GÉNÉRALITÉS
Pour se mutiler, le soldat se servira des différents modèles d’armes à feu de guerre qui sont à sa disposition. Ce sont : le fusil de guerre français modèle 1886 ; 1l est le plus fréquemment employé; le fusil de guerre allemand, employé dans de rares cas; puis viennent les différents modèles de revolvers : modèle 1874, modèle 1892 et les nombreux modèles genre Browning, pistolets automatiques, etc., dont l’usage se répand de plus en plus dans les corps de troupes (armes des grenadiers, des brancardiers, des soldats qui fontun coup de main sur les tranchées ennemies). Les fusils de chasse, dont quelques exemplaires se trouvent dans les tranchées, pourront aussi être employés.
De quelle façon ces moyens sont-ils utilisés? Généralement l’homme se mutile seul, C’est un fait d'observation. Ce sera le plus souvent la nuit, pendant sa faction, quand il est à peu près 1s0lé : un coup de feu passe si facilement inaperçu dans la nuit! Se mutilant seul, les parties atteintes seront celles qui sont le plus facilement accessibles, comme les extré-
SR RE mités : main, pied. Dans les cas de mutilation de la main, le côté le plus souvent atteint sera le côté gauche, l’acte de mutilation étant plus aisé quand l’homme est droitier. Pour raison d’analogie, le soldat gaucher se mutilera de préférence à droite : d’où L'intérêt pour l'expert de rechercher si l’homme est droitier ou gaucher. Par ordre de fréquence, les
parties atteintes sont la main, et dans la main les.
doigts d’abord, puis la paume. L’avant-bras et le bras sont plus rarement lésés. Ce sontalors des sétons, des parties molles, parfois des plaies tangentielles. Les
blessures des autres parties du corps ne sont que des
exceptions : on a cité des plaies du thorax par coup de revolver. |
Les parties atteintes, et ceci est important au point de vue de l’expertise, le sont directement à travens un tissu : drap de capote ou de pantalon ou à travers du cuir: mutilation siégeant au pied.
Les mutilations dont nous venons de parler pour-
raient être dites typiques, car il existe certains cas de mutilation atypiques. Ce sont :
Les mutilations à deux. — Elles sont exceptionnelles. Elles ont pu être observées chez des gens de déplorable mentalité, anciens diciplinaires. Ce sont des mutilations par coup de feu tirés de plus ou moins grande distance ou bien des mutilations avec. truquage, qui rentrent alors dans la catégorie sui
. vante:
Les mutilations machinées. — Elles
Ha ne offrent de grosses difficultés à l'expert qui rarement pourra arriver à poser des conclusions fermes; l’inculpé prétend s’être blessé par maladresse en nettoyant son fusil, en courant, en sautant, etc. Ou bien il interposera entre le membre et l'extrémité de l'arme, un linge mouillé, destiné à faire disparaître les traces de tatouages (fait signalé par une note du G. Q: G. du 21 juin 1915), ou bien un bidon, ou encore, chose curieuse, une boule de pain mouillé. Si, par ces procédés, le tatouage est supprimé, les effets explosifs n’en persistent pas moins ‘et sont d’un grand secours pour l'expertise, de même que la discordance existant entre les déclarations de l’inculpé et le caractère des lésions constatées.
Les Hatone provoquées. — Ici, l'expertise devient inutile, la discipline seule intervient. Elles sont le fait de soldats qui, volontai- .rement, élèvent leur main au-dessus du parapet ou l’exposent derrière un créneau réputé « repéré » par l'ennemi, ou bien encore, comme il nous a été donné de le constater, au Cours d’un exercice avec les grenades Viven-Bessières (V. B.), pendant une action vive, de soldats qui laissent leur doigt sur la grenade, placée dans un tromblon à l’extrémité du fusil : cette grenade est amorcée par le passage de la balle et lancée par les gaz de la déflagration.
D'une manière générale, ces mutilations atypiques auront une double particularité :
41° Elles seront suffisantes pour rendre nécessaire l'évacuation du malade, but qu'il a cherché, elles
seront en somme d’une gravité faible quoad vilam : ce seront surtout des amputations de doigts, des plaies perforantes de la paume de la main, ou des parties molles si la blessure affecte un segment de membre.
20 Ce sont surtout des blessures qui présentent les caractères communs des blessures par armes à feu, tirées à courte distance ou à bout touchant.
Il y a donc lieu d'étudier les caractères de ces blessures à bout touchant et à courte distance ou, d’une manière générale, les caractères des blessures par armes à feu de guerre, ce chapitre fournissant des éléments indispensables pour. le diagnostic différentiel, lui-même base de l’expertise.
Mais une remarque préalable s’impose : une blessure par coup de feu à courte distance ne Sera pas nécessairement une mutilation volontaire. Elle pourra être accidentelle, une maladresse en nettoyant le fusil, dans une chute, dans un corps-à-corps ; souvent, dans les conditions de rapprochement des combattants, dans la guerre actuelle, des coups de feu sont tirés à courte distance, voire même à bout portant. Un : médecin non prévenu pourra suspecter le blessé de mutilation volontaire. Dans l’histoire, nous trouvons, au temps du premier Empire, l'exemple célèbre du chirurgien Larrey, qui, par un examen soigneux et une enquête approfondie, prouva à l'Empereur qu’un nombre important de soldats, sur lesquels pesait l’accusation grave de mutilation volontaire avaient été, en fait, blessés par les tireurs placés derrière eux. A titre eurieux, nous reproduisons, en fin d'ouvrage, cette anecdote du Mémorial de Sainte-Hélène. Un autre
exemple plus récent, cité par Chavigny, vaut la peine d’être rapporté. « Après Uskub, dit-il, les officlers serbes, voyant arriver aux évacuations une ma- Jorité d’hommes atteints de lésions des membres supérieurs (26 pour 100), crurent à des mutilations volontaires et voulaient faire passer ces blessés au Conseil de guerre. On ne fut pas, d’ailleurs, sans bientôt se rendre compte que cette réunion insolite de blessés des bras et des mains, s’expliquait par ce que, aux premiers trains d'évacuation, se rassemblaient spontanément les seuls blessés légers qui avaient pu quitter le champ de bataille par leurs propres moyens, c’est-à-dire sur leurs jambes. De ce fait, étaient réservés pour les trains suivants tous les blessés du thorax, de l’abdomen, des jambes et les blessés graves de la tête. » (Tiré des Leçons sanilaires de la guerre des Balkans, par M. le professeur Weiss),