‹ Les mystères d'Éleusis [microform]Chapitre 170 sur 290 · Plutarque, Sur Isis ei Osiris · texte numérisé non relu

Plutarque, Sur Isis ei Osiris

3. Foucart, Les Mystères d'Eleusis, p. 284 et suiv. — Theodor. Wechter, Reinheiîsvorschrifien im griechischen Kull, 1910.

Il faut, pendant toute la durée des Mystères, s'abstenir de tout contact avec un cadavre ou une femme en couches.

« Maia est la même que Perséphone, comme étant mère et nourricière. Car la déesse est chthonienne et Déméter la même. Et on lui a consacré le coq. Voilà pourquoi les mystes de cette déesse s'abstiennent d'oiseaux de basse-cour. Il est proclamé aussi à Eleusis de s'abstenir d'oiseaux de basse-cour, de poissons, de fèves, de grenades, de pommes; et de même ils contractent une souillure en touchant une femme en couches ^ ou un être mort. Et quiconque connaît la nature des apparitions sait pourquoi il faut s'abstenir de tout oiseau, et surtout en parlant au milieu de gens qui ne savent pas » (Porphyre, De Vabstinence, IV, 16).

Julien parle aussi, d'une façon générale, de l'abstinence de poisson {Discours, V, 11, édition Talbot, 176 d).

Mais Ëlien semble restreindre la défense à quelques espèces :

a J'ai parlé plus haut de la iriglé. Ce que je n'ai pas dit, je le dirai maintenant. A Eleusis elle est honorée par ceux qui reçoivent l'initiation, et la raison de cet honneur est double : les uns disent parce qu'elle a des petits trois fois par an; les autres, parce qu'elle mange le lagos (lièvre de mer) qui est mortel pour l'homme. Peut-être parlerai-je de la triglé une autre fois » (Élien, Hisî.An.,ÎX,m).

<c Ceux qui se font initier aux deux déesses ne sauraient goûter au galéos, disent-ils; car ce n'est pas un mets pur, puisqu'il enfante par la bouche; mais d'autres disent qu'il n'enfante pas par la bouche, mais, craignant quelque ennemi, il avale ses petits et les cache, ensuite, quand celui qui l'a effrayé est parti, il les vomit de nouveau vivants. Quant à la Iriglé, les mêmes mystes n'en goûteraient pas, ni la prêtresse d'Héra à Argos. » (Élien, Hist An., IX, 65).

a ...ce qui est défendu dans les Mystères, grenade, pomme, oiseaux de basse-cour, et poissons : iriglé, éruîhrinos, mélanouros, carabos, galeos » (Schol. de Lucien, Dial. des courtisanes, VII, 4).

« ...Bragmanes et Samanées qui ont une telle continence qu'ils se nourrissent soit des fruits des arbres près du fleuve du Gange, soit de l'aliment public du riz ou de la farine... Euripide rapporte qu'en Crète les prophètes de Jupiter s'abstenaient de chairs et d'aliments cuits. Le philosophe Xénocrate, au sujet des lois de Triptolème chez les Athéniens, dit que trois préceptes seulement

1. Dans le temple de Despoina en Arcadie, il était défendu d'initier une femme enceinte ou allaitant un nourrisson (Dittenberger, Sylloge, 939, I, 12). Ainsi dans les initiations des femmes aux Mystères d'Eleusis — qui se faisaient aux Thesmophories — nous pouvons supposer qu'il y avait des défenses et des prohibitions analogues à celles que la religion imposait aux hommes.

sont posés dans le temple d'Eleusis : honorer ses parents, vénérer les dieux, ne pas se nourrir de chair. Orphée, dans son poème, réprouve la nourriture par les chairs » (Saint Jérôme, Contre Jovinien II, 14),

Pausanias rapporte (I, 37, 3 et VIII, 15, 1) qu'on s'abstient de fèves à Eleusis, mais il n'ose pas donner la raison de cette abstention.

La nécessité de la purification par l'abstinence est reconnue ailleurs qu'à Eleusis, comme le prouve le texte de saint Jérôme que l'on vient de lire.

Elle est reconnue chez les Pythagoriciens :

D'après Plutarque {Propos de table, VIII, De Vulililé des ennemis, 9), ils devaient s'abstenir de tout poisson; d'après le même auteur {ibid., IV, 5, 8), ils devaient s'abstenir du poisson appelé iriglé et du poisson appelé ascalaphé.

« Suivant les Pythagoriciens, la pureté consiste en purifications, bains, aspersions, dans l'abstention de deuil, à ne pas toucher de femme en couches ni de chose souillée, à s'abstenir de manger des animaux morts de maladie, et des chairs, et de triglés et de mélanures, et d'œufs, et d'oiseaux qui font des œufs, et de fèves, et des autres choses que défendent aussi ceux qui accomplissent les télétés dans les cérémonies sacrées (Diogène Laërce, VIII, 31).

|En Egypte, suivant Hérodote (II, 37), les Égyptiens ne cultivent pas les fèves et les prêtres ne supportent même pas de les voir.

Un silence d'une certaine durée est-il imposé aux candidats à l'initiation?

Nous savons qu'un silence de cinq ans était imposé aux disciples de Pythagore :

a Silence : et je serai plus silencieux que les initiés à Pythagore, parole que l'on dit de ceux qui se taisent entièrement, parce que les disciples de Pythagore avaient l'ordre de pratiquer le silence pendant cinq ans » (Suidas, au mot Siopé).

Nous savons par Eusèbe ^ que certains Gnostiques imposaient à leurs disciples un silence de cinq ans à la façon des Pythagoriciens .

Nous pourrions en conclure qu'il y a aussi une période de silence imposée aux mystes d'Eleusis.

1. Hisl. EccL, IV, 7, 148. Voir Matter, Hisî. du gnosîicisme, t. II, p. 18.

En tout cas, Hésychius, en son Lexique, appelle V Initiant un Silencieux ^.

Le silence est la règle pendant la célébration des Mystères :

« Ils se taisaient comme dans les Mystères » est-il dit dans Philostrate {Vit. Apoll., I, 15);

On ne reçoit que les gens qui sont dignes et on écarte en particulier les criminels ^ :

« Par cette voix du héraut, dit Suétone, les criminels et les impies étaient écartés de l'initiation » (Suétone, Vie de Néron, 34).

Quand les candidats à l'initiation sont d'origine étrangère, ils doivent être présentés par un mystagogue athénien; les isotèles peuvent jouer le rôle de mystagogues ^.

Les grandes phases de la fête, pendant laquelle on initie les mystes, se succèdent, paraît-il, de la façon suivante * :

Le 13 Boédromion, les éphèbes athéniens se rendent à Eleusis.

Le 14, la procession va d'Eleusis à Athènes et porte les hiéra à l'Éleusinion d'Athènes, sanctuaire bâti sur l'Acropole.

Le 15, les postulants se présentent à l'Éleusinion, accompagnés par leurs mystagogues. Alors se fait la grande proclamation préliminaire, ou prorrésis, le renvoi des indignes, la réunion de ceux qui sont admis.

Le 16, les mystes vont se purifier dans la mer; chacun purifie un porc, qui est ensuite sacrifié.

Le 17, les postulants offrent des fleurs à Dionysos. Ils restent à la maison pendant la procession qui va au temple d'Asclépios, et pendant les cérémonies qui se déroulent dans le temple.

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