‹ Les musiciens célèbresChapitre 43 sur 153 · SALIE H I · texte numérisé non relu

SALIE H I

vrai que son coup d’essai fut un coup d’éclat. On a admiré l’expression toujours forte, rapide et juste de cette musique ; les chœurs Descends dons le sein tT Amphitrite, Gloria, evan,evohe, sont d’un effet grandiose. Nous citerons encore l’air d Hypermnestrc : Par les larmes dont votre fille, et l’air do DanaQs : Jouissez d’un destin prospère, qui sont d'une facture tout à fait remarquable.

Après avoir vendu sa partition pour la somme de 10,000 francs à l’administration de l’Opéra, reçu 3,000 francs comme indemnité de déplacement et obtenu de la reine un riche présent, Salieri revint à Vienne, où il fit représenter dans la même année , Semiramide et// ricco d'un giorno (le riche d’un jour). Eraclito e Democrilo et la Grotta di Trofonio parurent sur le théâtre de la cour en 1783. L’artiste retourna ensuite à Paris pour y faire entendre ses Uoraces ; mais celte tragédie lyrique dont le sujet était emprunté à l’œuvre de Corneille, ne réussit point (1787). La revanche ne se fit pas attendre : le compositeur la trouva dans la représentation de Tarare, opéra tragi-comique en cinq actes, joué le 8 juin 1787. Beaumarchais, l’auteur du livret, en dépit de sa versification informe, frayait une voie nouvelle. 11 mêlait, pour la première fois, depuis l’essai peu concluant qu’en avait fait Lulli, l’élément tragique et l’élément bouffon. Cette production, d’un genre hétéroclite, réussit pleinement, grâce surtout au mérite de la musique, et le succès ne fut pas moindre chez les Allemands qu’il ne l’avait été chez nous, quand, Salieri fit jouer son opéra à Vienne sous le titre d ’Axur re (T Ormus.

Doué d’une étonnante puissance de travail, le maître de Legnano écrivit, de 1 770 à 1 804, quarante-deux opéras et un nombre au moins égal de morceaux tels qu’oratorios, cantates, duos, trios, chœurs et pièces instrumentales. En 1804, il renonça aux triomphes dramatiques pour se consacrer tout entier au service de la chapelle impériale. Sa retraite qu’il avait sollicitée en 1821 no lui fut accordée qu’en 1824, et certes il l’avait bien gagnée. On ne peut que trouver juste la mesure en vertu de laquelle l’empereur lui conserva la totalité de son traitement, après qu’il se futdémis doses fonctions. Mais le musicien ne jouit pas longtemps des douceurs du repos, car il mourut le 12 mai- 1823, dans sa soixante-quinziôme année. L’auteur des Danaïdes et de Tarare n’eut pas à se plaindre de laFrance. Louis XVIII le fit chevalier de la Légion d’honneur; l’Institut l’admit au nombre de ses membres étrangers. Il fut aussi nommé membre de l’Académie des beaux-arts.

Salieri avait de l’esprit et une certaine variété de connaissances. Il était aimable et d'un caractère fait pour la société ; il charmait toutes

les compagnies où il se trouvait, par sa manière piquante de raconter des anecdotes. Son langage, mélangé d’italien, de français et d'allemand ne contribuait pas peu sans doute à amuser ses auditeurs. Ses biographes rapportent qu’il était grand amateur de friandises et que la vitrine des confiseurs exerçait sur lui une irrésistible attraction. S’il se montra trop adroit à faire tourner au profit de sa fortune artistique les amitiés qu’il savait se concilier dans le monde, il est d’autre part des faits de sa vie qui nous le font voir sous un jour plus attachant. N’oublions pasque Salieri, dans l’Age le plus avancé, se souvint toujours des bontés que Gassmann avait eues pour lui au début de sa carrière. Il fit plus que de s’en souvenir : il paya sa dette à la mémoire de son bienfaiteur qui, en mourant, laissait deux filles privées d’appui. Le compositeur en prit soin, pourvut à toutes les dépenses de leur éducation et ses leçons firent de l’une d’elles, M“e Rosenbaum, une cantatrice distinguée.

Salieri avait composé pour ses obsèques un Requiem, qu’il n’avait fait connaître à personne. On se conforma à ses intentions en l’exécutant à son service funèbre. Il avait eu de son mariage trois filles qui le chérirent tendrement et l’entourèrent de soins dans sa vieillesse.

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