I.o point du jour
A nos bosquets rond toute leur parure.
Flore est plus belle à son retour ;
L'oiseau redit son chant d’amour :
Tout célèbre dons la nature Le point du jour.
Cette mélodie est pleine de sentiment et de fraîcheur ; les critiques moroses auront beau dédaigner ce genre de composition naturelle et gracieuse, on ne saurait disconvenir qu’il est difficile autant que rare d’y exceller et d'y plaire.
Deux ans après (8 octobre 1807), le compositeur lit jouer Lipa ou le Mystère, opéra-comique en trois actes dont Reveroni Saint-Cyr avait écrit les paroles. L’action se passe au temps d’Henri IV. Le comte de Lescars, séparé par les nécessités de la guerre de la femme qu’il vient d’épouser, la retrouve quatre ans après avec un fils, dont on lui avait caché l’existence: les événements de la guerre, une ville livrée au pillage, plusieurs autres détails intéressant la vraisemblance du dénouement, démontrent que l’officier ne peut attribuer qu'à sa propre faute la présence inattendue à son foyer de cet enfant, légitime de fait, sinon d’intention. Nous avons donné une courte analyse de ce livret pour montrer le parti que certains auteurs tirent des anciennes pièces. Celle-ci a reparu à l’Odéon, mise en jolis yers par M. Viennet, il y a
peu d'années, sous le titre de Schna. On y trouve les mômes situations ; la seule différence notable (en dehors de la forme qui est charmante) est que le lieu de la scène a été transporté des Pyrénées au Caucase. Les Béarnais .-ont devenus des Cosaques sous la plume du spirituel académicien. Malgré la hardiesse de la donnée du poème de Lina, il fournissait au musicien une occasion de révéler ses qualités dramatiques. Mais Dalayrac n'en était pas abondamment pourvu. Le poème de M. Viennet pourrait être converti en une bonne œuvre lyrique de demi-caractère. Quatre personnages sont en scène. Halévy a montré dans l’cc/rtirleparti qu’un compositeurpcuttirerdecette combinaison.
Koulouf ou les Chinois et le Poète et le Musicien sont les deux derniers ouvrages de Dalayrac. Le second devait être représenté en présence de l’Empereur qui allait partir pour la campagne d’Espagne. Le compositeur se mit à l'oeuvre avec ardeur et termina à temps sa partition, mais une indisposition du chanteur Martin ne permit pas que l’opéra fût joué avant le départ de Napoléon. Le musicien, épuisé par un travail forcé et désespéré de voir avorter le fruit de ses efforts, est saisi d’une fièvre nerveuse qui l’oblige à prendre le lit. Bientôt le mal devient sans remède et Dalayrac meurt le il novembre 1809. Ses admirateurs et ses amis lui firent de magnifiques funérailles, et Marsollier, dans l’oraison funèbre qu’il prononça sur sa tombe, n’oublia pas les vertus privées de l’artiste dont il avait été pendant vingt ans le collaborateur. Nous avons déjà rappelé un trait de désintéressement qui fait honneur au caractère de l’auteur de Nina; on pourrait en citer d'autres ; on pourrait rapporter à son éloge la manière dont il en usa avec un de ses anciens camarades, ex-garde du corps, proscrit pendant la Révolution, et qu’en ces jours de terreur, Dalayrac ne craignit point de cacher chez lui, tandis qu'il faisait les démarches nécessaires pour obtenir sa radiation de la liste des émigrés. Qu’on rapproche cette conduite de celle de Suard dans une circonstance analogue : la comparaison ici n’est pas à l’avantage de la littérature.
Ce fut cependant le doux et sensible Dalayrac, l’ancien garde du corps du comte d’Artois, qui écrivit la musique de l' hymne à la liberté, sur les paroles du Gyrey-Duprê, hymne qui devint populaire :
Veillons au salut de l'Empire ;
Veillons au maintien de nos droits ;
Si le despotisme conspire,
Conspirons la perle des rois.
Liberté ! Liberté ! Que tout mortel te rende hommDge 1 Plutôt la mort que l'esclavage,
C’est la devise des Français.