LOUIS NÉ EN 1801, MORT EN 18C0. — FRÉDÉRIC NÉ EN
Les frères Ricci peuvent être considérés comme les derniers représentants de l’opéra buffa. Ces deux ménechmcs de l’art musical ont écrit, soit séparément, soit en collaboration, un assez grand nombre d’ouvrages d’une veine facile, peu fière, mais souvent très-amusante.
L’alné, Louis Ricci, naquit à Naples en 1808, et se distingua dès l'enfance par un goût prononcé pour la musique. Ses heureuses dispositions ne purent que se développer au conservatoire de San-Pielro à Mojella, où il fut admis avec son frère. Après y avoir étudié l'art du chant et de l’accompagnement , il suivit le cours de composition de Zingarelli. A l’âge de vingt ans, en 1828, Louis Ricci fit exécuter sur le petit théâtre de cette école, l 'Imprésario in awjustie, son premier opéra. L’Orfanello di Ginevra, drame musical écrit dans la même année pour le théâtre Valle de Rome, réussit complètement.
Les deux frères confondirent alors leurs inspirations, et de celte collaboration sortirent trois opéras qui n'eurent aucun succès : Il Sonnambiilo, donné à Rome en 1829 ; YErvina del Messico, ossiail Fernando Cortès, représenté au théâtre Tordinone de la même ville (9 février 1830), et il Colombo, joué à Parme vers cette époque. Ces trois échecs consécutifs décidèrent Louis et Frédéric Ricci à tirer chacun de son côté. Ils devaient plus tard réunir de nouveau leurs efforts. En attendant, Louis donna à Turin son Annibole in Torino (1831) et à Milan, dans la môme année, Cbiara di Roseinberg, opéra en deux actes. Cette œuvre obtint une vogue très-considérable dans toute la Péninsule et jusqu’à l’étranger. On l’a entendue aux Italiens de Paris en février 1833, interprétée par Tamburini, Santini et M,u Judith Grisi. Le sujet, d'une couleur assez lugubre, est tiré d'un roman de M” de Genlis, intitulé : Le Siège de ta Rochelle. En France on a peu goûté les scènes comiques intercalées dans l'action qui est loin d’avoir ce caractère. Le trio des basses a réussi en Italie parce qu’un
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des personnages parle un patois qu’on rend tour à tour napolitain, bolonais ou milanais, selon qu’on joue l’opéra à Naples, à Bologne ou à Milan. 11 y a aussi un joli duo qui a été chanté par Tamburini et Santiui.
Les succès et les chutes semblaient alterner régulièrement dans la carrière dramatique de Louis Ricci. S’il ne fut pas heureux avec la Neva, opéra en trois actes donné à Milan en 18132, il se releva dans 11 Diavolo condannato a prender mnglie (le Diable condamné à prendre femme), ouvrage représenté la même année et fort bien accueilli à Naples, à Rome, à Milan et à Venise.
Au carnaval de 1833 il Nuovo Figaro fit fureur à Parme et réussit également dans toute l'Italie et jusqu’à Berlin et à Vienne. Nous ne citons que pour mémoire, à la suite de cet ouvrage, la Gabbia de' matti (l’Hôpital des fous) et i Due Sergenti, deux productions qui n’étaient point nées viables. Mais le compositeur allait faire oublier ses dernières déconvenues théâtrales en écrivant son chef-d’œuvre : lii avvenlura di Scaramuccia, opéra bouffe en trois actes joué à Milan en 1834. On y trouve une musique gracieuse, bien écrite pour les voix, une orchestration vive et élégante. La partition ne compte pas moins d’une vingtaine de morceaux parmi lesquels on a remarqué le tcrzelto pour voix d'hommes : La scenaè un mare, l’air de basse '.Son Tommaso, le duetto pour voix de femmes : Le più leggiudre et le joli duo: Se vuol far la banderuola, pour soprano et baryton. Au mois de juin 1842, une traduction française de cet opéra, due à la plume de M. de Forges, a été représentée sur le théâtre de Versailles.
Louis Ricci vit encore la vogue s’attacher à l’ouvrage qu’il donna à Turin vers la fin de 1834 sous ce titre : Erano due, or son ire. Mais il n’en fut pas de même pour Alodino qui échoua à Naples. La Dama colonello fut reçue avec quelque faveur. Toutefois l’artiste n’eut pas longtemps àse réjouir, car Varia di Montalban ellaServa el l'Ussaro tombèrent à plat. 11 crut alors conjurer la mauvaise influence acharnée contre ses œuvres en s’unissant de nouveau à son frère Frédéric. Cette collaboration produisit il üisertore Svizzero donné à Naples avec quelque succès, et le célèbre opéra bouffe de Crispino e la Comare (Naples, 1836). Cette pièce appartient au genre de la farce italienne qu’on jouait autrefois sur le théâtre de la Foire Saint-Laurent, ce qui ne l’empêche pas d’être fort amusante. La partition est remplie de motifs agréables ; la musique est tout à fait scénique, toujours vive et sémillante. Ces qualités brillent surtout dans l’air de la femme de
Crispino, marchande de chansons : lstorie belle a legere, et dans le duo entre Crispino et Annetta dont la strette est d'une gaieté communicative. Le trio du second acte, entre Crispin, le pharmacien Mirobolan et le docteur Fabrice, est le meilleur morceau de l'ouvrage. On a encore remarqué le brindisi en patois vénitien : Piero tniro, go qua tma fritola, et le rondo final chanté par Annetta. L’œuvre des deux Ricci a été jouée au théâtre Italien de Paris le 4 avril 1863.
La dernière composition dramatique de Louis Ricci fut un opéra bouffe en deux actes intitulé: Chi dura vince , et représenté à Milan en 1837. Cet ouvrage, dont on peut traduire le titre par Labor improbus omnia vincit, ou par Tout vient à point à qui sait attendre, cet ouvrage, disons-nous, réussit pleinement et ferma avec éclat la carrière scénique du maître. Depuis ce moment en effet il cessa d’écrire pour le théâtre et se consacra tout entier à scs doubles fonctions de maître de chapelle de la cathédrale de Trieste et de directeur de musique au théâtre de cette ville. R y avait vingt ans que Louis Ricci s’acquittait de ces emplois quand ses facultés mentales s’altérèrent dans l’été de 1857. Sa famille le fit placer dans l'hôpital des aliénés de Prague où il mourut au bout d’environ dix-huit mois (1" jan vier 1860).
Frédéric Ricci, plus jeune d’un an que son frère, naquit en 1809 et fit, comme lui, ses études musicales à San-Pietro à Majella. Mais, son éducation une fois terminée, il parut se vouer d’abord au professorat. Ce fut le succès de son aîné à Rome qui le détermina à aborder, lui aussi, la composition dramatique. Nous avons vu précédemment quels ont été les fruits de la collaboration des deux Ricci. Seul, Frédéric fit jouer à Venise en 1833 Monsieur Desc/ialumeaux dont le livret a été traduit d'une vieille pièce française, ouvrage dont le succès se répéta sur toutes les scènes de la haute Italie. L’auteur rentra ensuite dans le silence et se livra pendant quelques années à l’enseignement du chant. Il sortit enfin de son repos et donna à Trieste en 1838 la Prigione d'Edimbourg. La vogue qui accueillit ce second essai était bien propre à encourager le maître. Cependant Un duello sotto Richelieu (Milan, 1839) ne réussit pas. Nous en dirons autant de Michel Angelo e Rolla joué à Florence en 1841 ; mais Frédéric Ricci trouva un dédommagement à ces deux chutes dans l’enthousiasme qui accueillit l’année suivante à Milan Corrado d Altamura, opéra séria en trois actes représenté depuis au théâtre Italien de Paris (en mars 1844). Cet ouvrage, dont le style n’a rien de commun avec le genre bouffe, renferme des mélodies élégantes et bien écrites pour les
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voix. Le morceau le plus saillant, et réellement distingué, est la prière à trois voix dont le caractère est fort religieux. La cavatine : Ohl cara tu sei, fait partie du répertoire des chanteurs.
Frédéric Ricci avait donné dans Corrado <t Altamura la mesure de la plus haute élévation à laquelle il pût atteindre. Dès lors en effet son inspiration ne fait plus que décliner, et c’est uniquement pour être complet, que nous mentionnons ses dernières productions: Vallomhra, habe/la de' Medici et Estella di Murcia (1846). Depuis qu’il a quitté la scène, ce compositeur a été successivement directeur de musique des théâtres de Madrid et de Lisbonne. Il a été ensuite appelé en Russie. En 1838, il assistait^ Prague au cinquantième anniveraiirc de la fondation du conservatoire de cette ville. C'est à cette occasion qu'il lui fut donné d’apprécier les soins rendus aux aliénés dans l’hôpital des fous de Prague, et qu’il résolut d’y faire entrer son frère Louis Ricci dont la raison s’était égarée.
Outre ses opéras, Frédéric Ricci a composé des recueils d'ariettes italiennes et des albums pour le chant.
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