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Comme tous les mélodistes, M. Félicien David met en relief presque constamment deux parties, le chant et la basse. Les parties intermédiaires sont, la plupart du temps, désaccords de remplissage, et ne contribuent à l'ensemble que par des effets de sonorité. Ce n’est pas que l’instrumentation de ses partitions ne soit fort intéressante ; au contraire, de tous les compositeurs contemporains, M. David est, avec M. Berlioz, celui qui donne à l’orchestre le plus d’intentions. Nous ajouterons même que l’auteur du Désert le fait parler avec plus de précision, de simplicité et de clarté que l’auteur des Troyens. Mais nous envisageons ici la composition harmonique, et la forme que revêtent les inspirations du maître. Cette forme, d’ailleurs, est actuellement la plus saisissable pour le public.

Un succès plus grand que celui d ' Hercttlanum, et qui consacra définitivement les droits deM. Félicien David à la gloire de compositeur dramatique, fut le succès de Lalla-Roukh, opéra en deux actes, donné à l’Opéra-Comiquc le 12 mai 1802. L’originalité du poëme que MM. Hippolyte Lucas et Michel Carré avaient emprunté à Thomas Moore, le lieu de l’action, la poésie vague de certaines situations, l'indécision même des caractères, tout semblait concourir à favoriser l’inspiration du musicien. Aussi cet ouvrage réussit-il comme il devait réussir. Lalla-lloukh ( joue de tulipe en langue indienne), lille d’un sultan des Indes, se rend de Delhy à Cachemire pour épouser le tils du roi de la Ï'etitc-Boukharic. Elle est accompagnée par un homme de confiance, un eunuque nommé Baskir, lequel, chargé de veiller sur la princesse, s’acquitte assez mal de ses délicates fonctions. Four charmer les ennuis du voyage, une sorte de trouvère indien chante à Lalla-Roukh des romances si tendres, et elle les écoute avec tant de plaisir, que son cœur n’est plus libre au moment où elle touche au but de son voyage. Fort heureusement, comme dans Jean de Parit, le compagnon de route de la princesse n’était autre que le jeune prince de Boukharie qui avait voulu connaître quels sentiments il pouvait inspirer à sa fiancée. Après une délicieuse introduction : C’est ici le pays des roses , et les couplets de Baskir dont le rhylhme est heureux, le morceau le plus saillant du premier acte est la suave cantilène de Nourreddin : Ma maîtresse a quitté la tente. Les couplets de Mirza : Si vous ne savez plus charmer , avec leur petit allegro, ont aussi beaucoup de grâce. Au deuxième acte, l’air de Lalla-Roukh : O nuit d'amour! est d’une poésie inspirée. Nous aimons moins l’aile— gretto qui le suit et qui manque de distinction. Loin du bruit, loin du monde , est un des plus jolis duettinos qu’on entende au théâtre.

Les couplets : Ah ! funeste ambassade! et le duo bouffe : Tout ira bien demain, sont aussi des morceaux parfaitement réussis.

La dernière œuvre lyrique de M. Félicien David, au moment où j'écris, est le Saphir, opéra-comique en trois actes dont les paroles sont de MM. de Leuven, Michel Carré et Hadot ; il a été représenté à l’Opéra-Comique, le 8 mars 1865. Les librettistes ont dépecé la comédie du vieux Shakespeare : Tout est bien qui finit bien, et en ont assez facilement tiré une pièce amusante. La partition offre des morceaux agréables, mais aussi des parties auxquelles l'inspiration a fait défaut. On distingue un beau chœur au commencement du premier acte; un joli duo : Le temps emporte sur son aile, une chanson pleine d’entrain de Fiammetta, un bon quatuor scénique, un chœur de matelots et la sérénade du ténor dans le second acte ; enfin au troisième, l’air de danse béarnais, et l'air du comte : C'est pour vous seule, Hermine.

La seconde moitié de la vie de M. Félicien David a été plus heureuse que la première. Officier de la Légion d’honneur depuis 1862, pensionné de la liste civile, il a vu enfin les corps officiels et le souverain lui-même rendre justice à son mérite. L’Académie vient récemment de décerner le prix de 20,000 francs, dont elle dispose, à l’auteur de Lalla-Roukh et d' Herculanum. Mais, à l'âge de M. David, les distinctions honorifiques et autres doivent être moins une récompense qu’un stimulant, et nous nous plaisons à attendre de lui de nouvelles œuvres qui soutiennent l’honneur de l'école française.

SCHUMANN

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