‹ Les Mutilations Volontaires Par Coup de FeuChapitre 7 sur 21 · I. LÉSIONS PRODUITES A BOUT TOUCHANT · texte numérisé non relu

I. LÉSIONS PRODUITES A BOUT TOUCHANT

. Ces lésions diffèrent suivant qu’elles sont produites sur des téguments protégés ou non par des vêtements. Il est de toute évidence qu’une mutilation portant sur le pied ou sur un avant-bras sera totalement modifiée par la présence du cuir de la chaussure ou du drap de la capote. D’autre part, les blessures par balle de fusil de guerre modèle 1886 différeront sensiblement de celles produites par une balle de revolver. Tous ces caractères différentiels doivent être connus.

À. Fusil de guerre 1886 (F. Lebel).

a) Lésions sur les téguments non protégés.

— Deux signes nets et constants caractérisent les lésions par coup de feu à bout touchant sur les téguments nus : ce sont l'éclatement des tissus et le tatouage. cel | 4° ÉcraTemEeNT, — L’éclatement est produit par

les gaz d’explosion dont l’action est violente, d’où l’origine des gros délabrements observés. Cet éclatement est absolument indépendant de l’action du projectile. Il n’en faut pour preuve que l’absence de toute

lésion de ce genre dans les coups de feu où les gaz ont

og toute liberté d'expansion, et, d’autre part, la présence de lésions nettes d’éclatement dans les coups de fèu à blanc. Les dégâts produits par le fusil de guerre sur les téguments sont considérables étant donné la grosse charge de poudre et la puissance de larme. De plus, la résistance de la peau n’est pas un facteur négligeable : cette résistance est d'autant plus grande que le recul devant les gaz est plus limité par la présence d’un plan osseux sous-jacent. Sous l’action des gaz, la peau se déchire, éclate sur plusieurs centimètres détendue, 4 à 5 en moyenne. Après avoir déchiré la peau, les gaz pénètrent violemment entre celle-ci et les plans sous-jacents résistants : arrêtés, les gaz font éclater la peau, d’où cet aspect de déchirure étoilée qu’offre la plaie. À l'éclatement s’ajoute le tatouage.

2° Tarouace. — Il faut entendre par tatouage l’ensemble des stigmates laissés par la déflagration de la poudre sur les téguments, stigmates qui sont : un liséré noir, un dépôt de matières pulvérulentes (noir de fumée) et de l’incrustation par projeetion de grains de poudre non brûlés. Dans les lésions faites à bout. touchant, 'le liséré seul existe et c’est là un point important. La bouche du canon étant appuyée sur la peau, les grains de poudre non comburés sont projetés d'emblée avec le projectile dans la profondeur de la plaie, d’où absence d’incrustations sur la surface extérieure ; on ne trouvera que le dépôt circulaire de noir de fumée, impreignant les couches épidermiques les plus superficielles. Ce dépôt peut s enlever per lavage, grattage ou friction.

En résumé, le coup de feu tiré à bout touchant sera

0 — 23 — caractérisé par les lésions d’éclatement des tissus et par la présence d'un tatouage simplement constitué par un enfumement de l’orifice d’entrée.

Suivant le segment de membre atteint, quelques caractères particuliers s’ajoutent aux données générales exposées ci-dessus. Il importe de les signaler. Doigts. — Si la blessure intéresse la troisième phalange, c’est-à-dire si l'extrémité du doigt a été posée sur l’ouverture du canon de fusil, ce sera une abrasion totale de la phalangette; si la blessure intéresse la première ou deuxième phalange, nous constaterons une amputation transversale avec arrachement. Les lésions par éclatement n’existent pas, mais, sur la face palmaire; celle qui est en général au contact de l’arme, on retrouvera sur le pourtour de la plaie un liséré noir de 3 à 5 millimètres de largeur. Le médecin principal Chavigny cite, à cette occasion, un cas digne de retenir notre attention. Dans une de ses expertises, il a pu constater que le tatouage, dans une blessure accidentelle, pouvait s'étendre à plusieurs doigts de la main, qui étaient placés sur le même plan perpendiculaire au canon et, qu’au contraire, en cas de mutilation volontaire, on ne retrouvait aucune trace de poudre sur les autres doigts qui étaient ramenés plus bas, le long du canon. Cette constatation peut être d’un grand secours, dans certains cas, pour établir dans l'expertise et avec une quasi certitude, la position qu’occupait la main au moment où le coup de feu est parti.

- La plaie d’un doigt peut n’intéresser qu’un bord, c’est le coup de feu tangentiel. Les orifices d’entrée et de sortie se rejoignent par le bord du doigt, formant

ainsi une échancrure, plus ou moins profonde, le doigt pouvant n’être retenu que par un mince lambeau. Le tatouage existe sur la face palmaire.

Main. — La main est placée, par sa face palmaire, sur la bouche du canon qui appuie au niveau du pre mier espace interosseux en général. Les délabrements observés sont vastes. La plaie centrale est un cratère avec grosse perte de substance, cratère se prolongeant jusqu’à la face dorsale. Une partie du squelette est souvent intéressée et pulvérisée. L’éclatement se manifeste surtout à l’orifice d’entrée : sur un espace de 4 à 5 centimètres environ, les téguments sont décollés et partagés en lambeaux triangulaires qui sont souvent éversés de dedans en dehors, ou recroquevillés sur eux-mêmes. Sur la face dorsale l’éclatement se manifeste aussi : l’orifice de sortie a une forme étoilée, mais de dimensions plus grandes que lorifice d'entrée. Le tatouage se révèle par un petit liséré noir de 5 millimètres à peu près de largeur, sur la pointe des lambeaux palmaires.

De même que les doigts, la paume de la main peut être attemte tangentiellement à son bord. C’est une

échancruré plus ou moins profonde qui n’a d’autre caractère particulier que la conjonction des éclatements de la plaie d’entrée et de la plaie de sortie.

Avant-bras.— La mutilation volontaire de l’avantbras est rare. Le coup de feu sera tiré au niveau de l’espace interosséux, un peu au-dessus du poignet et suivant le diamètre antéro-postérieur. Le médecin principal Chavigny, qui à reproduit expérimentalement les lésions, les décrit ainsi : « On constate du

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