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SPOHR

magne. Les deux époux firent, en 1807, une nouvelle excursion. Cette fois ce fut dans l’Allemagne du Sud. Partout le grand artiste recueillit sur son passage les marques de l’admiration générale. A Vienne, on lui offrit les fonctions de chef d’orchestre au théâtre An der Wien, en 1813, mais il ne les remplit que pendant quatre ans. Blessé du refusa que l’administration opposait à la mise en scène de son opéra de Faust t il résigna son emploi à la (in de l’année 1816, puis il se rendit en Italie où sa réputation l’avait déjà précédé. A Milan, à Venise, à Florence, ù Rome et à Naples, Spohr fut aussi goûté du public qu’il l’avait été dans son pays natal. Il re\int par la Suisse, donna des concerts à Bâle, puis à Carlsruhe. Nommé ensuite directeur du théâtre de Francfort et maître de chapelle dans la môme ville, il entra en fonctions au commencement de 1818. Ce fut en cette année qu’eut lieu la première représentation de son Faits/ , opéra allemand en deux actes, qui, depuis, fut joué à Vienne où il avait été écrit, sur la plupart des scènes de l’Allemagne, et à Londres. Cet ouvrage est, au point de vue de l’harmonie forte, un des chefs-d’œuvre de l'École allemande. Il s’est maintenu pendant plus de trente ans au répertoire, et en France il est considéré comme classique. On se souvient encore du succès qu'obtint le chanteur Devrient dans le rôle de Faust, lorsque cet opéra fut donné à Berlin.

Au commencement de 1810, le compositeur voulut conquérir aussi la France à l’admiration de son talent ; mais il trouva à Paris des auditeurs plus rebelles qu’il n’en avait rencontré jusque-là. Le peu de succès qu’il y obtint le décida à passer en Angleterre où par contre il excita un véritable fanatisme. Ses triomphes, à Londres, réagirent peut-être sur l’opinion de ses compatriotes en disposant ceux-ci à accepter désormais Spohr comme l’oracle incontesté de la musique et le prince des artistes de son temps. A cette année se rapporte aussi la représentation de deux opéras du maître : le Duel des amants et Zcmireet Azov, l’un et l’autre joués pour la première fois à Francfort.

Nous voici arrivés au moment où la gloire de l’auteur de Faust atteint son point culminant, où il devient, en quelque sorte, l’arbitre de l’art dans son pays, par une espèce de magistrature tacite que les contemporains lui confèrent. De la nomination de Spohr à la place de maître de chapelle du duc de Hesse-Cassel, date en effet pour lui cette longue domination qui, trente ans durant, s’exerça sur l’Allemagne musicale sans soulever de protestation ni de résistance. Point de solennité artistique à laquelle Spohr ne préside. Partout où la musique est conviée à fêter un grand anniversaire, c’est Spohr qui tient le bâton

de chef d'orchestre, et ce bâton dans ses mains a les apparences d'un sceptre. Les paroles qui sortent de sa bouche font autorité. A Paris môme, dans un second voyage qu’il fît en 1 843, l’illustre musicien se voit vengé de l’indifférence d’un public ignorant et fri\ole par les témoignages de déférence et de respect que lui prodiguent des hommes comme Habeneck, Halévy et M. Auber. Une ovation lui est fuite au Conservatoire où l'on exécute pour lui seul sa quatrième symphonie (la consécration de la musique). Il faut que la France, au moins dans ses esprits d'élite, subisse la suprématie qui s’est imposée à l'Europe.

Cette haute juridiction, disons mieux, ce principat de l’art, par quels titres s’était-il fait reconnaître ? Nous avons déjà cité quelquesuns des neuf opéras de Spohr, mais nous n’avons pas parlé de son chef-d'œuvre, Jessonda , représenté à Cassel en 1823, à Londres en 1840 et à Paris dans la salle Ventadour en 1842. Les chœurs de prêtres et de soldats, et le duo Schœnes Mddchen, au deuxième acte, ont fait la fortune de cet opéra dont les Allemands préfèrent la partition à celle de Faust. Toutefois les ouvrages dramatiques du maître, parmi lesquels on compte encore Alruna , l'Esprit de la Montagne (der Berggeist), l 'Alchimiste, Pietro d' Albano et les Croisés (Die Kreuzfahrer), ont moins contribué peut-être à sa renommée que les compositions instrumentales qu’il a semées à profusion pendant le cours de sa longue carrière. Plusieurs oratorios : V Allemagne délivrée, la Fin de toute chose, les Derniers moments du Sauveur, la Chute de Uabylonc, des messes solennelles, des hymnes, des psaumes, des cantates, dix grandes symphonies, plusieurs ouvertures, des quatuors, des quintettes, un admirable ottetto d’instruments à vont, en tout et y compris son œuvre lyrique, cent soixante compositions : voilà où se monte la production musicale de Spohr. Ajoutons qu'il a fondé une École de violon, et exposé les principes de cet instrument dans un ouvrage resté classique (Violinschu/e, in drei Abtheilungen). C'est un concerto de Spohr que M. Joachim a choisi pour se produire devant le public parisien dans ces dernières années. Cette composition magistrale exécutée avec un talent extraordinaire par le célèbre virtuose, fut comme une révélation de la musique du maître pour les milliers d’auditeurs des concerts populaires do musique classique.

Spohr associa à sa destinée deux femmes qui furent l’une et l’autre excellentes musiciennes. Nous avons parlé déjà de la première. La seconde qu’il épousa était une pianiste très-distinguée. On l’a entendue à Berlin en 1845 et à Francfort en 1847.

Honoré de plusieurs ordres, membre d’une foule d’académies, le

ONSLOW

grand artiste acheva sa longue existence au milieu de l’estime et de l'admiration générales. Il mourut à Cassel le 22 novembre 1859, à l’âge de soixante-quinze ans.

11 existe des Lieder de Spohr dont l’harmonie est d’une suavité et d’une distinction incomparables. Sous le rapport de l’application directe de l’harmonie à l'expression du chant des paroles, il a été véritablement le précurseur, l'émule et le continuateur de Schubert.

ONSLOW

Unslow (Georges), né à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), le 27 juillet 1781, descendait par son père, d'un lord d’Angleterre, et par sa mère, qui était une demoiselle de Bourdeille, de Brantôme le chroniqueur. 11 passa une partie de sa jeunesse en Angleterre, et tout en ne s’occupant de musique que comme un gentilhomme, il n’en eut pas moins pour maîtres de piano Dussek et Cramer. Il resta comme fermé aux impressions musicales jusqu'à un certain âge. Il avait beau assister en Allemagne, pendant deux années, aux plus belles représentations de la Fhïle enchantée et de Don Juan, son imagination demeurait froide; le sens de la musique n’était pas encore éveillé chez lui. Cette singularité, qu’Onslow a avouée luimême, nous montre à quel point il ne comprit d'abord dans la musique, que la partie mécanique et nullement la poésie. On est surtout étonné quand on apprend que c’est l’ouverture de la Stratonice de Méhul, qui lui ouvrit l’intelligence et l’initia au sentiment des beautés de l’art. Onslowen a fait lui-même l’aveu dans un de ses écrits. « En «écoutant ce morceau, dit-il, j’éprouvai une commotion si vive « au fond de l’âme, que je me sentis tout à coup pénétré de senti- « ments qui jusqu’alors m’avaient été inconnus ; aujourd’hui même « encore ce moment est présent à ma pensée. Dés lors, je vis la nitt- « sique avec d’autres yeux ; le voile qui m’en cachait les beautés se

« déchira; elle devint la source de mes jouissances les plus intimes et « la compagne fidèle de ma vie. »

Il avait appris le violoncelle pour complaire à quelques amis qui cherchaient à dissiper les ennuis de la vie de province, par l'exécution des quatuors et quintettes de Haydn, de Mozart et de Beethoven. Avec le sentiment de l'art, récemment éveillé, la passion lui vint. Ce fut à vingt-deux ans seulement qu’il composa son premier quintette en prenant ceux de Mozart pour modèles. L’imperfection de ses premières études et son goût tardif le mirent naturellement en face de difficultés nombreuses; mais il avait le loisir d’une vie retirée en province, soit à Clermont, soit dans une propriété au milieu des montagnes de l’Auvergne, une fortune indépendante et une volonté de réussir fortement arrêtée; il réussit. Il se rendit à Taris, en 1807, pour faire exécuter chez Pleyel, où il était déjà venu plusieurs fois, trois quintettes, pour deux violons, alto et deux violoncelles. Il produisit ensuite la sonate pour piano sans accompagnement, la seule qu'il fit ainsi, trois trios pour piano, v iolon et violoncelle, et ses quatuors pour deux violons, alto et basse. Bientôt après, sur le conseil de M. de Muiat, son ami, il se décidait à étudier sous la direction de Reicha les procédés pratiques de l'harmonie et de la composition. En quelques mois il avait achevé d’une manière satisfaisante cette nouvelle étude.

Il se tourna alors vers la scène et écrivit, pour le théâtre Feydeau, Y Alcade de la Vega, drame en trois actes, représenté en août I82i, qui n'obtint qu’un médiocre succès, tant à cause de la faiblesse du livret que de l'insuffisance de la composition.

Le Colporteur, opéra en trois actes, paroles de Planard, représenté le 22 novembre, trois ans après, attesta un progrès réel, chez Onslow, mais ne parvint encore qu’à un succès d'estime. Le poème, dont le sujet est tiré des vieilles chroniques russes, offre un heureux mélange de situations dramatiques et comiques, favorables à la musique. Œuvre d'un excellent musicien, qui a surtout réussi dans la symphonie et c quatuor, le Colporteur renferme beaucoup de beaux morceaux, entre autres le trio : Ahl depuis mon jeune âge, chanté par La Feuillade, Féréol et M"* Pradher ; la ronde à deux voix : C est la fête du village, et la jolie cavatine de la fin du troisième acte : Modèle it innocence. Malgré le succès que cet ouvrage a obtenu en 1827, il n’a pas encore été repris.

Dix ans s'écoulèrent avant la représentation du Duc de Guise, son troisième opéra, qui reçut un accueil des plus froids. Il en fut de

ON SLOW

•môme de plusieurs symphonies exécutées dans les concerts du Conser- \atoire et dans lesquelles le caractère de son talent semblait devoir lui obtenir plus de succès; mais, dans toutes ses productions, Onslow montrait plus de savoir que d’inspiration, et cela ne suffisait pas pour le faire préférer à Beethoven dont les symphonies fort goûtées en ce moment absorbaient l’attention de tous les musiciens.

Un accident faillit en 1829 lui faire perdre la vie ou du moins l'ouïe. Notre ancien collaborateur, M. Joseph d'Orliguc, en a fait le récit suivant. « Onslow venait d’achever le premier allegro d’un quintette sur le succès duquel il comptait, lorsque, étant allé passer quelque temps dans le château d’un de ses amis, en Bourbonnais, je crois, on organisa une partie de chasse au sanglier, ün vint réveiller Onslow bien avant le jour. Le compositeur, fort occupé de son quintette, refusa d’abord. Cependant, comme son ami redoublait d’instance, il craignit de le désobliger et consentit à l’accompagner. Ils arrivent dans la forêt. Onslow est posté sur une petite élévation auprès d’un arbre, et non loin de l’endroit où le sanglier devait passer. Quelque temps après, les chiens aboient, une laie traverse, Onslow tire un coup de fusil et la manque ; au même instant un second coup part du côté où se trouvait son ami, et Onslow reçoit au milieu de la joue gauche la balle destinée à la laie. Onslow tomba, et il aurait été infailliblement étouffé par son sang si un des chasseurs ne fût arrivé fort à propos pour le relever. On le soutint jusqu’au château; il y arriva la tête enveloppée et sanglante. Ce fut la nuit suivante qu’il composa le morceau du Délire. Cet accident a occasionné la surdité de l’oreille gauche, et depuis lors Onslow n’a pu jouer du violoncelle. »

En 1842, sans qu’il eût jamais obtenu de grands succès, ayant un talent distingué, mais point de génie, il fut élu membre de l’Académie des Beaux-Arts en remplacement de Chcrubini. L’honorabilité de son caractère et sa position de fortune indépendante lui avaient sans doute valu aussi quelques suffrages. Il continua à dépenser son temps comme par le passé entre sa chère Auvergne et Paris où il aimait à passer l’hiver et à s’associer aux réunions et aux travaux de ses collègues. Il mourut à Clermont en 18î>2àl’âgede soixante-huit ans, peutêtre avec la conscience de s’être survécu à lui-même, tout en ayant compose trente-quatre quintettes, trente-six quatuors, trois symphonies, sept œuvres de trios pour pianu, violon et violoncelle, trois opéras et différents autres morceaux. « La maladie qui devait nous enlever

Onslow, (lit Halévy (1), ne vint pas l'abattre d’un seul coup. Ses forces fléchirent peu à peu sous le poids du mal qui détruisit sa vie. Il vint pour la dernière fois à Paris, dans l’été de 18.'i2, à l’époque ordinaire des concours de musique. Ses amis furent frappés du changement qui s’était fait en lui : sa vue s’éteignait, sa parole naguère vibrante, ardente, accentuée, était morne et pénible. Lorsqu’il quitta Paris, de tri&les pressentiments vinrent nous assaillir : ils ne furent que trop

tût justifiés Il retourna à Clermont pour y mourir : le 3 octobre

18'>2, au moment où le jour se levait, ce cœur noble et déioué avait cessé de battre. »

Sa réputation avait été plus grande en Allemagne qu’en France; Vienne, Leipsick, Donn et Mayence avaient adopté sa musique de chambre et on le regardait au delà du Hliin comme le premier symphoniste français.

WEBER

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