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Campra remplit assez convenablement l’intervalle entre Lulli et Rameau. Ce n’est pas qu’il fût un compositeur de génie; mais sa musique ne manque pas de caractère dans quelques endroits, et d’ailleurs le grand nombre de ses productions nous oblige à lui donner ici une place honorable.
Il naquit à Aix en Provence le 4 décembre 1660. Un de ses compatriotes, Guillaume Poitevin, prêtre attaché à l’église métropolitaine de Saint-Sauveur, lui enseigna la musique. Il n’avait pas encore vingt ans que déjà on lui confiait la place de maître de chapelle dans la cathédrale de Toulon (1679). Il occupa le même emploi successivement à Arles (1681) et à Toulouse (1683). En 1694, André Campra vint à Paris où il dirigea la musique de l’église du collège des Jésuites et de leur maison professe. Delà il passa bientôt aux fonctions de maître de chapelle à la cathédrale. Passionné pour le théâtre beaucoup plus que pour la musique sacrée, il se voyait avec regret enchaîné par la direction de ses études à des emplois sévères et modestes, qui , à cette époque, étaient jugés incompatibles avec l’existence mondaine d'un compositeur d’opéras. La position de Campra à Notre-Dame le contraignit à user de ménagements. Ce fut sous le nom de son frère qu’il donna sa première œuvre dramatique, l'Europe Galante, opéra ballet en quatre actes dont les paroles sont de La Mothe, et qui fut représenté à l’Académie royale de musique le 24 octobre 1697. La partition renferme aussi quelques morceaux de Destouches. Le cumul du sacré et du profane n’est pas sans inconvénient, comme le prouve l’anecdote qu’on raconte au sujet de Campra. Le maître de chapelle s’était endormi un jour à Notre-Dame pendant les vêpres : un souschantrc lui entonna, selon l’usage, les premiers mots de l’antienne. Grand fut l’étonnement des chanoines quand le compositeur réveillé en sursaut donna la réponse en chantant ces paroles qui terminent son Europe Galante : Vivis, vivis, gran sultana.
Tant qu’il déjeuna de l’autel et soupa du théâtre, Campra n’eut garde de revendiquer la paternité de ses œuvres qu’il attribuait, nous l’avons dit, à son frère Joseph, alors basse de viole à l’Opéra. C’est ainsi qu’il fit encore exécuter à l’Académie royale de musique le Car-