‹ Les musiciens célèbresChapitre 74 sur 153 · FÉTIS · texte numérisé non relu

FÉTIS

Quand on voit cette étonnante vitalité et cette locomotion facile chez un homme de quatre-vingt-trois ans, on est fondé à se demander si les plus vieux ne sont pas encore les plus jeunes.

Nous l’avons déjà dit, le bibliographe l’emporte de beaucoup chez M. Fétis sur le compositeur. Cependant ses travaux do musique instrumentale sont considérables. Les quatuors qu’il a fait entendre à Paris dans ces dernières années, m’ont paru fort remarquables par la variété du rhythme, la pureté de l'harmonie et l’originalité de certaines parties.

Meyerbecr, dont on connaît la sollicitude à l’égard de l'interprétation de ses ouvrages, a confié à son ami M. Fétis le soin de diriger les études de \' Africaine. Il savait que le goût et le savoir sont les qualités qui distinguent le directeur du Conservatoire de Bruxelles et qu’après sa mort, sa magnifique partition ne pourrait trouver un plus intelligent interprète. Le portrait que nous donnons du docte maître a été gravé d’après une photographie faite il y a peu d’années.

SPOHU

XÉ ES ns 1, MORT ES 1859

Le malheur de Spohr, c’est de ne point occuper le premier rang dans un genre où le public se montre fort exigeant, et où il a beaucoup de peine à ne point trouver ennuyeux ce qui n’est pas prodigieux. Si la frivolité égoïste de nos amateurs pouvait admettre qu’il y a des degrés dans la grande musique, et que, pour n’étre point l’égal des Haydn, des Mozart et des Beethoven, on n’eu est pas moins quelquefois un compositeur très-remarquable, alors sans doute, meilleure justice serait rendue à un artiste grave et digne, d’ur.e correction

continue, d'une sagesse toujours la môme, qu’il traite la partie vocale ou l'orchestre. Les gens du métier sont aujourd’hui les seuls à apprécier ce style invariablement pur et tempéré, comparable à un beau ciel d’automne, aux teintes légèrement grisâtres, qui ne recèle pas la foudre, et qu’on aime encore à contempler.

Louis Spohr naquit à Brunswick le 5 avril 178i. Il était fils d'un docteur en médecine, qui, deux ans après sa naissance, alla s’établir à Seesen. Ce fut dans cette petite ville que se passèrent les premières années du futur compositeur. Pour aimer la musique, l’enfant n’eut qu’à obéir à une sorte de vocation héréditaire, car son père était passionné pour cet art, et il excellait à jouer de la flûte, tandis que sa mère avait du talent sur le clavecin. Les concerts de société auxquels le jeune Spohr assistait dans la maison paternelle éveillèrent ses facultés naissantes. Plus heureux que beaucoup d'autres artistes qu’on voit au début contrariés dans leurs aspirations par des parents ambitieux ou intéressés, lui ne rencontra que des encouragements chez les siens. Sa famille l’envoya de bonne heure à Brunswick pour y étudier sous la direction deMaucourt, violoniste de la chapelle du prince. On a la preuve de son étonnante précocité dans un fait analogue à celui que nous avons déjà rapporté au sujet de Kreutzer. A l'âge de douze ans, il se fit entendre et applaudir à la cour dans un concerto de violon de sa composition. Un talent si prématuré excita l’intérét du duc de Brunswick qui, en 1798, attacha à la musique de sa chapelle le virtuose, alors âgé de quatorze ans. Trois ans après, Spohr suivit les leçons de François Eck, réputé le meilleur violoniste de l’Allemagne, et quand celui-ci partit pour la Russie, il l’accompagna, pourvu d’une pension que lui avait fuite le duc de Brunswick.

A son retour, après une absence de dix-huit mois, le jeune artiste acheva son éducation musicale, ne voulant entreprendre qu’à coup sûr sa première tournée de violoniste concertant. Ce voyage (1804) qu'il préparait par les plus patientes études et dans lequel il visita les principales villes de la Saxe et de la l’russe, fut une véritable ovation dont le compositeur partageait l’honneur avec le virtuose. Et cependant virtuose et compositeur n'avaient que vingt ans. A la suite d’un éclatant succès obtenu à Uolha en 180"», Spohr se vit offrir la place de maître de concert à la cour ducale ; il l'accepta non sans avoir, au préalable, demandé et reçu l'autorisation de son protecteur, le duc de Brunswick.

Le musicien épousa peu après sa première femme, \l“e Dorothée Scheidler, dont le talent sur la harpe était alors sans rival en Aile—

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