a été moins heureux plus tard dans la Fille de la place Saint-Marc, l’ Étoile de Séville , The Bond-man et The Maid ofhonour( la Demoiselle d’honneur). L’un de ses derniers ouvrages, Satane/la (1859), a obtenu un certain succès.
(t) The most successful of ail bis Works, 4the Bohemian Girl „ which haï proved the most uni versai! > popular musical composition which hasemanated from this country. His réputation in England had, through the comparative unsuccess of his later opéras, and through his three yenrs’ absence, greatly declined ; but this opéra not only re estai». ished his popularity, but gave him a stronger position than he had yet lield. It lias 1 een traits- ]nted iitlo ni most every European langage, and is as great a favourite* n the olher side of the Atlantic as on this [The impérial Dictimmnj of universal Biograjthy).
CLAPISSON
Indépendamment de ce qu'il a écrit pour le théâtre, M. Dalfe a publié divers travaux pour servir à l'enseignement du chant. Ses œuvres dramatiques et surtout ses leçons de chant fort goûtées à Londres lui ont procuré une existence opulente qui ne l'a pas détourné un seul instant de la culture de l’art musical.
La fille du compositeur débuta comme cantatrice à l’opéra Italien de Covent-Garden en 1857, mais n’obtint pas un succès assez éclatant pour être considérée comme une artiste de premier ordre. Elle partit pour la Russie où le plénipotentiaire sir Crampton l'épousa et en fit lady Crampton ; mais quelque temps après, la jeune mariée obtint en Angleterre un divorce à la suite duquel elle épousa le duc de Frias. Ces événements inusités dans la famille d’un artiste occupèrent diversement l’attention publique.
CLAPISSON
tiÉ EX 1808, MORT EN 1866
Servi par des études bien faites et par une inspiration facile, Clapisson a obtenu au théâtre des succès dus plutôt à des effets mélodiques agréables qu'à une originalité réelle.
Né à Naples, le la septembre 1808, d’une famille française, alors attachée au gouvernement de Murat, il vint en France avec ses parents après la Restauration. Le 18 juin 1830, il entra au Conservatcire, où il resta cinq ans, étudiant le violon sous la direction d'Habencck, et la composition sous celle de Reicha. Il obtint le deuxième prix de violon au concours de 1833, et, un an auparavant, il avait été admis comme violoniste à l'orchestre de l’Opéra. A sa sortie du Conservatoire, en 1835, Clapisson se fit d’abord connaître par des romances qui commencèrent à fixer l'attention sur lui. Mais les succès dramatiques étaient l’objet de toute son ambition. La vogue de ses chansonnettes ne lui suffisant plus, il écrivit la Figurante , opéracomique en cinq actes (24 août 1838) qui fut un heureux début. Le livret, œuvre de Scribe et Dupin, était mal conçu et encore plus
mal exécuté; il présentait des trivialités choquantes. Cependant, malgré d’aussi mauvaises conditions, le compositeur trouva des mélodies charmantes, conserva, pendant toute la durée de l’ouvrage, un st} le élégant, et fit preuve d’une grande habileté d'instrumentation.
Clapisson fit représenter ensuite à l’Opéra-Comique (octobre 1839) la Symphonie ou Maître Albert, opéra en un acte, dont le livret, écrit par M. de Saint-Georges, repose sur une donnée originale. La partition est élégante, et l’orchestration offre d’heureux effets. Les morceaux les plus applaudis ont été : le nocturne : Sans espérance aimer toujours , et la grande scène chantée par Marié qui a débuté dans cette pièce.
La Symphonie fut suivie de plusieurs autres opéras-comiques, également en un acte : la Perruche (1840), le Pendu { 1841), Frère et mari (1841); puis, Clapisson donna, au môme théâtre, le Code noir , en trois actes (9 juin 1842); Scribe en avait fait les paroles. La musique renferme de charmants morceaux, entre autres, un trio de femmes ; le duo qui sert de finale au premier acte ; l’aubade originale donnée par les nègres, et les couplets dans lesquels le compositeur a offert le contraste d’une bamboula et d’un menuet.
Nous passons sur les Bergers trumeaux (un acte, 1844) pour arriver à une des productions les plus importantes de M. Clapisson, Gibby la cornemuse , opéra-comique en trois actes, sur des paroles de MM. Brunswick et de Leuven, joué pour la première fois le 19 novembre 18 4ü. Le rci Jacques VI, fils de Marie Stuart, se trouve entouré de courtisans qui conspirent sa perle. Un pauvre berger écossais, joueur de cornemuse, déjoue le complot et sauve les jours du monarque, en môme temps qu’il charme ses ennuis par des ballades nationales. Jacques, à son tour, dissipe les scrupules superstitieux de Gibby le pâtre, et lui fait épouser la gentille Marie Pattison dont il est amoureux. Cet opéra renferme des morceaux remarquables et abonde en heureuses mélodies. L’ouverture a de la couleur locale. Un air montagnard dialogué entre le hautbois, les flûtes et les violoncelles lui donne de l’unité et de l’intérôt. Les couplets : Dans mon métier de tavernier , le duo syllabique qui les suit, l’imitation de l’orage par l’orchestre sont les parties les plus saillantes du premier acte. Le morceau capital du second acte et môme de tout l'ouvrage est le duo du déjeuner entre le roi et le pâtre. Le compositeur y a introduit un air national d’un beau caractère, lioger jouissait alors de tout l’éclat de sa voix sympathique et vibrante. 11 électrisait la salle en chantant
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cette phrase : L'ennemi a pâli. Le trio qui suit : Non, cen'est point un rêve, offre des harmonies suaves et distinguées. Le. chœur : Oui, cet hymen-là bientôt se fera, est en canon d’un joli effet. Le troisième acte contient encore deux beaux morceaux : l’air pathétique de Roger : Non, non, je n'ai pas le courage de désoler ainsi son cœur, et son duo avec Marie Pat tison.
Après ces ouvrages, le compositeur aborda, le G novembre 1818, notre première scène lyrique. Il apportait au théâtre de la Nation (Opéra) Jeanne ta Folle, opéra en cinq actes, écrit sur un livret de Scribe. La couleur générale de la pièce est d’une tristesse trop profonde et trop constante pour un opéra en cinq actes. L’orchestration de M. Glapisson l’emporte de beaucoup sur la partie vocale de l’ouvrage, qui a paru plutôt jolie que belle et dramatique, à l'exception du duo du second acte entre le roi Ferdinand et don Fadrique et du quintette final. Le chœur : La cloche sonne, qui ouvre le cinquième acte, a été remarqué
Clapisson, dans les années qui suivirent, fit encore jouer la Statue équestre( un acte, 1850), les Mystères d'Udo/phe (trois actes, 1852), et la Promise (trois actes, 1854), mais sans retrouver le succès de Gibby la cornemuse. La donnée de la Promise, qui fut représentée le 16 mars 1854, au théâtre Lyrique, est assez amusante, quoique un peu trop naïve. La musique est jolie, mais sans beaucoup de caractère. Il y a dans le premier acte deux phrases chantées successivement, puis en duo, qui sont une vraie trouvaille musicale. Le trio : Moi, vous aimer ! non pas ! est terminé par un joli ensemble syllabique. M"" Cabel a créé le rôle principal avec un grand succès. Elle s’est tirée avec éclat des vocalises les plus difficiles.
Ces compositions n'étaient pasd'un mérite assez émincntpourobtenir autre chose qu'une vogue passagère. Le musicien semblait découragé, quand sa nomination à l’Institut lui rendit confiance, et ranima son inspiration. C'est alors qu’il écrivit Fanchonnette, opéra-comique en trois actes, dont les paroles sont de MM. de Saint-Georges et de Leuven, et qui fut représentée au théâtre Lyrique le 1" mars 1856. Le dialogue est fin, semé de mots heureux ; les scènes sont bien disposées. Mais ce qui a fait surtout réussir la pièce, c’est la musique et l’interprétation merveilleuse de M“* Miolan-Carvalho. Nulle part mieux que dans le rôle de Fanchonnette, elle n’a montré la flexibilité et la souplesse de son talent d'actrice, aussi bien que sa vocalisation correcte et brillante. C’est aussi peut-être la meilleure partition de Clapisson. Le début de l’ouverture est tout à fait heureux; le duo
des deux clarinettes est d’un effet excellent. Les morceaux les plus saillants sont : la romance de Listenai : La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a, l’air de Fanchonnelte : Belle jeunesse, et la chanson qui sert de finale : La Fanchonnelte vous chansonnera ; la romance avec accompagnement de violon solo, qui commence le second acte : Chaque nuit je voyais en songe; la délicieuse romance du troisième acte : Près du fauteuil où la souffrance, et le beau duo chanté aussi par Fanchonnette déguisée en vieille et Listenai.
Le Sylphe, opéra-comique en deux actes dont les paroles sont de M. de Saint-Georges, fut représenté le 27 novembre de la même année (1836). L’instrumentation affecte dans cet ouvrage des coquetteries raffinées. L’emploi de la harpe, des flûtes et des violons con sordini est d'un heureux effet. La chanson du veneur, le petit duo d’Angèle et du chevalier, la romance du marquis, et un air chargé de vocalisations brillantes ont assuré une vogue passagère à cet ouvrage.
Margot, opcra-comiquc en trois actes, qui succéda au Sylphe (3 novembre 1837), ne réussit point, nonobstant les jolies choses que renferme la partition. Le public trouva étrange, sous la plume d’un membre de l’Institut, une imitation par la musique des bruits de basse-cour.
L’auteur fut plus heureux avec les Trois Nicolas, opéra-comique en trois actes, joué le 16 novembre 1838 à 1 Opéra-Comique. Dans la pièce, œuvre de Bernard Lopès et d'un anonyme, il s’agit d’une aventure de la jeunesse de Dalayrac, aventure singulièrement amplifiée, puisqu'on lui fait épouser au dénouement une chanoinesse, Hélène de Villepreux. L'acteur Trial est aussi mis en scène. Cette pièce, dite de galerie, a peu d'intérêt. Trois personnages se rencontrant à un rendez-vous, travestis et masqués, et prenant tous trois le nom de Nicolas, tel est le motif déterminant du titre de la pièce. Ce n’est pas assez. C'est dans cet opéra-comique qu'a débuté le ténor Monlaubry. lia conquis de suite le suffrage du public dans le rôle de Dalayrac. La partition, écrite avec beaucoup de souplesse et d'habileté, renferme entre autres morceaux intéressants de jolis couplets chantés au premier acte par Hélène, le duo de Dalayrac et du vicomte, celui de la leçon de chant dans le second, et dans le troisième le gracieux air d’Azémia : Aussitôt que je t' aperçois, intercalé dans l’ouvrage. Le caractère tendre et sentimental de la musique de Dalayrac a été reproduit avec assez de fidélité dans tout son rôle par le compositeur.
Terminons ce que nous avons h dire de l'œuvre lyrique de Clapis-