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Olympiodore ,Sur le Phédon .p. 86 et passim

PRINCIPE DE l'initiation 283

« Les âmes des hommes, ayant vu leurs images comme dans le miroir de Dionysos, ont été là-haut, et se sont élancées d'en haut, sans être séparées de leur principe et de leur Nous. Car elles ne sont pas venues avec le Nous... » (Plotin, IV, 3, 12).

L'âme vient pour mettre en ordre ce qui est dans le monde, et elle ne subit aucun dommage de son contact avec le monde :

« L'âme, être divin, issu d'en haut, vient à l'intérieur du corps; étant le dieu second (ua-cepoç), elle s'avance par une inclination volontaire, à cause de la puissance, pour mettre de l'ordre dans ce qui est après elle; et si elle fuit au plus vite, elle ne subit aucun dommage pour avoir pris connaissance du mal... » (Plotin, IV, 8, 5).

Ainsi, dans cette initiation, l'âme qui est primitivement un Dionysos, redevient un Dionysos capable d'ordonner le monde.

Mais les mythes, pour exprimer la destinée de l'âme humaine, font intervenir d'autres puissances, Perséphone, Prométhée, Héraclès, Apollon, Athéna, Déméter... :

« A la façon de Coré l'âme descend dans la genèse; à la façon de Dionysos, elle est partagée par la genèse; à la façon de Prométhée et dès Titans, elle est attachée dans le corps; mais elle se délivre ayant eu de la force à la façon d'Héraclès, elle se recompose grâce à Apollon et à Athéna la salvatrice, en philosophant réellement de façon pure; et elle remonte avec Déméter vers ses propres causes » (Olympiodore, Sur le Phédon, édit. Norvin, p. 111).

Le mythe de Prométhée, avec ses différentes formes, représente bien la condition de l'homme, à la fois divin et enchaîné dans la matière.

Chez Plotin, il a la forme suivante : Prométhée, la Providence, a fabriqué Pandore, l'âme à laquelle tous les dieux ont fait des cadeaux, c'est-à-dire l'âme qui a reçu des astres ses facultés diverses; Prométhée a voulu refuser les cadeaux des dieux, car il vaut mieux vivre dans l'intelligible; mais il a été enchaîné, c'est-à-dire que le Nous est lié à l'âme; il est délivré par Héraclès, ce qui signifie qu'en réalité il a en lui-même le pouvoir de se délivrer.

« Par là, notre monde, qui a beaucoup de lumière et qui est éclairé par les âmes, s'orne, recevant d'autres embellissements après les premiers, l'un venant de l'autre, de la part de ces dieux et de ces Nous qui donnent des âmes. Et c'est vraisemblablement ce que signifie le mythe : Prométhée ayant façonné la femme, les autres dieux l'ornèrent, et Aphrodite et les Charités lui donnèrent un cadeau, et chacun lui fit lïn don, et on lui donna son nom à cause du don (Sôpov) et parce que tous (wavTeç) avaient donné. Car tous les dieux firent des dons à cet être façonné par la providence {promélhéia). Et Prométhée refusant leur don, qu'est ce que cela peut signifier, sinon que le choix dans le monde intelligible est meilleur? Celui qui a fait Pandore est lui-même enchaîné, parce qu'il s'attache à ce qu'il a fait, et un tel lien vient du dehors; et la délivrance vient d'Héraclès, parce qu'il a en lui le pouvoir d'être délivré » (Plotin, IV, 3, 14).

Le Bacchant devient analogue au dieu; par conséquent il a un pouvoir sur la nature :

« La parole J'ai été bacchanl en même temps signifie : j'ai agi de façon partielle. Car les Bacchantes sont éphores de la démiurgie séparée » (Hermias, Sur le Phèdre, p. 79, édit. Couvreur p. 80).

L'âme, venue du monde intelligible, est tombée dans le monde matériel et visible, comparable à un antre, ou à une caverne obscure. Elle doit s'en échapper et retourner vers la lumière.

Une initiation supérieure fait accomplir ces démarches dès la vie présente et ceux qui reçoivent cette initiation ont accès au séjour brillant qu'habitent les hommes pareils aux dieux.

Qu'il suffise de citer quelques textes sur la valeur symbolique des rites — textes auxquels s'ajouteront les textes cités au paragraphe suivant.

L'antre représente le monde d'après les Anciens :

« La caverne par laquelle Cérès était descendue dans les Enfers, cherchant sa fille, a été appelée le monde » (Servius, Sur les Bucoliques, III ,105).

Les âmes humaines sont enfermées dans cette caverne par suite d'une punition :

« Elles sont renfermées dans une caverne par suite d'une punition divine » (Plotin, IV, 8, 5).

Mais on peut dire aussi qu'elles sont venues accomplir une mission :

a Si chacune des âmes a été envoyée dans le monde,c'est pour qu'il fût parfait » (Plotin, IV, 8, 1).

L'âme illumine un peu ce monde obscur :

« (Les choses de ce monde) sont comme les dernières lueurs d'un feu, postérieures à lui, et issues de l'obscurité de ce dernier feu intelligible qui est l'âme. Puis cette obscurité est éclairée, et il y a comme une forme qui flotte sur ce fond qui est l'obscurité complète et l'obscurité première; ce fond ténébreux est ordonné par l'âme selon la raison; l'âme, dans sa totalité, possède en elle la puissance d'ordonner ces ténèbres suivant des raisons... » (Plotin, IV, 3j traduction Bréhier).

L'âme dans la matière est pareille aux Titans foudroyés, dispersés en morceaux et ensevelis sous la terre :

« Nous sommes enchaînés dans la matière comme des Titans, à cause du partage en nombreuses parties..., et nous nous réveillons comme Bacchoi... » (Olympiodore, Sur le Phédon, p. 48, édit. Norvin).

Il faut qu'elle s'élève au-dessus de cette matière, pour voir la réalité vraie, et qu'elle y revienne ensuite pour l'organiser et pour diriger les hommes qui y vivent.

§ II. — Rites de l'initiation.

Le candidat est assis dans une salle basse et sombre, enchaîné, tournant le. dos à la lumière. — Il représente ainsi l'Ame qui a quitté le monde intelligible et habite le monde sensible.

Il doit briser ses chaînes pour remonter vers la lumière — de même que la Pensée doit s'évader du monde sensible pour retourner vers le monde intelligible.

La pente qu'il doit remonter est rude et pleine d'obstacles. Il lui faut un être aimé qui l'aide.

Il monte sur un char — char qui représente les facultés de l'âme : le cocher est le Nous (la Pensée), les deux chevaux sont le thumos et Vépithumia. Il doit habituer les deux chevaux à tendre vers la même direction, et à gagner le sommet.

Peut-être y a-t-il une autre épreuve à subir avant d'atteindre le sommet. Il s'agit alors de sauter dans l'eau — pour abandonner toutes les passions mauvaises, tous les amours humains — , de monter sur une barque, conduite par l'Aimé, d'aborder à l'autre rive et de monter en courant.

En haut, il aura le contact sacré et l'illumination.

Voyons successivement les textes qui nous renseignent sur les principales phases

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