‹ Les musiciens célèbresChapitre 142 sur 153 · PAGE · texte numérisé non relu

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Nous avons indiqué sommairement la cause de l’animosité de La Fontaine contre Lulli. Comme nous croyons que cette circonstance a été le point de départ des imputations plus que malveillantes fuites à sa mémoire, laissons la parole au fabuliste, d'ailleurs aussi inconstant dans ses haines que dans ses amours.

Le Florentin Montre à la fin Ce qu’il sait faire.

Il ressemble à ces loups qu'on nourrit, et fait bien;

Car un loup doit toujours garder son caractère,

Comme un mouton garde le sien.

J'en étais averti : Ton me dit: Prenez garde;

Quiconque s’associe avec lui, se hasarde;

Vous ne connaissez pas encor le Florentin :

• C'est un paillard, c’est un m&tin

Qui tout dévore,

Happe tout, serre tout, il a triple gosier.

Donnez-lui, fourrez-lui, le glou demande encore ;

Le roi même aurait peine à le rassasier.

Malgré tous ces avis, il me fit travailler.

Le paillard s’en vint réveiller lin enfant des neuf Sœurs, enfant A barbe grise Qui ne devait en nulle guise Être dupe ; il le fut, et le sera toujours:

Je me sens né pour être en butte aux méchants tours.

Vienne encore un trompeur, je ne tarderai guère.

Celui-ci médit: Veux-tu faire Prestô, prestô, quelque opéra ;

Mais bon ? Ta muse répondra Du succès par devant notaire.

Voici comment il nous faudra Partager le gain de l’affaire.

Nous en ferons deux lots, l’argent et les chansons.

L’argent pour moi, pour toi les sons ;

Tu t’entendras chanter, je prendrai les testons.

Volontiers je paye en gambades ;

J’ai huit ou dix triveünades

eus

NOTE SL R Ll'LLI.

Que je sais sur mon doigt; cela joint à l'honneur De travailler pour moi, te voilà grand seigneur.

Peut-être n’est-ce pas tout à fuit sa harangue;

Mais s'il n'eut ces mots sur la langue,

U les eut dans le cœur. Il me persuada.

A tort, à droit me demunda Du doux, du tendre et soinblables sornettes,

Petits mots, jargons d’amourettes,

Confits au miel ; bref il m'enquinauda.

Je n’épargnai ni soins ni peines Pour venir à son but et pour le contenter.

Mes amis devaient m'assister :

J’eusse en cas de besoin disposé de leurs veines.

Des amis, disait le («loulou,

Eu a-t-on?

Ces gens te tromperont, ôteront tout le bon,

Mettront du mauvais en la place.

Tel est l’esprit du Florentin,

Soupçonneux, tremblant, incertain,

Jamais assez sûr de son gain.

Quoi que l'on dise ou que l’on fasse.

Je lui rendis en vain sa parole cent fois.

Le B..... avait juré de m’amuser six mois.

Il s’est trompé do deux : mes amis, de leur grâce,

Me les ont épargnés, l'envoyant où je crois Qu’il va bien sans eux et sans moi.

Voilà l’histoire en gros ; le détail a des suites Qui valent bien d’étre déduites :

Mais j’en aurais pour tout un an,

Et je ressemblerais à l'homme de Florence,

Homme long à compter, s’il en est un en France.

Chacun voudrait qu’il fût dans le sein d'Abraham ;

Son architecte et son libraire.

Et son voisin et son compère,

El son beau-père,

Sa femme et ses enfants, et tout le genre humain,

Petits et grands, dans leurs prières Disent, le soir et le matin :

Seigneur, par vos bontés pour nous si singulières,

Délivrez-nous du Florentin.

Lorsqu’elle fut connue, on ne vit dans cette satire qu’une marque de rancune contre Lulli, une preuve du dépit que causait, cher le poète, l’insuccès de ses tentatives lyriques. Il fut blâmé par ses amis mômes, entre autres par de Thiange. La Fonta ne chercha à se justifier dans une aulre pièce de vers adressée à celle-ci :

Vous trouvez que ma satire Eût pu ne se point écrire,

Et que tout ressentiment,

Quel que soit son fondement,

La plupart du temps pout nuire,

Et ne sert que rarement.

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