LILIA
Je venais, sur ces froides pierres,
Prier pour la reine et pour vous,
Et pour celui qui, chez nos frères.
Bientôt doit être mon époux.
Faible et dans l'ombre retirée.
Que pouvez-vous craindre de moi ?
Ah! iaissez-moi vivre ignorée.
Avec mon amour et ma foi.
Enfin, le Credo, imité de celui des Martyrs, que chante la jeune chrétienne.
Cet opéra n’a point d’ouverture. Le compositeur s’est contenté d’annoncer le lever du rideau par une introduction dont le motif principal, exécuté successivement par les violoncelles et la flûte, est accompagné par les harpes. La romance ; Dans une retraite profonde , est le premier morceau qui excite l’intérêt. La mélodie, d’une simplicité calme et toute virginale, est gracieusement ornée d'un accompagnement de cor anglais. L'andante en la : Noble Hélios, en ton absence, chanté par Olympia, n’a rien de remarquable; mais la phrase du ténor qui en accompagne la fin, exprime bien l'étonnement et la surprise des sens du jeune chrétien.
LES MUSICIENS CËLÈBtlES.
C'est surtout dans l’air de l’extase que le compositeur a le plus travaillé son instrumentation. Pendant qu’Hélios vide la coupe, les gammes chromatiques du quatuor con sordini se succèdent, et il faut convenir qu’il y a là une difficulté d’exécution qui rendra presque toujours ce passage scabreux et d’une justesse douteuse ; d’autant plus que ces instruments jouent des traits de huit triples croches sur des sixaines jouées par les harpes. Le reste de l’air est d’une couleur poétique délicieuse. Le petit chœur syllabique des chrétiens qui ouvre le second acte offre une jolie modulation en sol bémol. La prière qui suit est sans accompagnement, bien traitée pour les voix, et la phrase dite en écho par les ténors produit un agréable effet. Comme nous l’avons dit plus haut, le morceau qui nous parait le plus dramatique est le duo entre Lilia et Nicanor. L'inspiration y règne d’un bout à l’autre. Ce n’est qu’une suite de phrases bien accentuées et allant droit au cœur, surtout dans la partie de Lilia. Cependant quelques modulations viennent étonner l’oreille. La substitution du ré bémol à Y ut dièse, pour obtenir un repos en ut par le moyen de la sixte augmentée, est loin d’amener un résultat satisfaisant. L’air de la vision où se trouve la jolie phrase : Je veux aimer toujours dans l'air que tu respires, est poétiquement accompagné par une première harpe à l’orchestre et une deuxième harpe dans la coulisse. Parmi les airs du ballet, nous appellerions volontiers l'attention sur le joli motif en la mineur, dit par les violons dialoguant avec la première flûte et accompagnant le pas des Grâces et des Muses. Le talent de M. David se distingue particulièrement par un emploi original du rhythme. La bacchanale en fournit une nouvelle preuve ; la répétition persistante du mot Evoe lui donne le caractère étrange et tourbillonnant qui convient à cette sorte de divertissement. Quant au Credo, dont la mélodie est large et religieuse, nous croyons qu’on préférera l’accompagnement de la seconde strophe à celui de la première qui se compose des cors, bassons, clarinettes et flûtes. 11 fallait la voix exceptionnellement puissante de M”* Guevmard pour triompher de cet orgue artificiel. Sans être aussi remarquable que le duo du deuxième acte, celui du quatrième, entre Lilia et Hélios, a de grandes qualités mélodiques et scéniques. C’est Hélios qui le commence : Dieu ne m'a pas frappé, cette plaine est couverte de débris et de morts, et il produit de l'effet.
Malgré les défauts du poème et les réminiscences des situations, nous le répétons, la conception musicale de M. Félicien David est grande et belle. Elle possède tous les caractères qui doivent lui assurer son maintien au répertoire de l’Opéra.
DAVID