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CHAPITRE V

Mycétome noir de Bouîffard à Aspergillus Bouffardi, n. sp. Brumpt, 1906.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Le seul et unique casde ce mycétome a été découvert à Djibouti par Bouffard (12); un cas présentant quelque analogie au point de vue macroscopique avec celui qui fait l'objetde ce présent chapitre, semble avoir été vu par Lewis (60, p. 322, specimen 11 et fig. 11, p. 367), mais il est impossible de se prononcer à cet égard.

ASPECT CLINIQUE. — Nous reproduisons dans les lignes qui suivent l'observation du malade telle qu'elle a été publiée par Bouflard ; elle mérite, par l'intérêt qu'elle présente, l'extension que nous lui donnons.

OBSERVATION CLINIQUE. — ( Le 13 janvier 1903, entre à l'hôpital un Dankali âgé de 20 ans, originaire des environs d'Obock : il est porteur d'une tumeur du pied gauche ; le début de l'affection remonte à quatre ans; cet indigène, fils de chef, a beaucoup voyagé dans le désert; il n’a aucune idée sur la cause de sa maladie et quand nous attirons son attention sur les blessures possibles par les épines de Mimosa qui jonchent le sol du désert, il ne se rappelle pas avoir été sérieusement blessé. L'état général est excellent : il n'a jamais de fièvre, il n'a point maigri; son pied seul, dit-il est malade. La marche est devenue difficile la deuxième année et si elle est encore possible, elle ne peut se faire qu'à l’aide d'un bâton; le point d'appui sur le pied malade est le talon.

« La tumeur siège à la partie antérieure du pied qui, globuleux à ce niveau, est normal dans son tiers postérieur. À la face dorsale, au niveau de la tête du troisième métatarsien, se voit une tumeur très dure, grosse comme un œuf de Poule: à sa surface la peau est saine et nullement amincie. Sur les faces plantaire et dorsale, dans l'épaisseur de la peau, on observe une quinzaine de petites tumeurs dures, ovoides, grosses

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comme des petits Pois : à leur niveau, la peau est très tendue, amincie, et elle se déchire par la légère pression du stylet; chaque tumeur contient un ou deux grains noirs,

«Les grains extirpés, nous explorons ces différents eratères, pensant que nous nous trouvons à l’orifice de trajets fistuleux qui vontconduïire notre stylet jusqu'au centre de la tumeur. Il n’en est rien; notre instrument est constamment arrêté par une paroi fibreuse très résistante; il n'existe aucune trace de trajets fistuleux ; ces petites tumeurs périphériques sont indépendantes les unes des autres et l’incision exploratrice seule pourra nous renseigner sur la nature de l'affection. L'état globuleux du pied, dont la circonférence mesure au tiers antérieur 8 cent. 5 de plus que celle du pied sain, indique évidemment que la maladie ne se limite point aux quelques grains enkystés dans l'épaisseur du derme. Nous prenons donc nos dispositions pour que l’incision exploratrice se transforme selon les besoins en une intervention plus importante. Notre malade est chloroformé le 20 janvier; c'est à la plante du pied que nous opérons. Incision cruciale de 8 centimètres sur cette tumeur dure de consistance pierreuse. La peau est naturellement très épaisse; dans toute l'étendue de la tumeur, elle est adhérente aux couches profondes.

« Aprés incision du derme, le bistouri pénètre en criant dans un {issu fibreux parsemé de nombreuses petites loges contenant chacune un grain noir. Aucune trace de tissu cellulaire et de tissu adipeux qui ont été transformés en tissu fibreux.

« Pas une goutte de pus. Nous procédons à l’extirpation du parasite par un curetage total de la plante du pied, qui exige quatre heures d'un travail très minutieux. Nous ne nous arrêtons qu'au muscle interosseux.

« La peau, le tissu cellulaire sous-cutané, le tissu adipeux ont été seuls envahis par le Champignon; les muscles, les tendons, les vaisseaux, les os sont sains. Ce caractère clinique a une grande importance; les diverses observations du mycétome à grains noirs mentionnent toutes une désorganisation complète de la région atteinte, une destruction musculaire, une ostéite raréliante. Ici rien de semblable, mais tout simplement une transformation du tissu graisseux en tissu fibreux ; le parasite semble être impuissant par lui-même à franchir les aponévroses musculaires et tendineuses, le périoste; ilest fort possible qu'il ne puisse le faire qu'aidé par une bactérie pyogène. Dans cette observation on se rend compte que le Champignon a suivi la voie facile du tissu adipeux pour envahir le pied dans toute son épaisseur.

« Nous fermons le champ opératoire par des points de suture en laissant cependant la place suffisante pour un drainage à la gaze. Pansement compressif. Suites excellentes, sans fièvre et sans suppuration; pas d'élimination de grains noirs; un mois après l'intervention, la plaie est totalement cicatrisée; la peau est souple et on ne trouve au palper aucune induration pouvant faire craindre la reproduction du Champignon.

« En présence d’une tumeur à évolution aussi lente,il n'était point néces-

s'il re

saire de débarrasser rapidement notre malade de son peu encombrant parasite. Aussi n'est-ce qu'un mois après la première opération que nous intervenons une seconde fois. Le 22 février, incision cruciale au niveau de la tumeur ligneuse siégeant sur la face dorsale à la hauteur de la tète du troisième métatarsien ; nous trouvons cette tumeur grosse comme un œuf de Poule constituée exclusivement par du tissu fibreux farci de grains noirs enkystés, chacun dans sa loge et sans aucune communication fistuleuse entre eux. La couleur du grain facilite beaucoup l'extirpation totale de cette tumeur et le nettoyage complet de la région également envahie par le parasite ; les métatarsiens sont sains ; les muscles, tendons et gaines vasculaires ont été épargnés par le Champignon. L'intervention n'est en somme qu'une fine dissection; nous ne pümes, en une seule séance. terminer le curetage complet de la face dorsale et après trois heures de chloroforme, sans suturer, nous pansons la plaie opératoire à la gaze iodoformée et trois jours après nous intervenons une troisième fois, enlevant à la partie antéro-interne du pied de nombreux grains noirs toujours enkystés dans du tissu fibreux. Les suites opératoires furent excellentes ; exsudation séreuse: pas d'élimination de grains noirs ; la cicatrisation est complète le vingtième jour.

« Nous sommes alors à deux mois de la première intervention ; le pied opéré a repris le volume du pied sain; les cicatrices sont solides: Fimpotence fonctionnelle disparait peu à peu: avec le massage et l'électricité, nous redonnons de l'élasticité à ce pied inutilisé depuis plusieurs mois et notre malade peut rentrer dans son village paraissant complètement guéri de son affection parasitaire. Il est entendu qu'il reviendra, tous les trois mois environ, nous montrer son pied.

«En juin, cinq mois après l'opération, notre sujet marche très bien : il ne souffre pas; les cicatrices sont solides. Sur la face dorsale, au niveau de la tête du 2° métatarsien, à un demi-Ccentimère de la cicatrice, se voit une petite tumeur, dure, grosse comme un petit Pois, qui incisée, laisse échapper deux grains noirs; le stylet ne révèle aucun trajet fistuleux: nous curettons puis cautérisons au chlorure de zine ce petit nodule parasité. À un centimètre en arrière de la saillie de l'extrémité postérieure du 5° métatarsien. on trouve une tumeur grosse comme une noisette, qui incisée, contenait sept grains noirs ; aucune trace de trajets fistuleux, cautérisation au chlorure de zinc de la paroi fibreuse.

« En octobre, nous revoyons notre opéré dans son village, à Tadjourabh ; il se dit complètement guéri et a fait plusieurs fois à pied le voyage de Tadjourah en Abyssinie, qui dure quinze jours. Nous examinons son pied qui présente à la face dorsale deux petits nodules indurés. N'ayant aucun instrument, nous conseillons à cet indigène de venir nous voir à Djibouti.

« En janvier 1904, il se rend à l'hôpital et nous lui enlevons les deux petites tumeurs dermiques contenant chacune trois grains noirs, enkystés dans du tissu fibreux. |

« En juillet, dix-huit mois après la première intervention. notre indigène, toujours heureux de pouvoir suivre dans le désert, pendant de longs jours,

ses Caravanes de Chameaux, ne présente plus aucune trace de son affection mycélienne. On ne trouve aucune induration dans l'épaisseur du

derme révélant la présence de grains noirs.

« Cette observation montre que nous nous sommes trouvé en présence d'une forme non suppurée du mycétome à grains noirs. »

Notre ami, le Dr Bouffard nous ayant envoyé, à diverses reprises,

de Djibouti, des pièces anatomiques provenant de ce malade nous avons pu en faire une étude détaillée qui confirme entièrement, et complète à certains égards, la description qu'il en à donnée.

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