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casser un violon sur la tête d'un musicien de son orchestre. Nous ne l’approuverions pas si le fait était hors de doute. On sait à quel point une fausse note peut exaspérer l’homme le plus doux quand il a le malheur d’être pourvu d’une oreille trop délicate. Choron a bien brisé un orgue de Barbarie en pleine rue; M. Duprez, son élève, raconte même qu’il l’a vu se battre dans son magasin de musique contre un client qui préférait à Palestrina je ne sais quel faiseur de contredanses. Quant au coup de pied traditionnel donné, dit-on, par Lulli à M'1* Le Rochois alors dans une position fort peu intéressante, c'est une histoire qui me semble inventée à plaisir, car j'ai vu attribuer ce fait brutal à une vingtaine de compositeurs célèbres. Pour faire une phrase et peindre en traits violents un caractère énergique, certains écrivains ne reculent devant aucune calomnie et vont même jusqu’à accuser d’homicide par imprudence des gens qui peut-être n'ontdonné de leur vienne chiquenaude à qui que ce fût.
Rappelons-nous aussi dans quelles conditions était alors le théâtre de l'Opéra; combien il devait être difficile de morigéner des artistes qui, pour la plupart, n’étaient pas musiciens et qu’il fallait envoyer chercher au cabaret au moment de la représentation. C'est un mérite assurément que d'avoir constitué une bonne troupe d’acteurs lyriques dans un pays réduit auparavant à demander des virtuoses à l’Italie, et, pour l'obtenir, il a fallu à Lulli beaucoup de persévérance et de force de caractère.
Lulli tomba malade quelque temps avant la représentation de son opérad’jdrnijrfe. Son confesseur ne consentit, dit-on, à lui donnerl’absolution qu’à la condition qu’il ferait un auto-da-fé de sa partition. Le même jour, le prince de Conli vint voir le malade et ne put s’empêcher de regretter tout haut la perte d’un si bel ouvrage : m Raix, paix, monseigneur, répondit Lulli; je savais bien ce qucje faisais; j’en avais une autre copie. » Outre le prince de Conti, le spirituel Baptiste, d’un caractère vif et enjoué, avait encore l’honneur de compter parmi ses amis d’antres seigneurs delà cour, et non, malheureusement, les mieux famés ; ce qui a pu contribuer à jeter un vilain vernis sur sa réputation. L’un d’eux était ce chevalier de Lorraine, l’équivoque favori de Monsieur et l’empoisonneur présumé de la duchesse d’Orléans. C’est à lui que madame Lulli disait pendant la maladie de son mari : « Oh ! vraiment, vous êtes fort de ses amis ; c’est vous qui l’avez enivré le dernier et qui êtes cause de sa mort. — Tais-toi, ma chère femme, reprit Lulli que sa gaieté n’avait point abandonné, si j’en réchappe, ce sera lui qui m’enivrera le premier. »
Le 8 janvier 1687 l’artiste faisait exécuter aux Feuillants de la rue Saint-Honoré un Te Deum composé pour la convalescence de Louis XIV. Dans le feu de l'excculion, il se frappa le bout du pied avec son bâton de mesure. Un abcès de la nature la plus maligne en résulta. Le mal gagna rapidement tout le pied, puis la jambe. L’amputation aurait pu sauver le malade ; mais Lulli, répugnant à l’opération proposée par le chirurgien, préféra se remettre aux mains d’un empirique qui se faisait appeler le marquis de Carrelle. Les soins de ce charlatan furent impuissants à combattre la gangrène de jour en jour plus effrayante, et le malheureux compositeur expira à Paris le 22 mars 1687. 8a famille lui fit élever dans une chapelle de l’église des Petits-Pères un magnifique mausolée sur lequel on grava lepitaplie suivante due à la plume du poète Santeuil :
Perfida mors, iuimka, audax, temeraria et exeors,
Crudelisquc, et cccca probris te absolvimus islis,
Non de te querimur; tua sinl hæc intima magna.
Sed quaudo per le populi regisque voluptas,
Non aille auditis rapuit qui cantibusorbcm,