AUBE
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tion enchanteresses ; les couplets Une fée, un bon anye ont les mêmes qualités. Ceux de dame Brigitte: S'il est sur terre, ont de la rondeur et de l’entrain, l’interrogatoire d'inésille : D'où venez-vous, ma chère, beaucoup d’ingénuité ; le grand air et les couplets syllabiques: Ah ! quelle nuit! peignent avec bonheur les émotions de l’imprudente abbesse. Le cantique avec chœurs : Heureux qui ne respire, est de nature à désarmer les esprits timorés qui seraient tentés de reprocher aux auteurs d’avoir traité avec trop de légèreté les choses saintes. L’emploi que M. Auber a fait des rhytbmes de la musique espagnole donne à l'ensemble de la partition une couleur locale fort bien appropriée au sujet.
Cette série de compositions qui se continue par le Lac des fées, cinq actes (1839), Zanetta, trois actes (1840), les Diamants de la couronne, trois actes (1841) et le Duc d'Olonne, trois actes (1842), avait placé M, Auber au premier rang des maîtres de la musique piquante, gracieuse et spirituelle, quand l’inspiration de l’artiste s'ouvrit tout à coup des horizons nouveaux. La troisième évolution d'un génie qui paraissait avoir atteint sa forme définitive date de la représentation de la Part du Diable, opéra-comique en trois actes (16 janvier 1843). Cette partition découvre des trésors d’émotion réelle, de sensibilité vraie et, pour toutdire, de passion, qu’on n’avait pas soupçonnés jusque-là chez l’ingénieux et brillant auteur de Fra Diavolo et du Domino noir. Cette troisième phase de la carrière de M. Auber n’est pas celle qui lui a procuré le moins d’admirateurs.
Scribe s’est souvenu, en écrivant le poëme de la ,Part du Diable, de l’histoire singulière du chanteur Broschi Farinelli qui devint le favori et presque le premier ministre de Philippe V d’Espagne. Si le poëme est assez médiocre, la musique a obtenu un grand et durable succès, prélude de ceux que devait rencontrer M. Auber dans la voie nouvelle qu’il inaugurait. Une ouverture délicieuse con sordini, l’air de ténor au premier acte : C'est elle qui chaque jour, le thème principal dont la répétition donne tant de caractère à la pièce : Ferme ta paupière, dors, mon pauvre enfant, les couplets de Carlo, l’excellente fanfare de la chasse, tout cela renferme des idées originales. En outre, l'ouvrage a une teinte générale de mélancolie douce qu’on ne trouve pas, nous le répétons, dans les précédentes œuvres du compositeur.
La Sirène (3 actes, 1 844) et la Karcarolle (3 actes, 1 843) appartiennent au même sentiment musical que la -Part du Diable. Mais c’est dans Haydée , drame lyrique en trois actes, représenté à l’Opéra-Comique le 28 décembre 1847, que le talent rajeuni du chef de l’École
:ttis LES MUSICIENS CÉLÈBRES,
française arrive à sa plus grande hauteur. Par bonheur, le livret ici n'était pas ingrat. Scribe avait arrangé des situations émouvantes sur une donnée assez neuve et originale. 11 n’en fallut pas plus au musicien pour écrire une de ses plus riches partitions. L’effet général en est dramatique et parfaitement approprié à la nature du sujet. L’inspiration y circule abondamment; l'instrumentation est colorée, toujours élégante, et l'harmonie ne manque ni de nouveauté ni d’effet. Après l’ouverture dans laquelle on remarque un charmant solo de hautbois, des morceaux assez peu développés mais d’un intérêt mélodique soutenu se succèdent pendant tout le premier acte. La chanson : Enfants de la noble Venise, est énergiquement rliythmée. Les couplets chantés parHaydée : Il ditqu'àsa noble patrie, sontd’unegrâce exquise. Quant à laromancede basse, ,4 la voix séduisante, au regard virginal , la déclamation en est vraie et la mélodie d’une rare distinction. Roger, qui a créé le rôle de Lorédan, déployait un talent d’expression admirable dans la scène du rêve, si riche de détails et si puissamment dramatique. Les morceaux les plus saillants du second acte sont l’air de Rafaela qui reproduit le solo de hautbois de l’ouverture, et la charmante barcarolle : C’est la corvette, chantée par Haydée avec accompagnement du chœur de matelots. Le troisième acte offre encore deux bons duos et une jolie barcarolle. Le grand duo de Lorédan et de Malipieri : Je sais le débat qui s'agite, est assurément un morceau inspiré d’tin bout à l’autre.
M. Auber fut bien moins heureux dans l 'Enfant prodigue (5 actes, 1830) etdans Zcrlineou la Corbeille d'oranges (3 actes, 1831), deux opéras joués à l’Académie nationale de musique. On aurait pu tirer un bien meilleur parti de la parabole évangélique, M. Auber réussit toutefois à broder sur ce canevas des mélodies, sinon tout à fait scéniques, du moins élégantes et ingénieuses. Quant à Zer/ine, les auteurs paraissent ne s’étre proposé que de faire valoir la magnilique vocalisation de M“" Alboni.
Le fécond compositeur revint alors au théâtre accoutumé de ses succès avec Marco Spada, trois actes (1832), où l’on n’a guère remarqué que la romance: Fille de la montagne, et avec Jenny Bell (1835) aussi en trois actes. Cette dernière œuvre, dont le sujet rappelle celui de V Ambassadrice, a fourni à M. Auber l’occasion d’écrire sa partition la plus travaillée et la plus riche en combinaisons.
L’année suivante (183(i), Scribe, oubliant que des situations scabreuses et fort délicates dans un livre risquent d’ôtre impossibles à la scène, eut la malencontreuse idée de tirer un opéra-comique du cé-
Al’llER.
lèbre roman de l'abbé Prévost. Pins d’une fois déjà la collaboration du peu scrupuleux vaudevilliste avait nui au succès du compositeur. L’étrange livret de Manon Lescaut aurait été sauvé, s'il eût pu l’ètre, par la musique de M. Auber qui ne se montre point ici inférieur à luimême, comme le prouve dans la dernière scène l'expressive symphonie dramatique qui accompagne la mort de Manon et le désespoir de Desgrieux.Les couplets de la belle Bourbonnaise , connus sous le nom de V Eclat de rire, ont été chantés à belles dents par toutes les jeunes divas; après M“* Cabel, M11” Patti ; après celle-ci, une autre suivra.
Parvenu à l'Age où tant d'autres se reposent, M. Auber ne semble pas connaître les glaces de la vieillesse, et ses plus récentes productions témoignent d'une longévité intellectuelle 'ont à fait admirable. Le public conserve d’invariables sympathies à l’homme dont les compositions l’enchantent depuis plus d'un demi-siècle.
La Circassienne, opéra-comique en trois actes (2 février I8til}, est le dernier ouvrage auquel Scribe ait mis la main. Espérons que M. Auber n’en a plus en portefeuille. Le poème est l'un des plus absurdes qu'on ait représentés sur la scène ; mais la partition renferme de jolis morceaux, entre autres le chœur: Bravo! Bravo! le chœur des f dalisques, d’un sentiment très-vaporeux, et les couplets du peintre Lanskoï, dont le refrain est : Voilà ce qu'il faut faire. Il y a dans la pièce un rôle d'officier russe déguisé en femme, dont M. Montnubry seul a pu se tirer victorieusement grâce à son physique et à ses notes de tête.
La Fiancée du roi de Garbe (18t>i), opéra-comique dont le sujet est emprunté au conte de La Fontaine, clôt la liste des ouvrages de M. Auber représentés jusqu’à ce jour. Rappelons, pour ne rien oublier, qu'il a fait avec llérold Vendôme en Espagne , un acte joué à l’Opéra pour le retour du duc d’Angoulême, après la campagne du Trocadéro (1823), et avec Boieldieu, les Trois Genres , encore un acte de circonstance pour l’ouverture du théâtre de l’Odéon (1824).
En attendant le suffrage de la postérité, l’illustre auteur de tant de chefs-d'œuvre lyriques a obtenu des contemporains les distinctions les plus hautes et les plus précieuses, quand elles sont méritées. Il est membre de l’Institut, commandeur de la Légion d'honneur, et il a succédé à Chcrubini comme directeur du Conservatoire. M. Auber parait jouir d'une santé parfaite. Il préside assidûment à tous les exercices généraux et concours des élèves ; il se fait un devoir d’assister aux cérémonies officielles auxquelles il est convié ; il dirige la musique de la chapelle de l'Empereur ; et, malgré tant d’occupations, il sait
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organiser sa vie de telle sorte qu'il peut consacrer au travail de la composition plusieurs heures par jour, ayant pour fidèle Âchate un bon petit vieux piano de Sébastien Érard, de quatre octaves et demi, je crois. Tous deux paraissent fort attachés l'un à l’autre. Ils ont fait ensemble tant de glorieuses campagnes !
Nous ne tenons pas encore le dernier mot de celte existence laborieuse. Un nouvel opéra-comique en trois actes, dont les paroles sont de MM. Dennery et Cormon, vient d’êlre mis en répétition. Quel meilleur témoignage pouvons-nous fournir de la vitalité intellectuelle de M. Auber?