CHAPITRE VIII
Mycétome blanc à Indiella Reynieri n. sp. Brumpt, 1906.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Le seul et unique cas de cette espèce de mycétome vient d'être trouvé à Paris par le D' Reynier, chirurgien des hôpitaux, membre de l'Académie de médecine, il a bien voulu nous en confier l'étude.
OBSERVATION CLINIQUE. — Voici l'observation clinique telle que Reynier l’a présentée à l'Académie de médecine dans la séance du 19 juin 1906.
Messieurs, je viens aujourd'hui, en mon nom et encelui de M. Brumpt, vous apporter la première observation qu'on ait recueillie en France de « Pied de Madura », la seconde qu'on ait publiée en Europe.
(s'agit d'un homme de 51 ans, très intelligent, ce qui m'a permis d'avoir une histoire de la maladie aussi complète que possible. Cet homme a toujours élé valet de chambre, et n’a jamais quitté Paris, il n’a jamais marché pieds nus, si ce n'est dans sa chambre en se levant et en se couchant. Et quand on l'interroge pour savoir s'il a souvenance d'une plaie au pied, il répond qu'il n'en a eu aucune. Il quittait quelquefois son soulier, conservant ses chaussettes pour frotter. Est-ce dans cet exercice que l’inoculation à pu se produire.
« Toujours est-il que c'est en 1892 que le mal a débuté par un petit poin rouge de la grosseur d'une lentille au milieu de la plante du pied, point qu'il prit pour un furoncle. Il perça, il s'écoula un peu de sérosité purulente et il ne s’en inquiéta pas tout d'abord, mais peu à peu se formait un petit durillon, qui ne lui faisait mal que quand il mettait le pied sur un Caillou. Ce durillon augmentant et le pied commençant à ce niveau à se tuméfier, il entra dans le service du D' Ducastel à Saint- Louis, qui lui mit de l'emplâtre de Vigo et quelques pointes de feu qui ne firent rien diminuer. Deux ans après, en 1896, il entrait de nouveau dans le même hôpital chez le D' Danlos, qui mit des compresses de sublimé
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et fit faire cette reproduction en cire par M. Baretta, reproduction que j'ai trouvée au Musée de l'hôpital Saint-Louis, et que je vous présente aujourd'hui.
«En 1901 le pied se mit à enfler, il doubla de volume, il resta ainsi, nous dit le malade pendant 5 ans, pendant lesquels le malade souffrit, d'après son dire, des douleurs atroces. En 1903, il entrait dans mon service: j'avais alors comme assistant notre regretté collègue M. Bouglé.
«Nous fümes frappés de l'aspect œdémateux, dur, de ce pied, doublé de volume, de la peau qui était à la face plantaire épaissie et formant des plis, à la face dorsale tendue et semblant infiltrée. Si le pied avait l'aspect œædémateux, cependant l'impression du doigt n’y laissait pas de trace. Ce gonflement dur s'arrêtait alors au niveau des malléoles. L'articulation tibio-tarsienne était mobile.
(A la surface de la peau se voyaient de petites saillies verruqueuses violacées ressemblant à des dilatations superficielles. Certaines saillies, quand on les pressait, laissaient sourdre un peu de sérosité songuinolente. Au niveau de la malléole interne existaient des veines variqueuses qui donnaient l'aspect de certains pieds violacés à dilatations veineuses succédant à des thromboses veineuses.
«Devant cette lésion, nous avons pensé tout d’abord à la tuberculose. Mais bien vite nous rejetämes ce diagnostic, car la radiographie nous montra des os sains et nous n'avions là aucun caractère d’une tuberculose des parties molles.
« Après avoir discuté tuberculose et syphilis, nous pensämes à l’actinomycose et nous demandâmes au Dr Josué de nous faire des examens histologiques et bactériologiques qui, malheureusement, ne nous renseignèrent qu'imparfaitement. Dans une série de préparations on crut voir des débris d’actinomycète. Mais cependant, M. Josué ne voulut pas être affirmatif.
«Nous fimes prendre au malade de l’iodure de potassium pendant deux mois sans résultat. Le malade nous quitta à ce moment, souffrant moins, cette diminution de douleur était due au repos. En eflet, dès qu'il essayait de marcher, les douleurs revenaient, et, ne pouvant travailler, il se décidait à rentrer de nouveau à Saint-Louis, dans le service du D' Hudelo, qui de nouveau, comme nous, eut recours aux pansements humides et à l’iodure de potassium et, comme nous, n'en obtint aucun résultat.
«Au mois de juin 1905, il fut vu par Poncet, de Lyon, qui en fit de l'actinomycose et l'envoya à Schwartz qui de nouveau remit à l'iodure de potassium le malade pendant deux mois sans obtenir plus que ses collègues. C’est alors que le malade souffrant toujours, desespéré, revint me trouver et me demanda de lui-même l’amputation, dont j'avais parlé devant lui avec mon pauvre ami Bouglé.
«L'amputation s'imposait encore plus lorsqu'il entra à la fin d'avril de cette année dans mon service.
« Le pied avait augmenté, la lésion paraissait plus diffuse. Lorsqu'il était venu la première fois, le maximum du gonflement correspondait au tarse. Lorsqu'il revint, l'æœdème dur du pied était remonté au-dessus des
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malléoles. La région tibio-tarsienne était dure, infiltrée, la peau laissait voir des veines variqueuses ; le pied était violacé, comme il le serait dans une jambe dont, par le fait d'une phlébite, la circulation veineuse se ferait mal.
« Sur le pied existaient toujours des petites élevures violacées ; par quelques-unes, en pressant, il sortait un peu de sérosité.
« Le 26 janvier, je l'opérais.
« Tout d'abord, j'essayai de faire une désarticulation tibio-tarsienne, mais, la peau coupée, je me trouvai sur un tissu fibreux, dans lequel étaient englobés, confondus, les tendons, les vaisseaux, les nerfs, dont la dissection était impossible. Incisant la peau de la jambe verticalement, j'essayai de voir où s'arrêtait le processus fibreux, et je vis que les tissus ne reprenaient leur aspect normal qu'à 3 centimètres de l'articulation tibio tarsienne, C'est là que je me décidai à amputer la jambe, faisant en somme une amputation au tiers inférieur. Les suites opératoires furent simples, le malade ne suppura pas, et, un mois après, il quittait le service ne souffrant plus, muni d'un pied artificiel. »
Note sur le mycétome opéré par M. le D' Reynier (E. BruMmpt).
Le pied opéré présentait à sa surface un certain nombre de boutons arrondis, d'un diamètre moyen de 3 millimètres (pl. XII, fig. 1). Ces boutons sont au nombre de 65 sur la face plantaire et de 20 sur la face interne du pied, au-dessous et en avant de la malléole. Presque tous ces boutons sont percés à leur sommet d'un orifice ayant environ 1 millimètre de diamètre. À cet orilice fait suite une cavité de 2 ou 3 millimètres de profondeur, ou bien un trajet fistuleux très gréle pouvant aller assez loin dans le pied en s'anastomosant de temps à autre avec d'autres canaux (pl. XVIL, fig. 3). Ces fistules ne renferment qu'une quantité insignifiante de pus, et on comprend que le malade n'ait jamais éprouvé la nécessité de porter un pansement.
Ces boutons représentent simplement des tubercules parasitaires souscutanés, ayant anémié et distendu la peau (pl. XVII, fig. 2). Ceux qui sont fermés contiennent leur grain caractéristique, ceux qui sont ouverts l'ont évacué à l'extérieur (pl. XVII, fig. 3). Certaines de ces minuscules fistules sont en voie de cicatrisation. Il est probable que, depuis le début de l'affection, la trace de beaucoup de tubercules vides a dû disparaitre après cicatrisation.
Pour étudier la topographie des nodules parasitaires dans l’intérieur du pied, nous avons effectué dans celui-ci une coupe sagittale médiane passant entre le deuxième et le troisième orteil.
On aperçoit sur la coupe (pl. XIII, fig. 6) trois foyers malades. Le premier est situé sur la sole plantaire, au niveau de nombreuses fistules signalées ci-dessus (foyer plantaire); le second se trouve à la base du second métatarsien (foyer tarso-métatarsien) ; le troisième, de petite taille. est placé au-dessus de la tête du second métatarsien (foyer métatarsophalangien). Tout le reste du pied est sain.