‹ Les mystères d'Éleusis [microform]Chapitre 187 sur 290 · Lucien, Epigr · texte numérisé non relu

Lucien, Epigr

« ... Elle s'avance vers la profondeur de l'être. Or la profondeur de chaque chose, c'est la matière... » (II, 4, 5).

Le myste reçoit parfois la lumière dans l'obscurité :

« Si la lumière vient vers cet être-là, l'âme qui reçoit la lumière ne l'a pas toujours avant de la recevoir; elle l'a cependant en étant autre chose (que la lumière) si elle reçoit la lumière d'un autre » (II, 4, 5).

Le myste a un conducteur :

« Il faut obéir au chef, comme les soldats obéissent au stratège, et l'on dit qu'ils suivent Zeus qui s'élance vers la nature intelligible » (II, 3, 13).

Le myste doit monter vers la lumière, en quittant l'antre qui symbolise le monde :

« Aussi faut-il nous enfuir d'ici-bas et nous séparer de ce qui s'est ajouté à nous-mêmes... C'est l'autre âme, celle du dehors, qui s'emporte vers le haut, vers le beau, le divin, sur quoi personne ne commande » (II, 3, 9).

«... Les Hellènes parlent clairement et sans obscurité de l'ascension hors de la caverne, ascension qui avance vers une contemplation de plus en plus vraie » (II, 9, 6).

Le myste arrive à l'illumination :

« En effet l'illumination dans les ténèbres — quand on la voit bien — fera connaître les vraies causes du monde » (II, 9, 12).

Platon et Aristote, tels que les a compris Plutarque, notent, dans leur ensemble, les démarches mêmes que nous venons de reconnaître et les rattachent à l'époptie. En effet, assimilant un certain degré de la philosophie à l'époptie, ils fixent certains points de l'initiation : abandon de ce qui est multiple et diversifié, bond vers le haut, arrivée au contact de ce qui représente la pure vérité :

« C'est pourquoi Platon et Aristote appellent épopiique cette partie de la philosophie par laquelle ceux qui, grâce au raisonnement, ont dépassé tout ce qui est d'opinion, mélangé, diversifié, se portent d'un bond à cet élément premier, simple, immatériel, et, au contact net de la pure vérité qui le concerne, se disent comme dans une initiation on tient le degré final : Je tiens la philosophie » (Plutarque, Afora/ia, 382 c-d, d'après A. M. Desrousseaux. Bévue des Etudes Grecques, 1933, p. 211).

234 INITIATION A l'ÉPOPTIE

L'auteur des Philosophoumena représente la fin des cérémonies qui amènent à l'époptie :

L'épopte voit un épi moissonné en silence; cet épi c'est r Illumina teur parfait.

Le hiérophante qui, par la ciguë, a été rendu incapable de toute génération charnelle, vient annoncer que Brimo (la Forte) a engendré le jeune Brimos (le Fort) par une génération toute spirituelle.

Il s'agit du passage célèbre ^ où le philosophe chrétien rapproche la doctrine éleusinienne de la doctrine professée par les Gnostiques Naasséniens :

a Ainsi la gnosis ^ de l'homme parfait est tout à fait profonde, et difficile à saisir. Car, le commencement de la perfection, c'est la gnosis de l'homme, et la gnosis de Dieu c'est la perfection absolue. Or les Phrygiens appellent ce Dieu VÉpi florissant moissonné, et, après les Phrygiens, les Athéniens : lesquels, initiant les Éleusinies, montrent à ceux qui deviennent époptes, le grand et admirable et très parfait mystère époptique, en silence, un épi moissonné. Et cet épi est, chez les Athéniens aussi, le phoster {V lUuminaleur) parfait, grand, procédant de celui qui n'a pas de marque (acharadérislos), comme le hiérophante lui-même, — le hiérophante non coupé comme Attis, mais rendu eunuque par la ciguë — , de nuit à Eleusis, sous une lumière éclatante, parfaisant les grands et indicibles mystères, crie et vocifère : La vénérable Brimo a enfanté le jeune (coures) Brimos, c'est-à-dire : la Forte a engendré le Fort; la vénérable, c'est la génération pneumatique (spirituelle), la céleste, celle d'en haut : fort est celui qui est ainsi engendré. Il s'appelle en effet, ce mystère, Éleusin et anadoreion, Éleusin parce que nous, dit-il ^, les Pneumatiques, nous sommes venus d'en haut, d'Adamas (le non dompté), précipités en bas — car le mot grec èXeuasaôai, dit-il, signifie venir — et anadoreion signifie remonter en haut. Voilà ce que disent ceux qui ont reçu Vorgiase * des Mystères éleusiniens. »

Tertullien ^ nous donne un renseignement qui semble d'abord bien différent : ce qui apparaît aux époptes, c'est le phallos!

1. Philosophoumena, V, 8, dans la Patr. gr. de Migne, t. 16, p. 3149.

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