‹ Les musiciens célèbresChapitre 17 sur 153 · SCARLATTI · texte numérisé non relu

SCARLATTI

Rome les leçons de Carissimi. Quoi qu’il en soit, ce qui est indubitable, c’est que son éducation musicale fut très- soignée, et que l’étude des chefs-d’œuvre de l’école romaine n’y fut pas étrangère. Quand il arriva à Naples, il possédait un talent remarquable à la fois comme chanteur, comme harpiste et comme claveciniste. Les renseignements biographiques sur ce maître font défaut jusqu’à l’année 1080, époque à laquelle il fit représenter à Rome, dans le palais de l’ex-reine de Suède, Christine, son opéra l'Onestà ncll ’ amore. Il est douteux cependant que cet ouvrage n’ait été précédé d’aucun autre, quoique ce soit le premier que nous connaissions du compositeur. On doit plutôt penser que Scarlatti s’était déjà acquis quelque réputation lorsqu’on le chargea d’écrire pour le théâtre particulier de la reine de Suède. L’auteur de YOnestd nell' amore alla-t-il ensuite, comme on l’a dit, à Munich et à Vienne? Cela est peu probable; tout porte à croire, au contraire, qu’il ne quitta point l’Italie, où le retenait son titre de maître de chapelle de Sa Majesté la reine de Suède. Cotte qualité est celle qu’il prend sur la couverture du livret de Pumpeo, joué au palais royal de Naples, le 30 janvier 168i. Après cet opéra, il y a, dans la vie de notre musicien, une nouvelle lacune d’informations qui s’étend jusqu’à l’année 1093, date de la représentation de l'oratorio intitulé / dolori di Maria sempre verginc , écrit pour la congrégation des Sept-Douleurs. L’auteur donna à Rome, dans la môme année, l’opéra de Teodora. Entre autres nouveautés originales pour le temps, cet ouvrage offre le premier exemple du retour au motif principal des airs après la seconde partie, et l’introduction de l’orchestre employé pour accompagner le récitatif, qui précédemment était soutenu sans interruption par la basse.

Api •ès la mort de Christine (1088), Scarlatti fut, selon toute apparence, nommé maître de la chapelle royale de Naples. Du moins le voit on travailler sur commande officielle et refaire, par ordre du \iceroi, quelques airs de YOdoacre du Legrenzi. La partition restaurée par ses soins fut exécutée le 5 janvier 1694, au théâtre San Bartolomeo, de Naples. Le compositeur, avec une rare modestie, avertit le lecteur du livret « que les airs refaits par lui sont marqués d’un astérisque, afin que ses fautes ne soient pas préjudiciables à la réputation de Legrenzi, dont la gloire immortelle est pour lui l’objet d’un respect sans bornes. »

\Y Odoacre, succédèrent Pirro e Demetrio (Naples, 1697), Il pri gioniero fortunalo( 1698), Gli equivochi ncl semblante (Rome, 1700), Eraclea (1700), les Nozze col nemico , Il Mitridate Enpatore , et

enfin, Landicea e Bérénice (Naples, 1701). Cet ouvrage renferme un air admirable pour ténor et violon obligé ; malheureusement, il ne se trouva pas de violoniste capable de l’exécuter ; Corelli lui-méme n’y réussit point ; aussi Scarlatti, lors de la reprise de son opéra à Home, en 1703, fut-il forcé d’écrire un autre air, qui est loin de valoir le premier.

Ces compositions avaient porté très-haut le nom de l’artiste sicilien. Avec la célébrité vinrent les charges et les honneurs. Il est d’abord appelé à seconder Antoine Foggia dans les fonctions de maître de chapelle de Sainte-Marie-Majeure (31 décembre 1703). Il devient titulaire de cette maîtrise au mois de mai 1707. Déjà il avait été chargé de diriger la musique du cardinal Ottoboni. Le pape lui accorde la décoration de l’Éperon d’or. Enfin, après la conquête des Deux- Siciles par les Impériaux, on le voit revenir à Naples avec le titre de maître de la chapelle royale (1709).

Doué d’une prodigieuse facilité, Scarlatti n’a pas écrit moins de cent douze ou cent quinze opéras. Une note qu’on lit en tête du Tigrane, représenté en 1713, c’est-à-dire dix ans avant la mortdu compositeur, nous apprend que cet ouvrage est le cent-sixième qu’il met sur la scène. Tous ne nous sont point parvenus parce que l’usage de graver les partitions était alors peu répandu en Italie; mais dans ceux que la postérité peut connaître, elle admire un vaste savoir, uni à une riche imagination, des modulations hardies et toujours bien écrites pour les voix. Indépendamment de sa production dramatique, le fécond musicien a composé une dizaine d oratorios, des messes dont on porte le nombre à deux cents, et une foule incalculable de morceaux, tels que madrigaux, duos, sérénades, cantates, toccates, etc.

Une des gloires de Scarlatti, cl non la moindre, c’est d’avoir rendu d’immenses services à l’enseignement de la musique dans les écoles de Saut' Onofrio, dei Poveri di G es à Ciisto et de Loreto. Quand il mourut, le 24 octobre 1725, la patrie napolitaine perdit une de ses plus nobles illustrations. Mais l’artiste laissait un fils qui fut Domcnico Scarlatti; il laissait des élèves qui s'appelaient Logroscino, Durante, liasse ; pour changer de mains, le flambeau ne cessa pas de briller,

Et quasi cursores vital lampada Iradunl.

Ce Domcnico Scarlatti, son fils, mériterait dans ce livre autre chose qu'une simple mention. Il fut un des plus habiles clavecinistes de son temps et de tous les temps ; car les pièces de clavecin ne sont plus

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jouées que sur le piano. Nos pianistes dont le goût n'a pas été dépravé par les tours de force et les arpèges de sept octaves, exécutés de manière li faire entendre le plus de notes dans le moins de temps possible, ces rares pianistes trouvent encore beaucoup de charme h jouer la musique de Scarlatti, qui, loin d'étre, comme on dit, l’enfance de l’art, témoigne au contraire d’une science consommée et d’un goût plein de finesse et de grâce.

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Michel-Richard de Lalande, qui mourut surintendant de la musique de Louis XV, après avoir déjà occupé ces fonctions sous Louis XIV, ne dut qu’à son talent de s’élever de la condition obscure où l’avait placé sa naissance, et d’atteindre à une gloire solide et durable. Né à Paris, le 15 décembre 1637, il était le quinzième enfant d’un pauvre tailleur. La beauté de sa voix le fit admettre comme enfant de chœur à l'église Saint- Germain-l’Auxerrois. Là, il eut pour maître de chant Chaperon. Son zèle pour l’étude était tel qu’il donnait au travail la plus grande partie de ses nuits ; il apprit presque sans le secours de personne à jouer du violon, du clavecin, de la basse de viole et de plusieurs autres instruments. A quinze ans, nu sortir de la maîtrise où l’altération de sa voix causée par la mue ne lui permettait plus de rester, il fut recueilli par un de ses beaux-frères, qui chaque semaine organisait de petits concerts afin de lui fournir l’occasion de mettre ses talents en lumière. A cette époque de sa vie, Lalande jouait du violon mieux que de tout autre instrument; cependant, Lulli ayant refusé de l'admettre dans son orchestre, le jeune musicien en conçut un tel dépit qu’il brisa son violon et qu’il se mit dès lors à étudier l’orgue. Ses progrès rapides lui valurent d’être appelé à exercer les fonctions d’organiste à la fois dans quatre églises différentes, à Saint- Gervais, à Saint-Jean, chez les Jésuites et au petit Saint-Antoine. Pour comprendre le cumul de ces places, il faut savoir qu’à cette époque

les organistes étaient attachés à une église par quartier, c’est-à-dire qu’il y avait souvent quatre organistes titulaires pour la môme église, jouant chacun successivement pendant trois mois. Il fut aussi chargé par le P. Fleuriau de mettre en musique plusieurs des tragédies que la Société de Jésus avait coutume de faire représenter dans ses collèges, et ces essais de composition réussirent pleinement. Esprit naturellement religieux, Lalande réunissait les qualités propres à ce genre de travail.

Quelque temps après, Lalande concourut pour la place d’organiste du roi. Lulli, institué juge du mérite des candidats, déclara que si la place devait être donnée au plus habile, elle lui appartenait. Malheureusement le vainqueur fut trouvé trop jeune pour remplir un emploi si envié, et il ne recueillit de cette épreuve, brillamment soutenue, que l’honneur d’avoir arraché un vote favorable à l’homme qui s’était prononcé si sévèrement contre lui à ses premiers débuts. Ce fut par le maréchal de Noailles, dont les filles étaient ses élèves, que Lalande fut recommandé à Louis XIV. Le monarque chargea le jeune artiste d’enseigner la musique aux jeunes princesses du sang. Une fois entré à la cour, le musicien, qui d’ailleurs s’acquittait de sa tâche avec une exactitude exemplaire, ne tarda pas à y faire aimer sa personne autant que son talent. Non content de lui donner la charge de maître de la musique de sa chambre, le roi, en 1683, le nomma l'un des quatre surintendants de sa chapelle. Les trois autres étaient Goupillet, présenté parl’ex-surintendant Robert; Minoret, soutenu par l'archevêque de Reims, et Colasse, que patronnait Lulli. Comme M. de Reims, Lulli et Robert faisaient valoir chacun son protégé, Louis XIV linit par leur dire : « Messieurs, j’ai accepté ceux que vous m'avez présentés ; il est juste que je choisisse à mon tour un sujet de mon goût, et c’est Lalande que je prends pour remplir le quartier de janvier. » Plus tard, les quatre charges de la chapelle furent réunies en une seule dont Lalande fut l’heureux titulaire. La sollicitude du souverain alla jusqu’à faire épouser à son organiste favori, Anne Rebel, la meilleure cantatrice de la chambre, qui fut dotée sur sa cassette royale. Ceci se passait en 1681. Les faveurs, les largesses ne coûtent rien à un prince et ne prouvent pas toujours chez lui une véritable bienveillance : ce dont il faut lui savoir plus de gré, c’est de se montrer affectueux avec ceux qu’il honore de ses dons.

Lorsque les deux filles de Lalande, devenues d’excellentes musiciennes, et admises dans la chapelle royale, lurent victimes de cette épidémie qui, en 1711, enleva tant de personnes de la cour, l'infor-

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luné père, quelques jours après son malheur, parut h Versailles, mais il n'osait s’approcher du roi qui pleurait aussi la mort du dauphin. Louis XlVl’appela et lui dit : «Vous avez perdu deux filles qui avaient bien du mérite; moi, j’ai perdu Monseigneur. » Puis, il ajouta, en montrant le ciel : «Lalande, il faut se soumettre. » Touchantes et simples paroles que nous préférons à ces mots d'un orgueil surhumain, dont est remplie la biographie de Louis le Grand.

La mort de sa femme et le chagrin qu’il en ressentit amenèrent Lalande, en 1722, il demander sa retraite à Louis XV, ou plutôt au régent. En se retirant, il sollicita la permission de remettre gratuitement, et sans aucune réserve, trois quartiers de l'emploi de maître de musique de la chapelle : acte de désintéressement qui fut récompensé par le don d'une pension de trois mille livres. D’une nature expansive et tendre, il ne put, malgré son âge, supporter la solitude. L’année suivante, l’artiste épousa en secondes noces mademoiselle de Cury, tille d'un chirurgien de la princesse de Conti. Il mourut le 18 juin 172(i, à l'âge de soixante-sept ans. Il en avait employé quarante-cinq au service de la cour.

Lalandca été le meilleur compositeur français de son temps pour la musique religieuse. Aucune production destinée ît l’Eglise n’a eu à cette époque le relentissementdu magnifique psaume Beati quorum. Ses motets, au nombre de soixante, ont été exécutés à la cour et au concert spirituel. On lui doit aussi la musique de la comédie de Molière, intitulée I\ lélicerle, et celle des Eléments, ballet composé par le poète Roy.

Dans cette belle chapelle du château, à Versailles, en présence de grands seigneurs et de personnes dont le goût était si exercé, au milieu de magnificences accumulées, et d’œuvres artistiques qui se distinguaient toutes par un caractère de grandeur et de majesté, ce n’a pas été pour Lalande un faible titre de gloire que de diriger l’exécution d’une musique religieuse en harmonie avec cet ensemble extraordinaire, et d’y faire entendre avec succès ses propres compositions pendant près de quarante années.

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