NÉ VERS 15ÎS, MORT VERS
Giovanni Pierluigi naquit en 1321, à Palestrina, l'ancienne Préneste, petite ville des Etats romains, du nom de laquelle on a l’habitude de l’appeler. Malgré les consciencieuses et savantes recherches de l’abbé Baini, directeur de la chapelle pontificale, on n’a encore aucune certitude sur le nom de famille, les dates de la naissance et de la mort de cet illustre compositeur qui occupe une des premières places dans l'histoire de la musique. Une grande obscurité plane sur ses premières années ; on sait seulement que scs parents étaient pauvres cl que c’est comme enfant de chœur qu’il apprit les premiers éléments de la littérature et de la musique. On remarquera que c’est là le début ordinaire de nos plus grands compositeurs.
En 1510, il se rendit à Rome où il étudia la musique religieuse dans la fameuse école fondée par Goudimei et qui compta parmi ses élèves Jean Animuccia, Étienne Bettini, surnommé il Fomarino, Alexandre Merlo, etc. Onze ans plus tard, en 1351, sous le pontificat de Jules 111, nous retrouvons Palestrina maître des enfants de chœur de la chapelle Giulia. Il avait alors vingt-sept ans. Trois ans après, il publiait son premier recueil décompositions, dans lequel on distingue quatre messes à quatre voix et une à cinq.
Jules 111 accepta la dédicace de ce recueil et conçut une telle estime pour son auteur qu'il fit entrer Palestrina parmi les chantres de sa chapelle pontificale, sans examen, malgré ses propres statuts à l'exécution desquels il veillait avec une grande sévérité, et par un ordre exprès signifié à ses chapelains-chantres. Ceux-ci accueillirent avec froideur le nouveau collègue qui devait un jour jeter tant d'éclat sur leur compagnie et consignèrent dans le journal de la chapelle, à la date du 13 janvier 1535, que cette admission s'était faite sans leur consentement : « absque consentit cantorum. »
Malheureusement pour Palestrina, le pape Jules III mourut cinq semaines après (23 mars 1335), et son successeur, le pape Marcel II, ne conserva que vingt-trois jours le pouvoir pontifical. C’est de cette époque que date la fameuse messe connue sous le nom de Messe du pope Marcel (Missa papæ Marcelli). A ce sujet, Berardi et d'autres écrivains rapportent une anecdote regardée maintenant comme apocryphe : on prétendait que le pape Marcel , effrayé des inconvénients qu’offrait l’usage de la musique comme accompagnement du culte religieux, avait projeté de la bannir, mais qu’après avoir entendu la messe du jeune compositeur, il rc\int de sa prévention et abandonna des idées qui eussent porté un coup si funeste h une des branches les plus importantes delà musique.
Après la mort de Marcel II, le cardinal Giovanni Pietro Caraffa, qui mon la sur le trône de Saint-Pierre, sous le nom de Paul IV, déploya une grande ardeur dans la réforme de son clergé et de ^a cour. Il commença par s’occuper de la chapelle pontificale et par remettre en vigueur l’article du règlement interdisant h tout laïque les fonctions de chantre. Trois d’entre eux étaient laïques et mariés. Leonardo Barri, Domenico Ferrabosco et Palestrina. Ce dernier, marié jeune 'à une femme dont nous ne connnaissonsquele prénom de Lucrezia, avait alors quatre fils, Angclo, Rodolfo, Sj lia et Hyginojles trois premiers moururent, parvenus à l’adolescence, et plusieurs motels insérés au second livre des motets de Palestrina faisaient concevoir de grandes espérances de leur talent; le quatrième est surtout connu pour avoir édité les deux derniers livres des messes de son père. Les chantres, malgré leur jalousie pour Palestrina, plaidèrent sa cause avec celle de ses deux autres confrères et démontrèrent au pape que ces hommes avaient été nommés à leurs fonctions pour toute leur vie et avaient renoncé pour les remplir à des positions plus avantageuses. Paul IV fut inflexible et rendit un décret en ces termes : « La présence des « trois chantres mariés dans le collège est un grand sujet de blâme
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« et de scandale ; ils ne sont point propres à chanter l'ofllce, à cause « de la faiblesse de leur voix; nous les cassons, chassons et élimi- « nons du nombre de nos chapelains-chantres. » Il accorda aux trois disgraciés une pension de six écus par mois à titre d'indemnité.
Palestrina ne put supporter un pareil coup auquel il était loin de s'attendre ; il tomba gravement malade; on vit alors ses anciens collègues lui prodiguer une affection toute fraternelle et lui donner des prouves d'un parfait dévouement. Heureusement pour Palestrina, les offres avantageuses ne lui manquèrent pas, et le 1" octobre 1335, deux mois après son exclusion de la chapelle pontificale, il devenait maître de chapelle de Saint-Jean de Latran.
Pendant les cinq mois que Palestrina conserva celte fonction trèshonorable, mais fort peu rétribuée, il consacra scs loisirs à composer plusieurs ouvrages remarquables parmi lesquels nous citerons les célèbres Improperii de l’office de la semaine sainte.
Le! "mars 1361, il quitta Saint-Jean de Latran pour entrer à la chapelle de Sainte-Maric-Majcurc où il resta jusqu'au 31 mars 1571 ; dix années qui comptent parmi les plus brillantes de la carrière de l'illustre compositeur.
En 1360, Palestrina publia ledeuxièmo livre de ses messes, suivi en 1570 du troisième livre dédiés tous deux au roi d'Espagne Philippe 11, et un livre de motets sous le patronage du cardinal Hippolytc d'Esle. A partir de celle époque, scs ouvrages se succédèrent rapidement et obtinrent le plus brillant succès.
Après la mort d’Animuccia, en mars lo71, Palestrina fut nommé maître de chapelle de Saint-Pierre du Vatican, directeur de la musique de l’Oratoire et de l'école de contre-point fondée par Jean Marie Naniui.
Lorsque le pape Grégoire XIII songea à réformer le chant religieux, il en chargea spécialement Palestrina qui s'adjoignit son élève Guidetti, mais il ne tarda pas à renoncer lui-même à son travail, car on ne trouva terminé à sa mort que le graduel de Tempore. Hygin, fils du compositeur, qui avait fait continuer ce recueil, le vendit comme l'oeuvre de son père ; mais le contrat, inculpé de fraude par le tribunal de la Santa- Rola fut cassé, et le manuscrit, mis en lieu de sûreté, plutôt que perdu, comme l’ont affirmé plusieurs historiens, reparut pour être publié en temps utile (I).
U) O travail de Palestrina et de Guidetti aervit de Use eux éditions du Chant romain Irit'Ht onnrl publiées à Reoie, à Venise, * Lyon, à Tout, etc. J’ai reproduit celle version
Le 21 juillet 1580, la femme de Palestrina mourut. La perte d’une compagne qu’il chérissait tendrement, causa le plus profond chagrin au grand réformateur de la musique religieuse. On trouve même des marques de découragement dans le passage suivant de la dédicace qu’il fit au pape Sixte V du premier livre de ses Lamentations : « Très- « Saint-Père (dit-il), l’étude et les soucis ne purent jamais s'accorder,
« surtout lorsque ceux-ci viennent de la misère. Quand on possède « le nécessaire, demander davantage est manquer de modération et de « tempérance ; on peut facilement se délivrer des autres soins, et celui « qui ne s’en contente point ne peut que s’accuser lui-même. Mais « ceux qui l’ont éprouvé savent seuls combien il est pénible de tra- « vaillerpour maintenir honorablement soi et les siens, et combien ' « cette obligation éloigne l’esprit de l’étude des sciences et des arts « libéraux. J'en ai toujours fait la triste expérience, et maintenant a plus que jamais. Toutefois je rends grâces à la bonté divine quia « permis que, malgré mes plus grands embarras, je n’aie jamais in- « terrompu l’étude de la musique (où j’ai trouvé aussi une utile di- « version à mes chagrins), dans la carrière que j’ai parcourue et dont « le terme approche. J’ai publié un grand nombre de mes composi- « tions, et j’en ai beaucoup d’autres dont l’impression n’est retardée « que par ma pauvreté : car c’est une dépense considérable, particti- « lièreinent à cause des gros caractères de notes et des lettres néeee- « saires pour que l'usage en soit commode dans les églises (1). »
Les dernières années de la vie de Palestrina furent des plus tristes. La maladie dont il était atteint depuis la mort de sa femme, ayant fait de rapides progrès, il ne put se dissimuler que sa fin approchait ; il fit alors venir son dernier fils, Hygin, et lui adressa ces dernières volontés : « Mon fils, je vous laisse un grand nombre d’ouvrages inédits;
« grâce au père abbé de Baume, au cardinal Aldobrandini et au grand- « duc de Toscane, je vous laisse aussi ce qui est nécessaire pour les « faire imprimer; je vous recommande que cela se fasse au plus tôt « pour la gloire du Tout-Puissant, et pour la célébration de son culte « dans les saints temples.» Le 2 février 1594, le pieux maître de chapelle rendait son âme à Dieu.
On fit à Palestrina des obsèques dignes du rôle important qu'il avait rempli ; tous les musiciens de Rome eurent à cœur de concourir à l’éclat du service célébré en son honneur. 11 fut inhumé dans
avec une transposition nouvelle et des divisions mélodiques dans mon édition in-folio du Chant traditionnel romain, publiée en 18CI, chez Adrien Le Clère.
(1) Félis, Biographie universelle des musiciens , torne VI, p. 432.
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te Vatican et on gra\a sur son tombeau l’inscription suivante :
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Un autre monument a été élevé à la gloire du clnulrc de Préneste avec une persévérance el une conviction tout à fait admirables, c'est l'édition complète de ses œuvres accompagnées d'un travail étendu sur sa vie par l’abbé Uaini. Le portrait peint par Sclmorr et gravé par Art b Ut est celui qui nous a paru le plus digne d'être reproduit.
Malgré sort goût exquis et sa profonde piété, Palestrina avait commencé par suivre l'exemple des musiciens du quinzième siècle, ses prédécesseurs. Il s'était évertué h traiter en contre-point des thèmes populaires. Il avait composé, sur la fameuse chanson de ï Homme armé, une messe à cinq vois. Muis pins tard, son génie devint indépendant et créateur. L’ensemble de scs deux cents compositions est une des plus étonnantes productions de l'esprit humain. Sons sa plume, l'harmonie eonsonnante a atteint le plus haut degré de la perfection.
On peut dire que l'art était aux yeux de Palestrina la splendeur de l’ordre : S/dendor ordinis.
Tout y est harmonie, équilibre, pondération; c'est une architecture parfaite. En entendant ces accords, qui se succèdent si merveilleusement enchaînés les uns aux autres, on oublie la musique. On voit, comme en extase, des paysages doux el lointains comme ceux de Ruysdaelou de Rreughel de Velours; des tableaux parfaits, d une ordonnance à la fuis savante, grandiose, calme et sereine, tels que lecole d'Athènes, le Parnasse ou la Dispute du Saint-Sacrement de Raphaël ; on assiste aux manœuvres stratégiques de magnifiques armées, h des panoramas sans fin, à des perspectives puissantes comme celles de Piraneâ ; mais aussi les âmes tendres se laissent bercer par les sentiments humains, purs, chastes et tranquilles, comme ceux de la sainte amitié.
C'est sous cette forme que l'art musical atteint plus facilement à tout, se généralise, s’universalise. Les plus grands artistes ont senti ce besoin d'expansion hors des limites de leur art spécial. C’est ce qu'exprimait si bien Michel-Ange dans un de scs sonnets :
« Déployant ses ailes pour s'élever vers les cieux d'où elle est descendue, l’âme ne s'arrête pas à la beauté qui séduit les yeux et qui est aussi fragile que trompeuse; mais elle cherche, dans son vol sublime, à atteindre le principe du beau universel. »
LF.S MUSICIENS CÉLÈBRES.
VITTOIUA