JULIETTE
Déjà partir ! déjà I mais le jour est encore loin de parallre ! Ion oreille épouvantée a cru entendre l'alouette matinale; c'était le rossignol qui chantait. Il vient toutes les nuilschanlersous ma fenêtre; il se cache dans le feuillage de ce grenadier. Mon bien-aimé, crois-moi, j'en suis bien sûre, c'était le rossignol.
hoiiêo.
Non, c’était l'alouette, la messagère de l'aurore! l'alouette et non le rossignol ! Vois-lu, bien-aiméc, ces rubans de feu qui sillonnent l'horizon à l'orient ; ces (lammcs jalouses qui déchirent les nues ! La nuit a brûlé scs derniers flambeaux ; le malin joyeux se dresse et rayonne à la cime des menls ! Il fjul te quitter et vivre, ou rester ici cl mourir!
Ici le compositeur semble avoir dépassé le but. Au lieu de celte ivresse pleine de fraîcheur, de jeunesse naïve et de poésie, il a trouvé la note âpre, presque sauvage de la passion effrénée ; à la vérité, quelques jolies phrases traversent cette scène, mais les accords de septième renversée, les dissonances prolongées offrent des effets tellement stridents qu’on éprouve du malaise sans compensation ; c’est, en un mot, de la musique réaliste ; toute beauté, toute conception idéale disparaissent ; une sensation pénible et d’un ordre secondaire les remplace. Dans des situations aussi fortes, fendez-moi le cœur, si vous pouvez, mais, au nom de l'art ! ne me déchirez pas l’oreille.
Du cinquième acte nous ne dirons rien, sinon qu'aux prises avec les situations les plus fortes du drame anglais, le musicien les a interprétées avec une rare intelligence et une science consommées.
Si M. Gounod s’était abandonné plus librement à ses facultés natives, s’il se fût contenté d'être un très-bon musicien, un artiste passionné et convaincu, il esi probable qu’il eût donné des ouvrages plus remarquables encore que ceux qu'il a produits, des œuvres tout à fait supérieures et qui eussent défié toute critique; les théories imaginées et propagées depuis vingt ans par quelques gens d’esprit l'ont préoccupé outre mesure, et évidemment gêné et troublé. Il a cherché à concilier tout ce que la meilleure tradition musicale a mis à sa dispo-
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sition avec les hardiesses de la musique dite de l’avenir et d'un ordre d'idées qu'il serait plus juste d’appeier le désordre des idées.
Comme nous le disions plus haut, il n’est guère, dans l'art musical, de province qui soit demeurée fermée à M. Gounod. Outre ses opéras et ses opéras-comiques, il a écrit de la musique d’Kglise, des sym phonies exécutées avec succès à la Société des concerts du Conservatoire, des chœurs pour Y Orphéon, dont il a été directeur de 1852 à 18G0, enfin des mélodies nombreuses parmi lesquelles il en est une, lu Sérénade, que tout le monde a chantée et chante encore. M. Gounod est un musicien d’un très-grand talent, habile et heureux : un pas de plus, et il sera « de la famille » comme disait de lui-mème M. Ingres, en contemplant un tableau de ltaphaêl.
OFFESBACH