INTRODUCTION
Il suffit d'envisager d’où vient le progrès pour se convaincre que, réduite à la seule clinique, la médecine retomberait fatalement dans l’empirisme, dont les savants ont eu tant de peine à la tirer. Les sciences que l’on désigne sous le nom dédaigneux de sciences accessoires sont en réalité la base solide sur laquelle repose l’art médical. C’est à elles, et à elles seules, que la médecine doit d’être entrée dans la voie du progrès et d’avoir abandonné les systèmes pour adopter résolument la méthode expérimentale, qui seule peut conduire à la conquête de la Vérité.
(R. BLancaarp. Leçon d'ouverture du cours d'histoire naturelle médicale à la Faculté de médecine de Paris, 7 mars 1898.
Nous avons l'intention dans ce travail de donner une monographie aussi complète que possible, des tumeurs inflammatoires produites par des Champignons et connues sous le nom de mycétomes.
Nous définirons les mycétomes : («des mycoses inflammatoires produisant des grains formés exclusivement par un feutrage mycélien et devant être éliminés à l'extérieur par des fistules plus ou moins développées »
Cette définition nous permet d'éliminer du cadre de notre étude les blastomycoses et les mycoses superficielles ou profondes ne produisant pas les grains caractéristiques des mycétomes.
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Les mycétomes actuellement connus sont produits par des Champignons appartenant soit à l'ordre des Ascomycètes et à la famille des Périsporiacées (Aspergillus, Sterigmatocystis), soit au groupe essentiellement artificiel des Mucédinées ou Fungi imperfecti.
On désigne sous le nom de Mucédinées (du latin mucedo, Moisissure), des Champignons à thalle filamenteux, géuéralement cloisonné, dont on ne connaît que le mode de reproduction par conidies. Les Aspergillus et beaucoup d'autres espèces, mieux connues actuellement, étaient rangées autrefois dans cet ordre. La découverte de leur appareil reproducteur (périthèce) a permis de les ranger dans les Ascomycètes. Beaucoup de Mucédinées passeront dans les autres ordres de Champignons le jour où elles seront mieux connues. Les parasites des mycétomes, tels qu'ils apparaissent dans les tissus et tant que l’on ne découvre pas d'appareil reproducteur qui permette de les classer définitivement, doivent être rangés par prudence dans l’ordre des Mucédinées, quoique dès maintenant, par suite de leurs caractères botaniques, on puisse pressentir leurs affinités avec d'autres genres pathogènes bien connus.
Nous reconnaissons huit espèces de mycétomes.
1° Mycétome actinomycosique ou actinomycose produit par le Discomyces bovis (Harz, 1877).
20 Mycétome blanc de H. Vincent produit par le Discomyces Madurae (Vincent, 1894).
3° Mycétome blanc de Nicolle produit par l'Aspergillus (Sterigmatocystis) nidulans (Eidam 1883).
&o Mycétome noir de Bouffard produit par l'Aspergillus Bouffardi n. Sp. Brumpt, 1906.
5° Mycétome noir classique produit par le Madurella mycetomi (Laveran, 1902).
6° Mycétome blanc de Manson produit par l'Indiella Mansoni n.g. n. sp. Brumpt, 1906.
7 Mycétome blanc de Reynier et Brumpt produit par l'Indiella Reynieri n. sp. Brumpt, 1906.
8 Mycétome blanc de Bouffard produit par l'Indiella Somaliensis n. sp. Brumpt 1906.
Les mycétomes du type 1 et 2 sont produits par des Discomyces,
Mucédinées très inférieures en organisation; tous les autres mycetomes, qu’ils soient à grains blancs ou noirs, sont produits par des Mucédinées à thalle cloisonné, les types 3 et 4 ont pu être séparés de ce groupe et être rangés dans les Ascomycètes, l'appareil végétatifdesautres, bien qu'indiquantla plus grande parentéavec les Aspergillus, ne permet pas de les classer autrement qu’en leur donnant des noms génériques et spécifiques provisoires comme cela se fait en paléontologie, noms provisoires qui jettent un peu de lumière sur notre sujet et qui disparaîtront d'ailleurs, le jour où des cultures de ces parasites pourront être obtenues.
On a signalé, à diverses reprises, dans l'Inde et en Egypte, des mycétomes à grains rouges ;ils s'agit vraisemblablement d’une affection mycosique, mais nous ne possédons aucune description microscopique de ces cas (1).
Nous allons étudier successivement les huit espèces de mycétomes que nous venons de classer; mais avant de commencer cette description, nous croyons bon de faire une étude critique de nos connaissances sur les Champignons et sur leur rôle pathogène.
(1) Pendant que ce travail était sous presse, nous recevions de notre ami Bouffard, le 12 juillet 1906, une carte venant du Sénégal que nous transcrivons ici :
« Voyage bien lent ; pas d’eau dans le Sénégal. Je dois quitter Saint-Louis le 3 juillet, en attendant je travaille un peu dans le Laboratoire de Thiroux. J’ai observé à l’hospice civil, un cas de mycétome du genou à grains rouges. J’ai isolé un Penicillium qui donne de superbes cultures rouges. Je l’expérimente actuellement chez les animaux .»
Nul doute que d'ici quelques semaines notre excellent confrère ne nous fasse connaître, d’un façon complète, cette curieuse mycose qu’il est particulièrement apte à étudier, étant données ses études spéciales sur cet intéressant sujet de pathologie exotique.
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