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Dans les points envahis par le parasite, le tissu conjonctif est partout sclérosé et le bistouri le coupe en criant; le tissu adipeux, si abondant surtout sur la sole plantaire, a disparu au point malade (pl. XII, fig. 6). Tous les autres tissus du pied, os, cartilages, muscles, tendons, nerfs, semblent sains, malgré la longue durée de l'affection.
Le foyer tarso-métatarsien semble ancien, car on y rencontre de nombreux trajets fistuleux anastomosés entre eux,ayant de 2 à 5 millimètres de diamètre, et dans lesquels se trouvent des grains parasitaires assez volumineux (fig. 11) baignant dans un liquide purulent peu abondant. Ces différents foyers semblent communiquer entre eux par des trajets passant entre les tendons et les aponévroses.
Nous avons incisé le pied sur sa face interne, au-dessous de la malléole, au niveau des fistules signalées précédemment; l'aspect est le même que sur la coupe sagittale; les nodules parasitaires nombreux sont séparés les uns des autres par des faisceaux scléreux denses, le tissu adipeux a disparu et la malléole interne est intacte.
Anatomie pathologique. — Nous avons effectué de nombreuses coupes, sur dix fragments prélevés en divers points malades du pied. Certaines de ces coupes passent par des fistules (pl. XVII, fig.3) en voie de cicatrisation, d’autres, au niveau de tubercules superficiels encore intacts.
Malgré nos recherches, il nous a été impossible de trouver des tubercules au début de leur développement. Dans un seul nodule, qui semblait vidé de son grain, nous avons rencontré un certain nombre de cellules géantes disposées irrégulièrement, et entre lesquelles il nous a été impossible de rencontrer des filaments mycéliens. Dans certaines autres mycoses, ces filaments sont faciles à mettre en évidence au milieu de cellules géantes.
Tous les nodules que nous avons observés présentaient à peu près la même structure. Leur diamètre, quand ils sont isolés, est d'environ 3 ou 4 millimètres; au centre du nodule se trouve le grain (pl. XX, fig. 5), entouré d'un peu de pus formé de polynucléaires et de quelques grands mononucléaires ; autour de cette masse se trouve un tissu friable, formé d'un réseau conjonctif très lâche infiltré de cellules embryonnaires, de macrophages et de polynucléaires; ce tissu est fortement vascularisé par de nombreux capillaires néoformés, qui se déchirent facilement; les petites hémorragies sont communes. Autour de ce tissu vascularisé, le tissu conjonctif se tasse; il est réduit aux seuls éléments fibrillaires et forme une enveloppe scléreuse résistante. Certains nodules, formés par la fusion de plusieurs autres, renferment plusieurs grains.
Grains. — Les grains parasitaires qui caractérisent les mycétomes sont, dans ce cas particulier, petits et blancs. Leur taille varie de 1/10 à 1 millimètre au maximum (fig. 10); les gros semblent d’ailleurs formés par l'agglutination de plusieurs petits. Ce qui frappe au premier abord, quand on les examine au microscope, à un faible grossissement, c'est leur forme, qui rappelle les excréments des vers de terre. Un aspect semblable, quoique différent à certains égards, a déjà été signalé par Bouflard (12)
dans une étude fort complète sur un cas de mycétome à grains noirs. Les grains du cas que nous examinons sont formés par l'enroulement d'un cordon de 1/4 à 1/5 de millimètre de diamètre; ils sont mous et se laissent écraser facilement entre lame et lamelle. Ils sont constitués par un feutrage très serré de filaments mycéliens cloisonnés, qui se terminent généralement par un renflement périphérique. Ces filaments sont réunis entre eux par un cément peu abondant, dont il est facile de se débarrasser par l’ébullition dans une solution de potasse caustique.
Sur les coupes, les grains se montrent sous forme de petites masses circulaires, elliptiques ou rénifocmes (pl. XVIL fig. 6; pl. XVII, fig. 2 et 3), suivant le point du grain par lequel passe la coupe. Ils sont consti-
Fig. 10. — Grains àagés du mycétome à Zndiella Reynieri. >< 45.1 grain montrant le début de l’enroulement.
tués par un feutrage dépourvu de pigment et ne possèdent pas de hile.
Mycélium. — Les filaments du Champignon qui constituent les grains sont grèles, leur diamètre moyen est de 1 » à 1 » 1/2; ils présentent des cloisons faciles à voir (1 fig. 11) distantes de 10 à 15 ». Vers la périphérie, comme dans tous les autres mycétomes que nous avons étudiés précédemment, les filaments deviennent irréguliers, moniliformes, leur paroi cellulosique s'épaissit (2, 3, 4, 5, 6 fig. 11); en se réunissant ils forment un feutrage qui donne au grain sa forme caractéristique. C’est également dans cette couche périphérique que se rencontrent les chlamydospores terminales ; quelques-unes sont divisées en deux et même en trois loges (7, 8, 9, fig. 11). Leur diamètre oscille entre 5 et 20 ». Les chlamydospores intercalaires situées sur le trajet des filaments se rencontrent aussi en divers points du grain, elles sont toujours rares.
Sur les coupes, les filaments ne prennent pas le Gram et ils se colorent très mal par l'hématéine-éosine. Par contre, on arrive à bien colorer le
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contenu protoplasmique des filaments par le bleu Borrel ou le bleu coton dissous dans l'acide lactique. Ces dernières méthodes permettent de monirer que les sclérotes, ou grains, observés sont bien vivants puisqu'ils renferment un grand nombre de filaments et de chlamydospores remplis de protoplasme. On ne constate jamais dans ces grains d'association bactérienne, comme cela se rencontre dans d'autres mycétomes.
A quelle espèce de Champignon avons-nous affaire? Le Champignon que nous venons d'étudier est ramifié latéralement et pourvu decloisons, il s'éloigne considérablement du parasite de l’actinomyoese ou de celui du mycétome à grains blancs de Vincent. Les ‘caractères du grain ou
Fig. 11. — Eléments constituant les grains du mycétome à Zndiella Reynieri. 1, forme filamenteuse jeune du centre des grains ; 2, 3, 4, 5, 6 filaments périphériques ; 7, 8, 9 diverses formes de chlamydospores terminales vues en coupe optique, les formes cloisonnées sont très communes. x 1000.
sclérote, la disposition et la structure des chlamydospores terminales, le mode de ramification des filaments lui donnent les plus grandes ressemblances avec les Champignons de l'ordre des Ascomycètes et de la famille des Périsporiacés dans laquelle se rencontrent les Aspergillus et le sous-genre Sterigmatocystis. Comme nous n'avons pas pu faire de culture du Champignon en question, et quoique notre impression est qu'il appartient au genre Aspergillus, nous le faisons rentrer dans le genre provisoire Indiella, que nous avons créé pour classer provisoirement tous les Champignons cloisonnés dépourvus de pigment que l’on rencontre dans les mycétomes. Comme l'espèce que nous étudions est absolument nouvelle comme parasite des mycétomes, nous nous faisons un plaisir de la dédier au docteur Reynier,
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Le Champignon de ce mycétome parisien deviendra donc l'Indiella Reynieri n. sp. Brumpt, 1906.
Il est probable, pour ne pas dire certain, que cette espèce est l’une des nombreuses Moisissures que nous avons l’occasion de rencontrer autour de nous; le jour où un nouveau cas de mycétome identique à celui que nous venons d'étudier se présentera, la culture permettra peutêtre d'identifier le parasite avec un des nombreux Aspergillus ou Sterigmatocystis qui nous entourent; ce jour-là, notre espèce devra tomber en synonymie; elle aura eu tout au moins l'avantage de mettre un peu d'ordre dans cette question encore si complexe des mycoses spontanées de l'Homme.
Voici la diagnose de cette espèce.
Indiella Reynieri n. sp. Brumpt, 1906. — Mucédinée à thalle blanc, vivant en parasite chez l'Homme. Le mycélium jeune est grêle, d'un diamètre de lu à 11/2, les cloisons sont distantes de 10 à 15 w. Les filaments périphériques, irréguliers, moniliformes,acquièrent un diamètre de 4 à 5u et les cloisons sont plus rapprochées que dans les filaments centraux. Les filaments se terminent presque tous à la périphérie par une chlamydospore, souvent divisée en deux ou trois loges, d'un diamètre variant de 5 à 20 ». Les chlamydospores intercalaires sont plus rares.
Les filaments restent toujours accolés les uns aux autres et forment un grain ou selérote tout à fait caractéristique, arrondi quand il est jeune; il se transforme,en vieillissant, en un cordon enroulé ressemblant à des excréments de Ver de terre; les dimensions de ce grain ne dépassent pas 1 millimètre de diamètre.
Habitat. Paris.