Schol. de Platon, République, 611 d
LES MYSTÈBES d'ÉLEUSIS 17
258 INITIATION HOLOCLÈRE
Certaines de ces sources ont du reste un rapport évident avec tel ou tel culte.
Dans un fragment du poète comique Cratinus, l'abondance d'un poète est tournée en dérision dans les termes suivants :
« Apollon notre maître! Quels flots de paroles! Les sources retentissent, la bouche a douze sources, l'Ilissos est dans le gosier! Que te dirai-je? S'il n'obstrue pas sa bouche, il va tout inonder de ses poèmes » {Puiiné, VII, dans les Frag. Com. gr., édition Meineke, II, p. 110).
Il apparaît par ce texte que l'Ilissos donne l'inspiration. Et quand la bouche du poète abondant est dite avoir douze sources, dodecacrounon, il y a une allusion évidente aux enneacrounoi d'Athènes.
Or les Enneacrounoi sont un autre nom de la fontaine Callirrhoé, qui était tout près d'Agra, non loin du temple de Déméter et du temple de Triptolème, dans la plaine entourée par les collines qui s'appelaient autrefois Hélicon ^.
Le rhéteur Himérius, dans un discours prononcé aux Panathénées au commencement du printemps, établit ainsi un rapport entre l'Ilissos et la musique ^ :
« Maintenant les eaux de l'Ilissos sont abondantes et transparentes, et peut-être le fleuve annonce-t-il de nouveau les Mystères de Déo. Les cygnes, si jamais ils ont fait entendre une mélodie sur les rives de l'Ilissos, avec le zéphyr, comme sur le Caystre et sur l'Hèbre, rempliront maintenant plus qu'auparavant les rives de musique... » {Discours, III, 4).
Il y a une source ^ à Eleusis, une source dans le sanctuaire d'Asclépios à Athènes, — où l'on boit de l'eau froide — et ainsi de suite.
On peut exprimer sous une autre forme l'idée que certaines eaux donnent des puissances particulières; on parle de l'influence des Nymphes.
Ainsi Mélésagoras d'Eleusis, qui prophétise à Athènes est dit (( possédé des Nymphes » (Maxime de Tyr, 38, 3);
Bacis tient des Nymphes son don de prophétie (Aristoph., Paix, 1071; Pausanias, X, 12, 11; IV, 27, 4; voir Rohde, Psyché, p. 319 de l'édition française).
1. Article Eleusinia, signé F. Lenormant, dans le Dictionnaire des Anli-. quilés.
2. Voir là-dessus S. Reinach, Cultes, Mythes et Religions, V, p. 252.
3. Leake, Topographie d'Athènes, traduction française, p. 182. Pausanias,: I, 21, 4, etc. Xénophon, Mémor., III, 12, 2.
Les nymphes du Cithéron qui président à la poésie ont autrefois, dit Pausanias (IX, 3, 5), fait œuvre de divination.
Aristote a noté l'influence enthousiastique des Nymphes ou déesses des eaux :
« Ceux d'entre les hommes qui sont possédés des Nymphes ou possédés des dieux sont dans l'enthousiasme grâce au souffle d'un démon » {Eih. Eud., 1214, a, 23).
Mais, pour un théologien qui veut préciser, comme Jamblique, ce n'est pas l'eau elle-même qui donne l'inspiration : elle rend capable d'être inspiré; elle « produit une purification du souffle lumineux grâce à laquelle nous sommes capables de recevoir le dieu ^ ».
C'est dès lors dans un état de délire que l'initié et celui qui le mène accomplissent leurs démarches.
Le conducteur est Nympholepte ou saisi par l'influence des Nymphes, dit Hermias.
C'est le délire, dit Platon, qui a trouvé la guérison de l'homme par les prophéties, les prières, les cérémonies, les purifications, les téléiés :
« Le délire, étant survenu dans quelques familles ^, trouva le moyen de conjurer les maladies et les peines les plus terribles, arrivées à la suite de ressentiments antiques ^j prophétisant à ceux qu'il fallait, recourant à des prières aux dieux et à des cérémonies, il trouva des purifications et des téléîés qui dégagèrent, soit pour le moment, soit pour l'avenir, celui qu'il inspirait, et procurèrent la libération des maux présents à celui qui était véritablement délirant et exalté » (Platon, Phèdre, 244, d-e).
Non seulement le délire s'empare des poètes, devins, amoureux, mystagogues, quand ils reçoivent la première initiation à leur haute dignité, mais il s'emparera d'eux dans la suite quand ils exerceront leur fonction.
Le poète ne crée ses œuvres que sous l'influence du délire :