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Si M. de Flottow n'avait écrit que les ouvrages signalés ci-dessus, il ne serait pas sorti de la ligne des musiciens amateurs. Il est, en effet, assez facile à un homme qui a de la fortune et une grande position sociale de décider un imprésario à monter ses œuvres; il lui est plus facile encore d’obtenir des applaudissements de politesse d’une salle convenablement composée. Cela ne tire pas à conséquence pour l’art. Toutefois, en 1817, l'auteur de la Duchesse de Guise et du Forestier, au lieu de cette veine de bravos bénévoles, rencontra une vogue franche, un succès de bon aloi. En 1813, il avait composé, pour notre Opéra, en collaboration avec MM. Burgmllller et Deldcvez, un ballet eu trois actes intitulé : Lady Henriette. De ce ballet, remanié par le compositeur, sortit un opéra en quatre actes qui fut joué à Vienne, sous le titre de Martha, en décembre 1847, et qui porta aux nues le nom de M. de Flottow. C’est son chef-d’œuvre, sans être un chef-d’œuvre proprement dit. Le livret, allemand à l’origine, a été traduit d'abord en italien et réduit à deux actes, puis en français pour le théâtre Lyrique. Dans la pièce allemande, l’action se passe sous le règne de la reine Anne, c’est-à-dire au commencement du dix-huitième siècle ; le livret italien la place au quinzième siècle, et la version française semble la mettre aune époque beaucoup plus rapprochée de nous. Le sous-titre de l’ouvrage : Le marché de Richmond, indique jusqu’à un certain point le sujet.
11 existe à Richmond, comme dans certaines parties de l'Alsace, une foire aux servantes où les jeunes filles de la campagne viennent chercher qui les loue. Mues par je ne sais quel vertigo, deux grandes dames, dont l’une est lady Henriette, imaginent de revêtir un déguisement campagnard et de se rendre à ce marché, accompagnées de lord Tristan de Mickleford qui est déguisé comme elles. Mêlées à la foule des servantes en quête d’une place, nos deux aventurières de qualité attirent bientôt l'attention de deux jeunes gens, Lionel et Plumkett, qui font marché avec elles devant le shérif et les emmènent chez eux. Il n'y a plus à se dédire, lord Tristan a beau protester ; voilà nos héroïnes filles de ferme sous le nom de Martha et de Betzy. Mais comment faire pour soutenir un pareil rôle quand on ne l’a jamais joué? Leur inexpérience éclate quand elles sont mises en présence d’un rouet : ce qui donne lieu dans la partition à un des plus jolis quatuors qui soient au théâtre. Les deux jeunes gens deviennent amoureux des deux mystérieuses servantes. Un moment attendrie par les soupirs de Lionel, Marlha ne peut lui refuser une rose quelle porte et qu'il demande instamment. C’est ici que le compositeur a
introduit une délicieuse mélodie irlandaise. La Romance de la Rose, si populaire en Europe, a été empruntée aux Irish Mélodies du poète